Rythme scolaire : et le contenu, là-dedans ?

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Martin Vidberg, l’actu en patates, blog du monde.fr


De manière cyclique, on nous refait les programmes. Cela revient très régulièrement, sans lien réel avec la nécessité (réelle, elle) d’évoluer : en gros, un nouveau ministre, ou un nouveau gouvernement, va faire une réforme des programmes pour lui donner une couleur plus proche de sa philosophie, ou pour montrer que, pfiou, ça bosse dur.


De même, le débat sur le rythme scolaire est un vieux serpent de mer qui nous revient régulièrement (dans la tête). La dernière fois, c'était en 2007-2008, le débat avait eu lieu après coup, une fois la réforme passée : fini le samedi matin, voici « la semaine de 4 jours ». Soyons clairs, cette réforme a été faite à l’intention des parents, qui pouvaient ainsi partir en weekend, ou faire grasse mat’ le samedi (pourquoi pas, mais pédagogiquement, ça se discute). Comme beaucoup de réformes faites par ce gouvernement, celle-ci n’a pas été pensée plus loin que le bout de son nez.


Le vrai scandale de la semaine de 4 jours, c’est que le programme, lui, n’a pas changé ! Autrement dit, on a certes enlevé un peu de temps scolaire, mais sans aménager le temps restant comme le voudrait la plus élémentaire logique ! Cela fait donc trois ans que les enfants doivent ingurgiter en 24 heures ce qu’ils avaient auparavant 26 heures pour avaler. Ça c'est du rythme scolaire !


Cerise sur le gâteau, afin de ne surtout pas faire cadeau des deux heures à ces déjà feignants d’enseignants, on a bricolé une autre mesure : l’aide personnalisée, soit deux heures dans la semaine dédiées aux élèves en difficulté, lesquels se retrouvaient donc avec 26 heures comme avant, mais sur 4 jours !!! (Par ailleurs, la prise en charge des élèves en difficulté sur un temps spécifique par les enseignants a permis de justifier la disparition progressive des si utiles et compétents Réseaux d’Aide Spécialisée pour les Enfants en Difficulté – et hop, économie).


En 2009, un an après la réforme, un rapport rédigé par l’Inspection Générale de l’Education Nationale pointait déjà l’absurdité de la situation.

Quand on parle de rythme scolaire, et c’est encore le cas cette fois-ci, généralement le débat se situe sur deux versants : d’un côté, les « spécialistes du rythme de l’enfant », qui vous diront bien des choses, mais jamais les mêmes ni en même temps (ils s’accordent quand même à peu près à dire que la semaine de 4 jours est la pire des solutions) et qui surtout ne savent rien des apprentissages et des enseignements. D’un autre côté, il y a la prise en compte des incidences sociétales et économiques du rythme scolaire : le rythme de travail des parents, donc des travailleurs, de tout le périscolaire, etc.


Mais JAMAIS l’on n’entend parler dans ce débat du contenu de ces fichues 24 ou 26 heures, de ces foutus 4 ou 5 jours !!!

Depuis 3 ans qu’on m’a enlevé 2 heures de travail avec mes élèves, les heures qui me restent sont plus longues et plus denses. Car le contenu n’a pas été modifié.

Le rapport rendu par la mission d’information de l’Assemblée Nationale n’aborde pas la question du contenu. Il fait mine de s’y intéresser lorsqu’il dit qu’il serait "souhaitable de réduire le temps de cours magistral, de développer les enseignements pluridisciplinaires et de repenser les temps pédagogiques" ou en soulignant qu’une
réforme devrait avoir "pour objectif premier de faire varier les formes d'apprentissage".
Oui mais concrètement, on enlève quoi au CE2 ? La division ? Les compléments d'objet ? L'informatique ? L'histoire des arts, la pauvre, si jeune ?


Dernière chose. Le même rapport prône, après avoir préconisé le retour d’une demi-journée de classe supplémentaire, de "réduire la durée de la journée en fixant un plafond quotidien horaire". "Dans ce cadre, une heure d'étude surveillée pour tous les élèves pourrait être instituée, sans sacrifier pour autant l'aide personnalisée. La place de celle-ci devrait être toutefois repensée. Elle pourrait être intégrée dans le temps de la classe, le temps scolaire ordinaire, ce qui permettrait de mettre en œuvre dans les écoles une pédagogie réellement différenciée", ajoute-t-il.


Je vais vous dire, moi, ce que ça va donner : cette heure d’étude surveillée va très naturellement et très vite se transformer en une heure supplémentaire pour terminer ce qu’on n’a pas eu le temps de finir avant. On aura donc enlevé une heure de classe, pour rajouter une heure d’étude surveillée en classe qui ressemblera à s’y méprendre à l’ancienne.

Alors, puisque la conférence nationale sur les rythmes scolaires n’est pas close, formulons le vœu que cette question du rythme scolaire ne soit plus pensée sans celle du contenu. Sans quoi le serpent de mer fera son grand retour dans, allez, 3 ans…


PS : on pourra toujours aller s’exprimer sur le site http://www.rythmes-scolaires.fr : les questions sont fournies, les réponses bien nuancées (oui ou non), et PAS UNE question ne concerne le contenu des heures de classe…


Et aussi consulter le rapport de l’Académie Nationale de Médecine sur l’aménagement du temps scolaire : http://www.academie-medecine.fr/detailPublication.cfm?idRub=26&idLigne=1768

Enfin, pour la propagande : http://www.educasources.education.fr/selecthema.asp?id=149993

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