Un Président, ça ne devrait pas critiquer son prédécesseur comme ça

Emmanuel Macron donne la première interview télévisée de son quinquennat, le 15 octobre 2017 à l'Elysée. (PHILIPPE WOJAZER / AFP)

Qu'il semble loin ce 8 mai 2017, où par une belle journée de printemps, lors de commémoration de la victoire des Alliés, François Hollande donnait l'accolade à son successeur dans un élan de paternalisme manifeste... pour mieux rappeler la filiation. Depuis, les coups pleuvent comme à Gravelotte entre les deux hommes, François Hollande répondant à ce qu'il considère être une agression : la réappropriation des résultats de son action. Emmanuel Macron faisant valoir, quant à lui, le manque de vision européenne de son prédécesseur doublé d'un "trou budgétaire" abyssal contrecarrant aujourd'hui son action. Ah, le bilan... Quand il est négatif, personne n'en veut ; quand il semble positif, on tente de se l'accaparer.

Car ne nous y trompons pas, il est bien là l'enjeu d'Emmanuel Macron : marquer une rupture tant sur le fond que la forme auprès de l'opinion. Et pourtant, la continuité semble évidente. Que ce soit lorsqu'il invoque une baisse du chômage à venir -en donnant toutefois une indication de temps- ou bien encore lorsqu'il fait de l'apprentissage et de la formation un enjeu majeur de la "transformation" qu'il appelle de ses voeux. Et que dire de la "présidence bavarde" reprochée à son prédécesseur, lui qui sature l'espace médiatique depuis un mois ? Certes, pas de SMS intempestifs envoyés aux journalistes. Mais un entretien à France 24, une interview dans l'hebdomadaire allemand Der Spiegel ou bien encore une intervention sur CNN, sans compter son interview fleuve dans le Point adressée à ses sympathisants...  Il semble qu'Emmanuel Macron ait fait sienne l'idée selon laquelle il est de son devoir de communiquer auprès de tous les Français, indistinctement. A minima pour contextualiser sa vision et expliciter son cap, ce qui a été bâclé par son prédécesseur.

Si l'intervention de dimanche soir à la télévision a été pensée pour clarifier la posture d'Emmanuel Macron, "le Président qu'il dit ce qu'il fait et qui fait ce qu'il dit", plus que pour battre en brèche l'expression "Président des riches", elle a également été l'occasion d'attaquer l'ex locataire de l'Elysée à fleurets -à peine- mouchetés. Le tout, sans jamais le nommer. Une posture politicienne autrefois adoptée par Nicolas Sarkozy à l'encontre de Jacques Chirac et bien évidemment celle de François Hollande envers ce dernier. Tiens, donc, une résurgence de l'ancien monde en plein coeur du "nouveau" ?

Effet paradoxal pour le Président qui veut faire de l'opposition europhile / eurosceptique le nouvel horizon politique capable de supplanter la vieille opposition gauche / droite, il convoque ainsi à nouveau ce clivage séculaire au coeur même de l'arène médiatique. Peut-être se doute-t-il que cette lecture politique est indépassable : vous l'aurez remarqué, exit les "en même temps" depuis quelques mois. S'opposer à François Hollande, c'est démontrer -en creux- que la politique menée n'est pas celle du parti socialiste moribond, dont François Hollande refuse d'être le fossoyeur. Quant à Jean-Luc Mélenchon, il n'est pas une "menace" crédible pour l'Elysée : le château veille jalousement à en faire son opposant numéro 1 en saturant l'espace médiatique, afin d'éviter toute renaissance de ce PS zombie. C'est aussi souligner l'erreur de communication de son prédécesseur : quitter le pouvoir implique de garder le silence. Qui plus est lorsque vos courbes d'opinions favorables sont au plus bas. Au moins pour un temps avant d'amorcer une reconstruction d'image et de reprendre progressivement la parole, comme avait pu le faire Nicolas Sarkozy. Pour paraphraser Arnaud Benedetti, professeur associé à l'Université Paris-Sorbonne, Emmanuel Macron, issu des rangs de la gauche, a été élu par le peuple de gauche. Or, il semble assumer aujourd'hui son virage à droite. Bernard Cazeneuve ne dit rien de moins dans son interview accordée au Monde lorsqu'il souligne que "la revendication du dépassement du clivage droite / gauche dissimule une propension à être tout simplement de droite".

