Trois raisons de préférer le Petit Larousse au Robert

Page 1532 du Petit Larousse 2014

Etes-vous plutôt Petit Larousse, qui fait cohabiter vingtenaire avec botoxé dans son édition 2014? Ou préférez-vous Le Petit Robert qui adoube désormais l'aquabonisme et la bombasse ?

Dans Autrement et encore, recueil de chroniques publiées chez Actes Sud, l'essayiste et romancier Sébastien Lapaque plaide vigourement pour le Petit Larousse. Trois de ses raisons en autant d'extraits:

Pour les petits drapeaux

"Le lecteur du Petit Larousse, c'est d'abord quelqu'un qui aime retrouver son enfance et les longs après-midi méditatifs passés dans les pages de la fin, avec la reproduction en couleur de tous les drapeaux du monde.

Qui s'en souvient ? C'était l'époque où l'on apprenait à voyager autour de sa chambre en s'appliquant à reproduire le drapeau de la Syrie, du Zimbabwe ou du Pakistan. Pour rêver en lisant le Petit Larousse, inutile de savoir lire. Il y a des photographies, des schémas, des cartes, des images. On ne peut pas en dire autant du Petit Robert. Ses concepteurs se retrouvent avec Jacques Tati pour penser que trop de couleur distrait le spectateur."

DRAPEAUX

Pour les citations latines d'Astérix

"Après les drapeaux, ce qu'affectionne le lecteur du Petit Larousse, ce sont les pages roses et cette belle collection de maximes latines que Goscinny a glissées dans les phylactères des pirates jetés sur la route d'Astérix : Non omnia possumus omnes, Desinit in piscem, Donec eris felix, multos numerabis amicos, Ubi solitudinem faciunt, pacem appellant." Et d'ajouter : "Monsieur Jourdain faisait de la prose sans le savoir. Grâce au Petit Larousse, nous sommes quelques-uns à avoir marmonné du Virgile (Non omnia)...sans savoir ce qu'était un verbe déponent ou un gérondif."

(Rappelons que la démission de Benoït XVI, pape qui a précédé François, avait fuité sur Twitter en latin, remettant au goût du jour la langue de César).

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Pour "retrouver la maison de son enfance"

"Faut-il écrire charriot ou chariot ? Sèche-cheveux ou sèche-cheveu ? Dans les maisons d'édition et les journaux, les correcteurs octroient souvent l'avantage au Petit Larousse en cas de litige. Le Petit Larousse, c'est le dictionnaire des gens rigoureux, la bible de ceux qui aiment les choses stables. Ses lecteurs n'ont pas le culte de la nouveauté, ils n'aiment guère qu'on leur parle de "corpus" ou de "balisage logique". Le Larousse est d'avant-hier et d'après-demain. Tellement intemporel qu'il ne sera jamais démodé".

Et, quelques lignes plus haut : "Revenir au Petit Larousse c'est retrouver la maison de son enfance. C'était tellement mieux avant".

En confidence, il y a cent autres raisons de lire le "contre-journal" de Sébastien Lapaque (qui reprend pour l'essentiel des chroniques publiées par Témoignage chrétien).

Pour s'éblouir avec lui du ciel bleu et de la terre rouge de la pampa uruguayenne,  et d'une rencontre avec le musicien de hip-hop Luciano Supervielle, descendant du poète Jules. Pour le suivre en Algérie chez des Français qui ont choisi d'y rester ou d'y revenir. Pour découvrir le trajet du capitaine de corvette Jacquelin de La Porte des Vaux, "aristo décalé et corsaire" qui fut l'un des premiers officiers de marine à avoir rallié de Gaulle à Londres. Pour prendre, enfin, d'enchanteurs chemins de traverse, du Brésil à Tahiti.

-> Autrement et encore, contre-journal, de Sébastien Lapaque (Actes sud, 22,80 euros)

-> Le Petit Larousse illustré 2014, 2016 pages (29,90 euros. En librairie le 6 juin)

Publié par Anne Brigaudeau / Catégories : Actu

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