Marion Maréchal-Le Pen : En Marche, le spin-off

Marion Maréchal-Le Pen, ici à Carpentras pour le second tour de la présidentielle le 7 mai 2017, a annoncé son retrait temporaire de la vie politique. (MAXPPP)

Le hasard n'existe pas. Nous avons beau nous débattre contre le sort, notre destin est parfois inextricablement et définitivement liés à la genèse de nos origines. Peu le savent, mais le vrai prénom de la patronne du Front National n'est pas Marine  mais... Marion Le Pen. Oui, Marion... Le nom de baptême de sa nièce, élevée comme sa fille les deux premières années de sa vie. C'est d'ailleurs à l'âge de deux ans, que Marion apparaîtra dans les bras de son grand-père sur une affiche officielle de sa campagne régionale en Provence-Alpes-Côte d'Azur en 1992. Dans la famille Le Pen, difficile de ne pas se politiser quand (de fait) tout vous ramène à votre lignée et votre statut éternel de petite-fille du sulfureux patriarche. Marion Maréchal-Le Pen, devenue députée, a choisi cette voie, se heurtant parfois à sa tante, qui (paradoxe) fait parfois figure de rempart contre les velléités inquiétantes de sa nièce, avant de jeter l'éponge après la présidentielle. Une rebelle disparue très à propos du jeu officiel du FN pour laisser place aux inexorables règlements de compte au sein du parti. Une stratégie idéale pour faire concorder agenda personnel et...politique. Et la politique revient au galop ces derniers jours. La jeune femme fait méthodiquement parler d'elle, dressant patiemment les arches du spin-off à venir.

"J’appartiens à la ‘droite Buisson’. J’ai été très marquée, récemment, par son livre la 'Cause du peuple', dans lequel j’ai vu, exposés de manière claire, les fondements de cette droite nationale, identitaire, sociale qui est la mienne" déclarait la jeune femme dans Valeurs Actuelles en mai 2017. Il faut dire que "MMLP", qui vient de rencontrer secrètement l'ancien conseiller de Nicolas Sarkozy, peut compter sur le soutien sans faille du magazine. Peu affable avec sa tante, l'hebdomadaire identitaire n'a eu de cesse de l'encenser. Pas inutile lorsqu'il s'agit de mener campagne et de dérouler son plan de communication. Puisqu'il s'agit bien de cela en ce moment. La jeune femme déploie tranquillement sa stratégie sous nos yeux ébahis : des "cartes postales", soit des messages visant à rester dans la mire des médias tout en suscitant l'attente et donc in fine, le désir. Un discours très médiatique et politique outre-atlantique lors de la Conférence d'action politique conservatrice (CPAC) près de Washington le 22 février, suivi de la parution d'une tribune dans Valeurs Actuelles dans laquelle elle annonçait participer à "la création d'une académie de sciences politiques" avec pour ambition de faire émerger une génération de cadres de droite, projet évoqué précédemment dans son discours étasunien. Aujourd'hui, suite logique de ce premier épisode, la révélation du dépôt de la marque "idées'O" aux contours encore incertains le 25 janvier dernier. Mais qui pourrait devenir le pendant provincial de l'Institut de formation politique (IFP) parisien dont l'héroïne du spin-off avait suivi quelques cours. Fascinée par l'absence de cloison hermétique entre la droite populaire, libérale, souverainiste et conservatrice, l'école lui semblait avoir réussi le métissage politique là où les partis ont échoué, tout en consolidant le socle de valeurs identitaires communes. 

