Le travail invisible

(Crédit photo AFP)

Cette semaine, j’ai pas mal bossé. Voici mon emploi du temps.

Lundi

8.00 : rendez-vous avec les parents de Kevin. Parce que bon, ça commence à bien faire, le poil dans la main a tellement poussé qu’il lui cache sa ligne de vie.

13.00 : dans le bureau du directeur, signature du PAI (Projet d’Accueil Individualisé) pour Nathan, en présence de la maman, à cause son allergie aux œufs, à l’arachide, au gluten, à la protéine de lait, aux noix, aux kiwis (c’est Nathan qui est allergique, pas la maman, encore que je me demande, elle a vraiment une petite mine).

16.30 : rédaction des « fiches action » qu’on a décidé de mettre en place dans l’école pour le suivi des élèves en difficulté ; je galère un peu, je crois que je n’ai pas bien compris le principe (l’utilité ?) de ces fiches action. Tant pis, j’essaierai plus tard.

17.30 : corrections, préparation de la classe pour mardi.

Mardi

11.30 : rédaction de mes PPRE (Programme Personnalisé de Réussite Educative), il était temps que je m’y mette mais en même temps, ce que je vais écrire je l’applique déjà depuis des mois dans les faits, toute cette paperasse quand même des fois je me dis bon. Là, en l’occurrence ça me permet de fixer mes idées, de dire ce que je fais (mon « plan coordonné d’actions », yeah) pour ma redoublante, Nadia, et pour mes deux loulous dépassés par les événements. Que c’est long, de rédiger un PPRE.

15.00 : pendant la récré, rdv téléphonique avec l’orthophoniste de Clément, ça fait environ deux mois qu’on cherche à se joindre elle et moi, mais quand j’ai deux minutes elle est en consult’ et quand elle fait une pause j’ai les élèves ; on est d’accord, Clément, c’est inquiétant.

16.45 : en allant chercher mon douzième café de la journée pour me donner du baume au cœur, je croise les collègues de CM2 qui se rendent au collège de secteur assister à une réunion de liaison collège/élémentaire. J’aimerais bien assister à une réunion de liaison avec le collège, un jour, histoire de voir à quoi ça ressemble, un prof de secondaire, en vrai.

17.00 : corrections, préparation de la classe pour mercredi.

Mercredi

10.00 : je profite de la récré pour aller voir les maternelles, à l’étage en-dessous : il y a un souci de TNI / TBI (Tableau Numérique Interactif ou Tableau Blanc Interactif, tout dépend si vous considérez la couleur ou la fonction) et je suis censé avoir la réponse, si j’en crois la directrice qui est venue me demander de l’aide ce matin (pourquoi moi ?). Je n’ai pas la réponse.

11.30 : en allant chercher mon cinquième café de la matinée je croise mes collègues de CP qui vont en maternelle pour une réunion de coordination Grande Section / CP ; j’espère qu’ils n’auront pas besoin du TNI.

13.30 : animation pédagogique dans un amphi d'unversité. « Apprendre à comprendre au cycle III », trois heures de conférence lénifiante et à la fin, quoi ? Comprendre s’apprend. Sans blague. Heureusement, j’en ai profité pour faire mes corrections.

17.00 : en rentrant chez moi, je fais un détour par le musée, histoire de repérer les lieux et les œuvres, pour la visite de la semaine prochaine. Ca devrait être sympa.

Jeudi

8.00 : je me remets à mes « fiches action » mais je sèche, ce doit être l’air frais du matin. Bon, je parachève mes PPRE.

12.30 : je vais faire le marché, enfin surtout le poissonnier qui comme chaque semaine depuis un mois me file trois litres de glace avec le sourire, pour nos expériences sur les changements d’état de l’eau. Son thon rouge a l’air délicieux, j’ai envie de tartare.

17.00 : à l’inspection, réunion pédagogique avec la conseillère pédagogique, je ne sais toujours pas ce qui est le plus usurpé de son titre, le conseil ou la pédagogie. Deux heures mortes. Et dire que mes cahiers m’attendent.

20.30 : correction des cahiers, préparation de la classe pour vendredi (séance de géo à revoir).

Vendredi

8.00 : rdv avec la maman de Sonia, la pauvre commence à boire la tasse malgré ses efforts (Sonia, pas la maman, encore que je me demande, elle a vraiment une petite mine) et pourtant le plus dur est devant nous ; je cherche surtout à rassurer mère et fille, et c’est moi qui ressors inquiet de l’entretien.

12.20 : conseil des maîtres, comme tous les vendredis midis pendant une heure, au menu début des réflexions sur la structure d’école de l’année prochaine ; on n’est pas sortis de l’auberge.

13.30 : j’ai dispersé mes élèves pour une heure dans les classes des collègues, nous avons une équipe éducative au sujet de Samir dans le bureau du directeur, en présence de la mère, de l’instit spécialisée, de la psy scolaire, de la rééducatrice, du psy du Centre Médico-Psycho-Pédagogique, de l’assistante sociale ; on est tous d’accord, Samir, c’est inquiétant, il faut l’aider ; le problème c’est qu’on l’aide déjà tous comme on peut.

16.30 : entretien avec les parents des élèves pour qui j’ai préparé les PPRE, il s’agit de leur présenter le texte et de leur faire signer, de toute façon le contenu ils le connaissent, c’est ce que je fais au quotidien pour leur enfant, du coup ils signent les yeux fermés. Je me demande ce que change ce papier, au juste.

17.30 : correction des cahiers.

18.30 : c’est le weekend. Je préparerai la semaine prochaine demain. Et j’essaierai à nouveau les « fiches action », promis.

Sinon, j’ai eu 26 élèves toutes les journées de cette semaine, avec pour mission rien moins que de les instruire.

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