Parti Socialiste : on était (tellement) de gauche ?

Manuel Valls à l'occasion de son discours de politique générale, mardi 16 septembre 2014, à l'Assemblée, à Paris. (PATRICK KOVARIK / AFP)

On était tellement de gauche,  c'est le titre d'une chanson de Miossec sur la perte des idéaux  :

"C'est drôle de voir ce que nos pensées sont devenues
On était tellement de gauche
Aujourd'hui on ne sait plus
On compte les plaies, les bosses
Tout ce qu'en marche on a perdu
On se dit que de toute façon l'histoire est moche
Ce qui n'était pas gagné d'avance est désormais perdu
Alors on laisse les mains dans nos poches
Même plus envie d'avoir le poing tendu
Les illusions au fond de la sacoche
De l'étudiant que depuis longtemps on n'est plus
On ne pense plus qu'à notre poste
Là où on est prêt à se battre à mains nues"

On était tellement de gauche, c'est aussi un sentiment généralement ressenti - avec l'emploi de l'imparfait comme signe de regret - par rapport au Parti Socialiste qui veut que  celui-ci, dès qu'il arrive au pouvoir, se déplace chaque fois un peu plus vers le centre. Cette idée n'est pas également partagée par tous : elle est plus fortement admise à l'extrême gauche (pour qui le PS est le ventre mou de la droite) et absente quand on se retrouve vers une droite libérale ou nationaliste où quoiqu'ils fassent, les socialistes arboreront toujours la faucille et le marteau.

Pourtant, et si l'on veut rester dans l'image ouvrière, le PS est plutôt entre le marteau et l'enclume. Laurent Joffrin en parlait dans son "histoire de la gauche caviar", le PS  est une victime permanente d'un procès en sorcellerie pour non-appartenance à la gauche.

Avec François Hollande, on atteint des sommets. Même si  la critique doit être remise dans un contexte où l'expression d'une vraie politique de gauche est difficilement possible. Le Pacte Budgétaire Européen, traumatisme initial, et la croissance qui ne repart pas, oblige à mener une politique d'austérité de plus en plus drastique.  Finalement, Hollande ne renie même pas son programme, il ne peut juste pas l'appliquer.

Avec tout ça, vous obtenez une politique qui essaye, tant bien que mal, de ménager la chèvre et le chou (faisons désormais dans l'image agricole). Donner des gages aux entrepreneurs, des messages rassurants aux financiers (le Manuel Valls European tour martelant "oui, on aime la finance", est à ce titre édifiant) et de l'autre, quelques mesures pour ancrer encore à gauche une politique. Et cela nous vaut des  messages discordants (le ping pong sur l'assurance chômage, un vrai must) avec l'impossibilité d'y dégager une cohérence. Mais qu'il est dur de savoir si ce tangage politique est, in fine, le fruit d'un pragmatisme forcé. Si dans tout ça, il y a des questions légitimes à se poser sur des changements possibles et peut-être nécessaires (sur l'assurance chômage ou la politique familiale). Ou si tout simplement le président et son gouvernement se sentent pris, telle une biche, dans les phares d'une voiture et ne savent plus s'il faut aller à droite ou à gauche.

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