C'est d'ailleurs sur la question débattue de l'ISF, et donc du libéralisme économique induit, que François Hollande a repris la parole au cours de l'été. Aujourd'hui à Séoul ce mardi 17 octobre, il répond sans ambages aux critiques non dissimulées de son successeur lors de son grand entretien sur TF1 au sujet de sa politique fiscale et sa taxe à 75% pour celles et ceux qui gagnaient plus d'un million. « La fiscalité, c'est un facteur de cohésion nationale et sociale. Si, dans un pays, l'idée s'installe qu'il y a finalement une fiscalité allégée pour les riches et alourdie pour les plus modestes ou pour les classes moyennes, alors c'est la productivité globale du pays, c'est la capacité qu'il a à se mobiliser pour son avenir, qui se trouve mise en cause. » Renvoi dans les cordes du premier de cordée.

A l'heure de l'atomisation de la société française et de ses corollaires, la fragmentation des audiences et l'hystérisation des débats, il est un principe en matière de communication qu'Emmanuel Macron ne devrait pas négliger, lui qui est perçu comme déconnecté du quotidien d'une partie des Français. Un principe qu'il avait pourtant fait sien lors de sa conquête du pouvoir, lui le chantre de la bienveillance et du respect, et qui posera -à terme- un véritable problème pour l'appropriation de ses messages : le mal prononcé à l'encontre d'autrui est toujours in fine associé à son émetteur. A bon entendeur.

Anne-Claire Ruel

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  • capferrat57

    un president ne devrait pas traiter les petites gens comme il le fait,,,,,,,,

    • propergo

      Je ne crois pas que ce soit de la méchanceté. je pense (j'espère d'ailleurs) qu'il s'agit plutôt d'un conseil mal formulé: Bougez vous, remettez vous en cause, n'attendez pas que cela tombe du ciel, bref, essayer de les motiver à remonter sur l’ascenseur. Mais j'en conviens, quand ça vient d'en "haut", on le prend toujours mal, en "bas" et je sais de quoi je parle, je suis en bas.
      Quand il dit qu'en "bas" les gens sont rien, il a raison, tous les jours tout le monde croise des gens qui sont devenus invisibles: les SDF. Et encore, eux, on les voit, mais quid de tous ceux qui restent enfermés chez eux, à être encore moins visibles?
      Il a raison de dire qu'il y a des gens qui sont rien, car votre voisin ne vous voit pas, ou alors, c'est qu'il est envieux. C'est maladroit, mais il y a là, je l'espère encore, une volonté de faire en sorte que tout le monde se sente utile. Encore un peu de patience, ce qui est fait aujourd'hui est fait pour permettre de créer de la richesse, pour pouvoir ensuite, en redistribuer. Tout le contraire de ce que la gauche a fait pendant des années et qui a mené notre pays à voir les investissements partir, sans richesse à partager.

      • Anne-Claire Ruel

        Effectivement, s'agissant de sa sortie sur les "gens qui ne sont rien", je crois que le propos n'était pas celui-là. En revanche, pour le "bordel" et le reste, la petite musique qui est donnée à entendre ne sonne forcément pas très bien aux oreilles des Français. Et surtout, cela participe de la construction de son image médiatique. Subie ou souhaitée, la question reste entière.

  • Benjamin CHAUCHARD

    Prédécesseur a qui il doit tout au demeurant.....

    • propergo

      Je ne pense pas qu'il lui doive grand chose.
      La maitrise de l'anglais peut-être ? Ses connaissances en économie ? Sa culture et sa connaissance de l'histoire de France et de l'Europe ? Sa vision du monde de demain ?
      A part sa nomination, je ne vois pas. Et si vous voulez mon avis, ce n'est pas H qui en a eu l'idée...trop occupé à discuter avec des journalistes, plutôt que de bosser.

      • Benjamin CHAUCHARD

        "Sa nomination"... rien que cela quand meme.... Non parce que avant sa nomination Macron etait juste un ancien enarque passer chez les banquier pour ce faire du pognon... Un parfait inconnue en somme...

