Glaçant, distant, inconscient... Juppé, vu de droite

Il a sauté le pas : Alain Juppé a annoncé ce 20 août sur son blog sa candidature à la primaire UMP, en vue de l'élection présidentielle de 2017.

Face à un Nicolas Sarkozy qui fait toujours figure d'agité, Il entend probablement adopter la posture du sage.

Posture et image relativement récentes : dans Juppé, l'orgueil et la vengeance (Flammarion 2011), la journaliste du Point Anna Cabana rappelle que l'ancien premier ministre de Chirac n'a pas toujours fait l'unanimité dans son camp. Cet inspecteur des finances présidentiable, avant sa condamnation en 2004 dans l'affaire des emplois fictifs de la Mairie de Paris, a suscité jalousies et agacements. Cinq adjectifs accolés au maire de Bordeaux par ses amis:

Glaçant

Ce n'est pas un scoop, Alain Juppé peine à fendre l'armure. Quelles qu'en soient les raisons, la psychorigidité de cet énarque-normalien issu d'une famille d'agriculteurs landais n'aura cessé de lui nuire. Anna Cabana cite ce conseil d'Alain Minc à Nicolas Sarkozy : "Il faut que tu voies Juppé, que tu le traites. Un déjeuner par mois serait idéal." La réplique de Sarkozy ? "C'est au-dessus de mes forces. Il est trop glaçant".

Condescendant

Le fondateur du Mouvement pour la France, Philippe de Villiers, renchérit : "Au départ, il y a une erreur de la nature. Il lui manque un organe : le cœur. Et il en a un de trop : il a deux cerveaux. Sarkozy est cynique mais au moins il fait le boulot. Il appelle les gens. Juppé non ! Il ne téléphone que pour avoir une note ou pour demander un service. Et il considère qu'il condescend. Qu'il descend vers les cons."

Coupant

Sur ce sujet, les témoignages abondent dans le livre. Son ex-femme, Christine : "Son intelligence est coupante comme un rasoir. C'est très, très dur. C'est "Monsieur je sais tout" et "Monsieur j'ai forcément raison". Je n'osais pas polémiquer avec lui. Je savais qu'il me tuait à chaque fois." Et cet aveu de Nicolas Sarkozy : "Alain est le seul homme qui m'ait fait pleurer."

Distant

Même l'ex-président de la République Jacques Chirac déplorait le manque de chaleur de son "fils préféré".

Selon Anna Cabana, il a donné à Valérie Pécresse ce conseil : "si tu veux réussir en politique, petite, j'ai deux conseils à te donner. La première règle, c'est de regarder les gens quand tu leur serres la main. Juppé, il était trop pressé, il regardait toujours le suivant, c'est ce qui l'a perdu. La seconde règle, c'est de ne pas se contenter de serrer les mains. Juppé ne l'a toujours pas compris mais il faut embrasser les gens, ne serait-ce que parce que ça t'économise la main".

Inconscient ?

Comment celui que Jacques Chirac appela un jour le "meilleur d'entre nous" n'aurait-il pas le sentiment d'être passé à côté de son destin ?

"Sa hantise du temps qui passe s'est aggravée avec les années", notait en 2011 la journaliste, mais "il lutte contre ce sentiment".

"Quand il s'est présenté en 2008 à l'élection présidentielle américaine, John McCain avait l'âge que j'aurai en 2017 : soixante-douze ans", nous répète-t-il désormais avec l'air de celui qui veut croire que tout est encore possible. On n'a pas la désobligeance de lui rappeler que c'est Barack Obama qui a été élu."

A moins d'un an de ses 70 ans (il a soufflé ce 15 août ses 69 bougies), l'ancien premier ministre a encore et toujours l'immense besoin d'exister. Comme le prouve, sans doute longuement mûri, son acte de candidature.

Juppé l'orgueil et la vengeance d'Anna Cabana, Flammarion (17 euros)

[Article actualisé, mais publié pour la première fois en août 2012]

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