Une aubaine dont entend profiter la cadette du clan Le Pen en le développant à son compte. Son discours à Washington semblait d'ailleurs jeter les bases d'un mouvement à visée présidentielle. Anti européanisme patenté, attaques virulentes contre l'islam (la France "petite nièce de l'Islam" après avoir été "la fille aînée de l'Eglise"), conservatisme sociétal affiché et ode prononcée à la liberté et la famille... Une nouvelle manière d'envisager l'espace politique à droite. L'alliance de la bourgeoise conservatrice et des classes populaires, qu'elle appelait de ses voeux dans sa tribune, réunies par un intérêt commun : la "transmission de leur patrimoine matériel et immatériel" et la farouche défense de leur identitéA cette communication politique maîtrisée, s'ajoute la bienveillance de certains médias, plutôt amènes à son égard (il n'est qu'à voir la Une de l'Express numérique la concernant) dans un contexte effervescent où les nouveaux conservateurs catholiques voient leur influence s'accroître, quand ils ne se radicalisent pas tout bonnement. L'objectif est clair, gagner la "bataille des idées", nouveau mantra des lobbystes, mais aussi l'antienne de cette nouvelle génération d'enseignants, de chercheurs, de journalistes, à l'instar d'Eugénie Bastié, Charlotte d'Ornellas ou bien encore Geoffroy Lejeune. Se livre par médias interposés un combat pour l'hégémonie culturelle chère au philosophe Gramsci également plébiscité par la "gauche de la gauche", tandis qu'à gauche (justement), les jeunes intellectuels peinent à émerger... La boucle est bouclée. 

 

Sommes-nous en train de voir apparaître une nouvelle marque politique "et de droite et d'extrême droite"? Un spin-off d'En Marche à droite, dont le scénario a été pensé et conçu pour captiver l'attention médiatique, transgresser et transcender tout en asphyxiant Les Républicains et le Front National ? Cela y ressemble en tout point et commence même à inquiéter les différents protagonistes de la conquête du pouvoir en 2022. À commencer par ses concurrents directs à droite, Marine Le Pen et Laurent Wauquiez. Mais également Emmanuel Macron dont la très critiquée "loi asile et immigration" droitise à dessein le positionnement. Les faits parlent d'eux-mêmes. L'électorat frontiste s'était peu mobilisé lors des législatives de juin 2017, comme lors des partielles rappelle au Figaro Jérôme Fourquet, le directeur du département opinion de l'Ifop. Suite au débat de l'entre-deux tours raté, les signes avant-coureurs d'une désaffection émaillaient la partie "commentaires" du site Fdesouche, centre névralgique de la fachosphère. Les critiques se faisaient plus acerbes à l'encontre de la Présidente du FN. Le Parisien les recense : "Elle nous a même fait honte", "Nulle, c'est un fait "... Marine Le Pen aurait "ruiné définitivement l'idée de voir le FN au pouvoir", selon deux autres soutiens. Certains appelaient dès à présent à un "renouveau" dont le visage de la relève pourrait être... Marion-Maréchal Le Pen. Ou bien encore Laurent Wauquiez, ce qui ne lui a pas échappé... "60 % des sympathisants FN n'ont pas été choqués et ont approuvé qu'il parle 'cash' (lors de son cours prodigué à l'EM Lyon)", rappelle Jérôme Fourquet. "Deux enseignements peuvent être tirés de ces chiffres. D'une part, le positionnement antisystème adopté par Wauquiez peut trouver un écho au FN. D'autre part, les scores sont identiques chez les sympathisants LR et FN. Des points de convergence existent donc entre toute une partie de ces deux électorats". Dans les électorats FN et LR, des rapprochements à la base sont donc envisageables... Mais qui de Laurent Wauquiez ou de Marion Maréchal- Le Pen emportera la victoire ? 

Quelques mois après son départ, sur fond de crise d'identité et de gouvernance du FN, l'opinion semble abonder en ce sens. Près de sept Français sur 10 et près d'un sympathisant sur deux pensent que Marion Maréchal-Le Pen serait une meilleure prétendante que Marine Le Pen pour représenter le FN à la présidentielle de 2022 (sondage Odoxa-Dentsu Consulting pour franceinfo et Le Figaro publié le jeudi 15 mars). L'ancienne députée du Vaucluse gagne du terrain dans les coeurs et les esprits : 31% des interrogés veulent que "MMLP" ait plus d'influence dans la vie politique française (enquête mensuelle BVA-La Tribune-Orange-RTL de mars dernier). La benjamine du clan Le Pen a certes l'apanage de l'âge qui lui permet tout à la fois de jouer la carte du renouvellement générationnel tant plébiscité par les électeurs et de ringardiser sa tante mais aussi le patron des Républicains, mais elle est surtout en phase avec tout un pan de la droite conservatrice avec pour figures de proue médiatiques ses nouveaux apôtres cathodiques. Après le "nouveau monde", la "métapolitique" ? Les ressorts transpartisans semblent identiques. Signe que, finalement, l'ancien monde n'est jamais loin. 

Anne-Claire Ruel

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