        • propergo

          Merci de dire exactement ce que je dis. Sa formation à l'ENA, ce n'est pas H, Son emploi chez Rothschild, ce n'est pas H, etc...Mais je sens bien que vous n'aimez pas l'homme, juste parce qu'il a été banquier. Ah, les préjugés, c'est un peu comme le racisme, ça a des raisons bien ancrées, mais qui ne sont pas raison. Mais bon, c'est comme ça. Je ne dis pas du mal de Mélenchon, juste parce qu'il a une tête de tueur en série, non, ou parce qu'il veut faire descendre le peuple dans la rue, juste pour lui donner le pouvoir que le même peuple ne lui a pas donné dans les urnes, non, je ne le dis pas. Je ne dis pas non plus que sans doute il y a des raisons d'écrire les mots et les pronoms, d'une certaine manière, et non d'une autre, pour éviter de se méprendre, sur le sens des phrases, non, ça non plus, je ne le dis pas, je ne dis pas non plus que si l'on écrit mal, peut-être lit-on mal, ce qui expliquerait, les erreurs de jugement :-)

          • Benjamin CHAUCHARD

            Ah!!! Comme je suis injuste avec les banques... C'est sur que les subprime c'est du beau boulot.... C'est sur que depuis que la finance a pris une importance si phenomenale dans l'economie, tout va pour le mieux pour les travailleurs et la prosperité... Les banques contemporainement son un fleau sponsorisé par des banques centrale au taqué depuis maintenant 10 ans qui les inondent de liquidité pour au final, il y est aucune retombé sur l’économie réelle. Oui, la financiarisation de l'economie est nefaste car elle représente une forme de racket sur l’économie réelle.

            De Macron banquier... Aprés avoir integre l'ENA pour rentrer au service de la France.... C'est le concept... Macron c'est trés vite precipité vers le privée afin de rentrer au service de sa cupidité en monneyant son entre-gens et son carnet d'adresse pour un job méprisable de VRP de la fusion acquisition.... Selon ces propre mots dans un interview au wall street journal:"Vous êtes un genre de prostituée.Le boulot, c’est de séduire"... Macron, la péripatéticienne de la fusac... Pour information, la fusion acquisition vise a constituer des monopoles, a s'affranchir de la concurrence... Par exemple, Macron a donner le monopole du lait infantile a Psifzer... et c'est l'afrique qui a pessentiellement payer la note... La grande classe

      • Arctos

        Connaissance historique ??? Oups !!!

  • divinfo

    J'ai cru que c'était un billet sur la critique des anciens par les nouveaux en général, je n'avais pas réalisé que c'était juste un billet antimacron...Il faudrait le préciser dans le titre ou le chapô....

    • Anne-Claire Ruel

      Bonjour,
      Si vous lisez bien l'article, j'analyse également les choix de François Hollande sur le même plan. Une chose me rassure : quand on écrit sur Emmanuel Macron, on me traite d'anti-macron. Quand j'écris sur les autres, de pro-macron. Finalement, l'équilibre est respecté !
      Bien cordialement.

  • propergo

    Ce n'est pas parce que l'on a eu un bon job, grâce à son prédécesseur que l'on doit une adoration sans borne à celui-ci. Sinon, nous en serions encore à adorer Coty!
    Hollande n'avait qu'un seul objectif: être président.
    il était convaincu, car minable, que tout allait s'arranger par entrainement de la reprise européenne et mondiale. Tout le monde sait que seuls ceux qui ont fait des efforts s'en sont sortis avant les autres, pendant que les autres ramaient et rament encore.
    Hollande est sans conteste le plus mauvais président de la république que nous ayons eu. Même Paul Deschanel était mieux, il tombait du train de temps en temps :-)

    • Arctos

      Rassurez vous , Mister H. ne reviendra pas , ce qui ne doit pas vous empêcher d'avoir un minimum d'objectivité . Nous verrons d'ici 5 ans si E.M. a fait mieux .

      • propergo

        En toute objectivité je vous confirme que celui que nous avons est mieux que ceux que nous aurions pu avoir. C'est tout ce que je dis. Seuls les partisans FN, FI et LR (bien à droite, ou ayant des intérêts à se maintenir en poste d'élu) pensent le contraire. Nous avons juste évité la catastrophe en 2017. et j'espère, pour mon pays et mes enfants, qu'il va nous sortir de là où ses nombreux prédécesseurs non réformistes, donc aveugles de ce qui se passaient dans le monde, nous ont mis, par incompétence.

