J’ai essayé de sublimer le viol. Je n’ai pas réussi

Longtemps, je n’ai pas eu d’orgasmes. Longtemps, j’ai pensé que c’est parce que je manquais de connaissance de mon corps et d’aisance avec lui.

Longtemps, j’ai pensé que c’était peut-être lié au fait que mes partenaires maîtrisaient mal l’art du cunni.

Longuement, j’ai instruit l’hypothèse qu’avoir été sexuellement agressée pouvait parasiter les messages du plaisir venant de là-même où j’avais reçu ceux de la douleur et de la terreur.

Maintenant, grâce à Brigitte Lahaie, je sais que c’est juste parce que j’ai été mal violée. Si le boulot avait été mieux fait, j’aurais pris mon pied dès l’âge de 9 ans et tous les jours depuis.

Vous voulez rire un peu? Le trauma étant ce qu’il est, producteur de culpabilités mortifères, cette idée de la possibilité que j’aurais pu et dû y prendre du plaisir, je l’ai nourrie pendant des années dans mon petit coin sombre et je l'ai assidûment travaillée sur le divan de mes psys. J’ai même cru avec ferveur que l’adopter me guérirait, en me donnant une place de sujet pensant et agissant dans ce que j’espérais requalifier en "interaction", en "rencontre" voire en "relation" plutôt que de l'appeler par son nom de viol. J’ai échoué. Je me suis fracassée la tronche sur mes cauchemars persistants. Et non contente de vivre avec le chagrin directement lié à la violence subie, je me suis infligée la déception à l’égard de moi-même de n’avoir pas su le sublimer, pas été capable d’en faire quelque chose d’intéressant. J’aurais voulu, tellement voulu, à la façon de Catherine Millet, démontrer que ça se surmonte très bien, traiter cela comme une expérience à l’équivalent d’autres épreuves pénibles traversées dans ma vie et que je regarde aujourd'hui avec humour et dont je peux dire qu'elles m'ont appris.

L’honnêteté m’oblige à reconnaître, 31 ans après qu’un homme m’a, sous la menace, mis un objet dans le vagin, et 12 ans après avoir été sexuellement harcelée puis embrassée de force au travail, que je ne suis pas assez intelligente, pas assez artiste, pas assez philosophe, pas assez dotée d’humour, pas assez ouverte d’esprit, pas assez créative, pas assez forte pour sublimer ça. Je ne me donne désormais pas d'objectif plus ambitieux que de vivre avec. C'est pas glorieux, mais ça suffit à ma fierté.

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  • Hellheim

    Ce que dit Mme Lahaie est, malheureusement, une réalité documenté scientifiquement. ( par exemple : http://www.sciencedirect.com/science/article/pii/S1353113103001536 ). Cela relève peut être du tabou, est contraire au vécu de nombreuses personnes, mais ça n'en reste pas moins une réalité.

    Vous faites tenir à Mme Lahaie des propos qu'elle n'a jamais eu...

    Il n'est pas question de bon ou de mauvais viol, un viol reste un viol, mais le fait que jouir lors d'une telle abomination ne concerne qu'un faible nombre de victimes de cet acte, n'en fait pas moins une triste réalité, et est synonyme pour ces personnes de difficultés supplémentaires pour ce reconstruire à cause notamment d'un sentiment de culpabilité renforcé.

    La réponse de Mme Lahaie, n'était peut être pas placé au meilleur moment, dans le bon débat, le bon contexte, face à la bonne interlocutrice, elle n'en reste pas moins juste.

    Quand à Mme Millet...les propos qu'elle tient sont affligeant...

    Lors de sujet polémique, qui de plus touche à l'intime, il est toujours difficile de tenir des propos contradictoire sans donner l'impression de dénigrer le vécu ou les sentiments qu'une personne peut avoir sur un sujet surtout lorsque comme dans votre cas, vous y avez malheureusement été victime, si c'est le cas ici je m'en excuse d'avance, ainsi que de mon orthographe...

    • Cestfou

      La plupart des viols se passent au sein du cercle familial et souvent accompagnés de violence, je vois mal comment on peut jouir d'un inceste douloureux et abject.... Désolé.

      • misstahia

        C'est possible, mais il s'agit d'un phénomène biologique qui n'a rien à voir avec le plaisir. Cet argument est donc véreux car celles et ceux qui l'utilisent n'ont juste pas compris cette subtilité-là. Tout les coups sont permis quand il s'agit de défendre le patriarcat et la culture du viol !

        • Cestfou

          Je ne vois pas comment un gamine ou une adulte qui a déjà un mal fou à dire le viol, à le dénoncer, à aller à la police va en plus dire
          qu'elle a eu un orgasme ça me semble juste complètement impossible dans la réalité. Donc je me demande d'où vient cette soit disant étude scientifique et avec quel sérieux elle a été faite.

  • on-marche-sur-la-tete

    Merci Marie Donzel.
    Nous sommes des millions a avoir vécu la même chose. Je témoigne également que des dizaines d'années après plaintes classées sans suite, psychothérapies non subventionnées... les traumatismes handicapent toujours ma vie et d'autres événements, enfouis, remontent à la surface. Colère.

    Si ces mesdames Lahaie, Millet et consorts trouvent du plaisir dans le masochisme, soit. Mais qu'elles ne viennent pas enfoncer encore un peu plus les femmes qui tentent le retour à l'estime d'elle même et appellent la société au respect d'autrui.