Au FN, en route pour la formation

Page de couverture du classeur remis aux futurs élus suivant la formation FN pour les Municipales de 2014.

Certes, le FN annonce la création de son Collectif Belaud-Argos pour la protection animale en France. Mais en parallèle, les choses sérieuses commencent et se mettent en place dans la perspective de 2017. L’édito du 4 mars 2016, signé du Secrétaire général du FN, rend compte d’une réunion des secrétaires départementaux qui s’est tenue ce samedi 27 février. Chaque fédération du FN est représentée pour ce « rendez-vous de travail ». L’occasion, explique Nicolas Bay, pour l’ensemble des cadres et responsables du Secrétariat général de « dresser un bilan du cycle électoral qui s’est achevé en décembre dernier et (de) tracer les horizons à venir. Ont été évoqués les adhésions, la continuation de la professionnalisation du Front National, le perfectionnement de notre appareil et de notre ancrage territorial (…) et, bien sûr, les prochaines échéances électorales ».

La formation : le "chantier le plus important du FN pour l'avenir"

Le FN se met en ordre de bataille. Autrement dit, le parti s’engage à nouveau, et comme il le fait depuis 2013, dans la formation politique de ses représentants. À l'inverse de son père, Marine Le Pen ne néglige, en aucun cas, les questions d'appareil. La raison est assez simple : sa stratégie de « dédiabolisation » l'a souvent mise en porte-à-faux avec sa base militante. La formation politique est l'un des éléments-clés de sa conquête du pouvoir. Le dispositif Campus Bleu Marine a été mis en place début 2013 : plus de 600 stages financés quasi-intégralement par le parti. Louis Aliot, vice-président du FN, chargé de la formation et des manifestations, en est le responsable. Et Marine Le Pen le rappelle : le « chantier de la formation est très certainement le chantier le plus important du Front national pour l'avenir ».

La fabrique du militant FN d'hier et aujourd'hui présente des similitudes. La formation Campus Bleu Marine s'est adaptée au contexte. Alors que les formateurs des années 1970 puisaient, pour la plupart, leur culture politique dans une extrême droite radicale, ceux des années 2010 affichent un profil idéologique bien différent. Frédéric Gourier, directeur de la formation et directeur de campagne de Louis Aliot à Perpignan, est arrivé au FN par le biais de la défense des harkis. Autre exemple : un des principaux intervenants du Campus BM pour les Municipales est Bruno Lemaire, docteur en mathématiques et en économie, diplômé d'Harvard et ancien enseignant d'HEC. Il est un des plus proches conseillers de Marine Le Pen. Il s'occupe du recrutement du think-tank de Louis Aliot « Idées Nation », présenté comme un cercle de réflexion animé par des universitaires. Tout ceci « fait partie de la valorisation de tout notre travail de formation et de captation d'un certain nombre de compétences », affirme le vice-président du FN.

Dans le cadre de la formation politique et technique, délivrée par le FN, trois modules sont proposés : les élections du moment, la communication et les actions de terrain. Elle est complétée par des ateliers pratiques, des mises en situation. Une des nouveautés du FN de Marine Le Pen réside dans l'accès au portail numérique Campus Bleu Marine, régulièrement mis à jour et accessible avec un code d'accès personnel. Le « prolongement se fait par échanges et par cycles de conférences dans les régions », explique Louis Aliot. Une formation politique de base la complète, en détaillant le programme du FN.  Pour chaque élection un support papier adapté, mis à jour, est remis aux participants des formations. Le Petit Guide pratique de l’élu municipal Front national vient compléter l’édifice en 2014. En fin de stage, les candidats sont notés. La formation est d'ailleurs diplômante :

Diplôme formation

Les Municipales du printemps 2014 représentent la « première étape sur la route du pouvoir », dixit Marine Le Pen. La stratégie électorale du FN s'inscrit dans son implantation locale, en particulier dans les zones rurales et dans les principales grandes villes. Depuis cette date, le Front national continue dans la même perspective la formation politique et pratique de ses élus, en s’adaptant à la spécificité de chaque élection.

"La discipline est un élément sur lequel nous ne transigeons pas"

« Pour le trimestre qui vient », explique aujourd'hui Nicolas Bay, « il a été demandé à nos cadres départementaux de s’atteler prioritairement à la préparation des élections législatives. Cela implique notamment que, très rapidement, chaque circonscription soit pourvue d’un responsable, qui en assumera l’animation politique et militante et coordonnera le travail des responsables de sections municipales et cantonales. En parallèle, des pré-investitures vont être mises en place pour permettre l’évaluation des potentiels futurs candidats. Ainsi, leur dynamisme et leurs mérites seront évalués et permettront d’effectuer les meilleurs choix définitifs d’investiture en fin d’année ».