        • Arctos

          Ce qui se passe dans le monde frappe tous les pays européens , Allemagne incluse . Ce qui se passe , c'est que dans les pays anciennement dits " sous évolués" , des gens aussi compétents que nos ingénieurs travaillent pour 600 euros mensuels , que des ouvriers peu qualifiés le font pour 200 euros et que les sites de production vont s'implanter là bas ... vous avez vu Sarkozy , Hollande : échec ,pourvu qu'avec le suivant , ce ne soit pas fiasco .

          • propergo

            Craintes partagées! Je disais à l'époque qu'il ne fallait pas aller dans cette voie de la moquerie à tout va, elle a malgré tout été suivie, il sera difficile de rétablir l'image de la fonction et donc également la confiance dans la fonction.
            Encore une fois, tout les petits que nous sommes avaient vu l'impossibilité de faire cohabiter les pays a petites charges, avec les autres, mais l'intégration a malgré tout été réalisée. Alors qu'il aurait fallu attaquer les critères de convergences, ils se sont contenté de regarder passer les crises, sans s'y mettre réellement. C'est maintenant qu'il faut faire le job, sinon, nous pouvons tout craindre...tout.
            Sa réussite ne sera pas qu'une réussite, ce sera notre paix de demain, c'est donc majeur.
            Les oppositions d'aujourd'hui font le lit des objectifs de Poutine et des Ricains: affaiblir voire détruire l'UE.

    • Anne-Claire Ruel

      Bonjour,
      Oh que non, je ne prépare rien du tout :) Quand au bourrage de crâne, votre réaction est la preuve même que je n'en fais pas. Ou sinon, cela tomberait totalement à plat ! J'essaie d'analyser droite et gauche indistinctement, sans parti pris partisan et sous l'angle de la communication.
      Bien cordialement.

      • Anne-Claire Ruel

        ps : j'ajoute que si vous lisez bien l'article, j'analyse aussi l'attitude de François Hollande.

  • http://batman-news.com JMP

    "Conseillère en stratégie" et le reste. Les conseilleurs ne sont pas les payeurs, vieil adage qui se vérifie souvent. Yaka, Yzonka, Yzorèdu, ... j'aimerais voir ces conseilleurs 6 mois à la tête d'une entreprise (je sais, cette entreprise n'a pas mérité ça) et surtout le résultat de bons conseils faciles à lancer quand on n'est pas impliqué. "Une brute qui marche va toujours plus loin que deux intellectuels assis" (Audiard, bien sûr)

    • Anne-Claire Ruel

      Bonjour,
      Figurez-vous que je suis parfaitement d'accord avec vous : il est très facile de commenter. Un petit peu moins d'analyser et bien plus difficile d'agir. Cela étant, faut-il s'épargner alors d'analyser ? Les conseillers sont toujours extérieurs à une entreprise tout simplement parce qu'il est plus facile pour eux, en étant extérieurs d'avoir du champ et une liberté de parole que n'ont pas forcément les salariés. Quand c'est votre entreprise qui est concernée, vous prenez forcément les choses plus à coeur, sans avoir parfois le recul nécessaire sur les actions à mener.
      Bien cordialement.

      • http://batman-news.com JMP

        Bonjour,
        Merci de votre explication. Comprenez que mon commentaire est motivé par 25 années en organisation administrative, analyse et mise en place d'applications informatiques (gestion de prod, commerciale, compta analytique, ...) suivies de 8 années d'audit interne bancaire. C'est dire si pour moi le discours, c'est bien, mais la réalité qui se situe derrière est parfois surprenante. De plus, tout ne peut être dit (justifications, éclairages, historique actions en cours...) dans le temps imparti et pour des raisons de stratégie.
        L'actualité est étonnante : une erreur colossale du quinquennat précédent (fiscalité des entreprises, https://francetvinfo.fr/economie/budget/la-fiscalite-francaise-face-a-une-erreur-colossale_2425393.html) semble donner lui raison de critiquer.
        Cordialement,
        JMP