Copé-Fillon : retour sur la saison 1

L'absence de François Fillon lors de la présentation de la nouvelle équipe de l'UMP, mardi 15 janvier,  prouve que la hache de guerre est loin d'être enterrée.

Deux mois après la calamiteuse élection à la présidence de l'UMP du 18 novembre dernier, qui a vu se déchirer les partisans de l'ancien premier ministre et ceux de Jean-François Copé, sort un premier "fast-book" sur le sujet, La guerre des deux droites, signé du journaliste Hubert Huertas (France Culture).

Un ouvrage de 250 pages qui peaufine le portrait des deux protagonistes en duellistes acharnés. Alors que la saison 2 débute, avec l'annonce par Jean-François Copé de "primaires ouvertes pour les municipales à Paris", en attendant - saison 3 - la nouvelle élection à la présidence de l'UMP en septembre 2013, Hubert Huertas a répondu à nos trois questions comparatives sur ces deux hommes qui rêvent chacun de représenter l'UMP à la présidentielle de 2017.

Qui est le plus manoeuvrier ?

"Incontestablement c'est Jean-François Copé. François Fillon a manqué de lucidité. Il a géré l'élection à la présidence de l'UMP, qui s'est jouée à 180.000 électeurs comme si c'était une présidentielle ! Or Jean-François Copé avait 30.000 procurations, contre 10.000 à François Fillon. C'est comme si François Hollande ou Nicolas Sarkozy avaient eu huit millions de procurations pour le deuxième tour de l''élection présidentielle, c'est inconcevable !

"Du point de vue de la manoeuvre, François Fillon n'a pas mis pas la main dans le moteur face à un Copé patron du parti, qui avait accès aux fichiers. L'ancien premier ministre a commis une faute stratégique en ne prenant pas en compte la réalité".

Qui est le plus droitier ?

"Lors de l'élection à la présidence de l'UMP, il y en a un qui a volontairement adopté une posture très à droite, c'est Jean-François Copé. Parce qu'il avait décidé de parler aux militants, qui sont plus à droite que les états-majors.  Le problème ? Quand il leur a parlé du petit pain au chocolat ... toute la France l'a entendu. Mais attention : François Fillon n'est pas un centriste, c'est un dur.

Au départ, la différence idéologique n'était pas colossale, mais à l'arrivée, il y en a un qui incarne l'ancien RPR jacobin et l'autre, l'ex-UDF avec un côté provincial, girondin.

Ou, pour reprendre une comparaison que j'ai beaucoup entendue, il y a à l'UMP d'un côté une 'droite russe' qui aime le chef et de l'autre une droite plus 'british", plus parlementariste, incarnée par François Fillon. Le maire de Meaux, lui, s'inscrit dans la lignée des chefs bonapartistes à la Sarkozy ou à la Chirac.

A nous les journalistes, on n'a cessé de nous dire :  le fonctionnement de l'UMP, 'c'est l'URSS, c'est un système bloqué'. Or quand vous faites entrer une élection dans un système bloqué, ça fait exploser le système. L'UMP ne sera plus jamais la même, ça ne peut plus tenir debout. Comme je le dis à la fin du livre, la seule solution c'est ...la 6ème République de Montebourg (qui prône un régime primo-ministériel, et veut cantonner le président à un rôle d'arbitre). Parce que les partis, désormais, ne font plus de politique, mais ne servent plus qu'à sélectionner un candidat, que ce soit par la primaire, le verrouillage ou des moyens tordus comme on l'a vu lors de l'élection à l'UMP".

Qui est le plus dur ?

"La politique, ce n'est pas un concours de boy-scout. Dans leur capacité à être méchant, François Fillon et Jean-François Copé se valent. Après, les personnalités différent. Jean-François Copé est plus chaleureux, plus à l'aise dans les meetings, il est content d'être là, y compris avec les médias. Pour avoir le contact avec François Fillon, il faut se lever tôt alors que Jean-François Copé gave la presse comme une oie.

Autre différence, François Fillon a plus d'idéologie alors que Jean-François Copé est essentiellement opportuniste, comme Nicolas Sarkozy, et avec le sens du contact d'un Chirac. Jean-François Copé est convivial, mais il n'a pas de doute : c'est lui le chef de meute. Il va distribuer le butin, mais garde le trône. Il y a des gens heurtés par cette ambition autocentrée.

Contrairement à Jean-François Copé, François Fillon, lui, ne pense pas qu'à son ambition, sauf si on le prend pour un âne et qu'il se sent humilié. Le sentiment d'être dénigré est un moteur pour lui. Jean-François Copé est peut-être plus naïf, il n'a pas besoin de tuer puisqu'il est, à ses yeux, tellement supérieur aux autres."

La guerre des deux droites d'Hubert Huertas (l'Archipel, 18,50 euros).

Publié par Anne Brigaudeau / Catégories : Actu / Étiquettes : UMP

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