Jeunes... et politiquement inexpérimentés. Il arrive que les représentants du FN, investis ou pas, s’exposent à des dérives qui viennent ternir l’image que le FN entend imposer. Rappelons-nous… François Chatelain, investi dans le Nord, suspendu début septembre 2013 et exclu en raison de la teneur de la page de son profil Facebook où figuraient un drapeau israélien en flammes et cette inscription « Ici, c’est la France » ; Anne-Sophie Leclerc exclue, en décembre de la même année, pour avoir comparé la garde des Sceaux Christiane Taubira à un singe, lors d’un documentaire télévisé. Des exemples loin d’être isolés. Des « images et propos (...) en totale contradiction avec la ligne politique du Front national », affirmait alors Steeve Briois dans un communiqué (4 septembre 2013).

La ligne d’action du FN est claire : dès qu'un « dérapage » est médiatisé, son auteur se voit, en règle générale, retirer son investiture, exclu de son parti dans les plus brefs délais. Il faut relire la note de Steeve Briois, de début septembre 2013, adressée aux Secrétaires départementaux. Ce document interne au FN préserve toute son actualité. Le secrétaire général du FN montrait bien la priorité absolue devant être accordée aux profils des candidats. Il insistait également sur une des fonctions des responsables du FN, celle de contrôler les propos des candidats du parti mariniste : « Vous êtes les préfets du Front national dans vos départements. À ce titre, vous êtes chargés de vérifier, ou de faire vérifier, que les candidats aux municipales respectent la ligne de conduite du Front national sur leurs blogs ou sur les réseaux sociaux. (...) Bien que nous le répétions à chaque réunion, à chaque Conseil National et à toutes les séances de formation, nos consignes ont visiblement du mal à être retenues et respectées par quelques-uns. C’est pourquoi je vous demande, de manière solennelle, de vérifier ou de faire vérifier immédiatement par une personne de votre choix, les contenus des pages Facebook, des tweets ou des blogs des candidats de votre fédération. La discipline est un élément sur lequel nous ne transigeons pas. Chaque candidat doit en effet respecter la ligne politique du mouvement et ne pas se laisser aller à des délires personnels ou idéologiques. Si des cadres ou des candidats venaient à déroger à cette règle, nous serions amenés à en tirer les conclusions qui s’imposent. Je vous informe enfin que Marine Le Pen a prononcé un avertissement à l’encontre du Secrétaire départemental qui avait manqué de vigilance, à propos du candidat énoncé ci-dessus ».

Dans le cadre des Régionales (décembre 2015), des « dérapages » de candidats montrent, une fois de plus, que certaines thématiques, à commencer par celles du racisme et du négationnisme, restent pérennes au FN. Le candidat FN en Aquitaine-Limousin-Poitou-Charentes, Pierre Dinet, poste par exemple ce message islamophobe sur Facebook, rapidement retiré :

Un message publié sur le compte Facebook de Pierre Dinet, candidat FN aux régionales, le 14 novembre 2015, et qui est depuis inaccessible. (FACEBOOK / FRANCETV INFO)

C’est au tour de Nicolas Bay, le Secrétaire général du FN, d’avancer des arguments similaires à ses prédécesseurs : concernant Pierre Dinet, « la liste étant déjà déposée en préfecture, on ne peut plus le retirer. Mais ce sont des propos contraires à la ligne politique du parti. On va suivre la procédure habituelle : il sera suspendu et convoqué devant la commission de discipline du parti ». 

Vers un parti de professionnels de la politique ?

Depuis le congrès de Tours (janvier 2011), le FN connaît une phase de croissance sans précédent dans son histoire. Ses adhérents n’ont jamais été aussi nombreux (51 551 à jour de cotisation en mai 2015). La majorité d’entre eux n’a jamais fait de politique. Peu de cadres expérimentés se sont présentés pour les élections municipales. Un peu plus ont répondu à l’appel pour les suivantes. La constitution des listes pour les diverses élections souligne le décalage existant entre la base du mouvement, certains (futurs) candidats et/ou élus et la direction. Aujourd’hui, le parti de Marine Le Pen met plus que jamais la priorité dans la formation politique de ses élus et militants. L’enjeu est crucial : les cadres sont les pièces maîtresses de sa stratégie.

Combien de temps, pour le FN, avant d’acquérir une organisation locale et une base militante solides lui permettant de s’affirmer comme un parti de professionnels de la politique ? Sa phase de reconstruction se poursuit avec l'étape électorale de 2017 et deux élections majeures : la présidentielle et les législatives. Pour la première, Marine Le Pen vise le second tour. Pour les législatives, le FN considère que 10 députés lui sont « quasiment assurés ». Une certitude : la somme d’argent allouée au FN sera supérieure à celle concernant les dernières législatives de juin 2012 et l'élection de ses deux députés ; les subventions de l’État étant calculées en fonction des résultats des élections.

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