Des plumes de droite se confient

Camille Pascal, qui fut une des plumes de Nicolas Sarkozy (©Maxppp/LE PARISIEN/Philippe de Poulpiquet)

En ce mois d'octobre 2012, des plumes d'hommes politiques de droite, qui ne sont plus tenues au silence, racontent les difficultés et parfois la jouissance de ce métier de l'ombre.

De la revue-livres politique Charles qui leur consacre un dossier (Les ouvriers de la politique) aux Scènes de la vie quotidienne à l'Elysée décrites par Camille Pascal, paroles de quelques-uns de ces écrivains qui vivent cachés derrière des personnalités politiques.

Air d'opéra

"Le discours est tout sauf une démonstration ou, pire, une dissertation, c'est un long air d'opéra, une forme de séduction sensuelle qui emporte l'adhésion et la conviction en s'adressant à l'émotion bien plus qu'à la raison...

Les discours construits, les discours sages, les discours qui tentent de faire preuve d'intelligence sont voués à l'échec, au mieux à un silence poli, au pire à la montée des murmures. Personne n'a jamais électrisé un auditoire avec une note de l'inspection des finances. En revanche parvenir à faire pleurer ou rire aux éclats une foule qui n'était pas venue pour cela donne un sentiment de puissance et provoque une jouissance extrême."

Camille Pascal (ex-plume du président Nicolas Sarkozy, dans les Scènes de la vie quotidienne à l'Elysée)

BD culte

Charles l'assure : c'est dans la bande dessinée Quai d'Orsay de Blain et Lanzac que les plumes reconnaissent le mieux leur travail. Cette BD "extrêmement réaliste" met en scène le ministre des Affaires étrangères Alexandre Taillard de Vorms, dont l'évident modèle est Dominique de Villepin. 

"La scène de l'imprimante par exemple, c'est à mourir de rire tellement c'est vrai... Où ce genre de modifications débiles sur ton texte. Parfois, tu sens qu'il suffit de modifier le quart d'une phrase pour que ça passe de 'c'est de la sous-merde' à 'c'est parfait'." (Une plume anonyme).

Eléments de langage

"On n'est pas des écrivains, on est des chevilles ouvrières... Derrière le mot pompeux de plume qui m'a fait rêver, tu es un exécutant qui produit des éléments de langage. Tu es là pour servir."

Ce qui signifie, aussi, être du même bord : "Honnêtement, si tu n'es pas sur la même ligne politique que celui pour qui tu écris, c'est un peu schizophrène. Il faut croire à ce que l'on fait dans ce boulot-là."

 Pierre-Jean Le Mauff (ex-plume du secrétaire d'Etat aux Transports UMP Dominique Bussereau, dans Charles)

Style

"Mon premier conseil : se faciliter la vie. Comment ? En s'efforçant de ne rédiger que des phrases courtes et simples. Une bonne phrase : sujet, verbe, complément. Une excellente phrase : sujet, verbe. Une phrase parfaite : sujet.

Ainsi, où d'aucun serait naturellement tenté d'écrire : "Monsieur le ministre, le mépris avec lequel vous foulez au pied les valeurs les plus fondamentales de nos institutions n'a d'égal que la fumisterie des procédés dilatoires dont vous usez et abusez pour camoufler la vacuité de vos fariboles." Il lui sera recommandé de dire : "C'est un scandale !" (bonne phrase : sujet, verbe, complément). Ou bien : "Je rêve !" (excellente phrase : sujet, verbe). Ou, mieux encore : "Escroc ! " (phrase parfaite, nominale)

Antoine Buéno (écrivain, ancienne plume du président du Modem François Bayrou, dans Charles).

Tics de langage

"La fulgurante offensive de l'épithète "dédié" dont j'ai l'impression qu'il s'est retrouvé scotché à tous les substantifs en l'espace de quelques mois... Le dépérissement des indicateurs temporaires simples ("avant, après", "en", etc.) au profit de tournures nettement plus sophistiquées comme "à horizon 2020", impeccablement nébuleux et grandiloquent à la fois."

Maël Renouard (plume du premier ministre François Fillon de septembre 2009 à mai 2012, dans Charles)

Vocation

"On m'a donné un clavier, on m'a dit : 'Ecris quelque chose', c'était dur, mais on me disait : 'Tiens c'est pas mal.' C'est là que tu te dis que t'es peut-être fait pour ça. Moi, je n'étais pas un homme de couloirs à l'Assemblée. Je ne suis jamais aussi bien qu'avec un ordinateur dans un café ou chez moi. J'aurais adoré être journaliste, d'ailleurs je suis un journaliste raté."

Edouard Solier (plume de Jean-Louis Borloo, dans Charles).

Scènes de la vie quotidienne à l'Elysée, Camille Pascal, Plon (19 euros)
La revue Charles, numéro 3 Les ouvriers de la politique, La Tengo éditions, (16 euros)

 

Publié par Anne Brigaudeau / Catégories : Actu / Étiquettes : UMP

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