John Wayne Gacy, gentil clown et tueur en série

Ça tient de l’effet de mode : ici ou là, quelques gros malins « s’amusent » à se costumer en clowns pour effrayer le voisinage. De quoi renforcer une trouille des clowns largement répandue… Non sans raison : si le fameux Grippe-Sou du ça de Stephen King reste l’archétype du clown maléfique, il se trouve que l’écrivain américain n’est pas parti de rien… Retour sur un assassin grimé autrement plus dangereux que ses lointains héritiers.

Un bon voisin

Bienvenue à la fin des années 70 à Chicago, dans le quartier de John W. Gacy. Un brave homme que ce cher John qui incarne si merveilleusement l’american way of life  américain de l’après-guerre. Marié deux fois, papa de deux enfants, Gacy est une publicité pour les sixties qui va jusqu’à la caricature : la jolie maison dans une banlieue aisée, l’herbe bien tondue, le drapeau américain au bout de son mât, et un visage jovial bien connu dans le quartier… Beau parleur et charmeur malgré un physique passe-partout, John a la réputation d’avoir le cœur sur la main. Le genre de bénévole qui ne compte pas ses heures dans toutes les associations caritatives du secteur.

C’est bien simple, cet homme va jusqu’à amuser les gamins malades des hôpitaux en leur rendant visite pendant leur convalescence, déguisé en clown – même si son portrait en costume, ci-dessus, me laisse personnellement penser qu’il les quittait plutôt hurlants de terreur et bien partis pour 30 ans d’analyse psychiatrique lourde.

Le voisin idéal. Sauf que.

L’erreur de trop

Quelque chose pèse sur Chicago, en 78. Depuis des mois et des mois, des jeunes gens disparaissent sans laisser de traces. Aucun de ces garçons de 15 à 20 ne refait jamais surface. Le 11 décembre 1978, c’est au tour de Robert Piest, 15 ans, de disparaître en rentrant de la pharmacie où il travaillait après le lycée. Quelques heures plus tard, le détective Joseph Kozenczak, apprend que le jeune garçon avait rendez-vous avec un certain John W. Gacy – le gentil clown avait semble-t-il dans l’idée lui proposer un autre job, mieux rémunéré.

En vérifiant par pure routine le casier judiciaire de Gacy, le policier tombe de l’armoire : dix ans plus tôt, Gacy a purgé une longue peine de prison pour viols sur mineurs – des garçons. Jeunes. Et depuis, bien des gens ont eu quelques soucis autour de lui. De jeunes employés de ses magasins. Des coursiers. Des stagiaires. Quelques rumeurs parlent de fellations forcées, de violences sexuelles, de séances SM poussées.  Ce piler de la communauté a été arrêté à plusieurs reprises depuis sa sortie de tôle, sans qu’aucune procédure n’aboutisse. Les jeunes gens ont tendance à ne pas porter plainte – la honte d’être identifié comme homosexuel dans les suburbs américains du temps de Nixon et de Carter, sans doute.

Au commissariat, Gacy est parfaitement à l’aise. Il la joue copain, rappelle qu’il a le bras long et qu’il un juste un brave type, catholique et bénévole. Le côté « allons les gars, vous vous doutez que ce n’est qu’un malentendu, tout va vite s’expliquer. »

Des clowns sur les murs

Ça, pour tout s’expliquer, tout s’explique : pendant que ses collègues cuisinent Gacy, Kozenczak fouille le pavillon de Gacy, convaincu d’y trouver le gamin disparu. La maison est très propre, très ordonnée. Au mur, quelques tableaux peints par Gacy lui-même – tous montrent un même sujet : des clowns. Il y a autre chose, ceci dit. Des menottes. De faux badges de policiers. Un couteau, une arme à feu. Des couvertures tâchées par des souillures couleur de sang séché. Du Valium, des seringues, du chloroforme. Des cordes. Des vêtements – des vêtements beaucoup trop petits pour être ceux du grassouillet M. Gacy.

Mais aucune trace du jeune garçon. Le temps de faire analyser les éléments découverts, les policiers sont obligés de libérer Gacy, placé sous haute surveillance. Le gentil clown débonnaire joue la carte du calme. Il pose des guirlandes de Noël comme d’habitude, aide ses voisins à déneiger leurs allées et paye un déjeuner au restaurant aux enquêteurs qui le surveillent. Au cours du repas, il leur lance, fanfaron : « vous savez, les clowns s’en tirent toujours ».

Une sale odeur

Excédé par la présence constante de deux inspecteurs devant chez lui, Gacy veut encore jouer au plus fin et les invite chez lui, pour un café. Gacy a monté le chauffage et dans cette atmosphère, l’un des policiers, l’agent Schulz, renifle bien une odeur étrange dans l’air, mais toujours rien de tangible.

Les policiers finissent par arrêter Gacy le 21 décembre, pour… vente de marijuana. Et fouillent la baraque de fond en comble. Sous pression, Gacy s’effondre enfin et avoue avoir enterré « un ancien amant » sous le sol de son garage, jurant ses grands dieux qu’il s’agissait de légitime défense.

Dans le vide sanitaire, les policiers vont trouver un peu plus que ça. Après avoir pompé une mare d’eau infecte, l’un des techniciens réalise qu’il a littéralement les pieds dans l’adipocire – une matière produite par la décomposition des chairs. Il se penche et sort un bras humain trop décomposé pour être celui du dernier gamin disparu moins d’une dizaine de jours plus tôt. Il lâche « Je crois que cet endroit est rempli de gamins ».

Les enquêteurs trouveront 26 corps dans la fosse septique, soigneusement positionnés pour occuper l’espace de façon optimale, comme dans Tetris. Trois autres enterrés dans le jardin. Et quatre encore, abandonnés près d’une rivière voisine – dont celui de Robert Piest, mort étouffé, la gorge remplie de sopalin. 33 victimes en tout que Gacy admet avoir tué sous l’emprise d’un double maléfique, « Bad Jack ».

Inutile de dire que Gacy fut condamné à mort en 1980 – 12 fois, très exactement, pour 21 peines de perpétuité. L’attitude ricanante qu’il adopta face à d’anciennes victimes sorties vivantes de leur confrontation ne l’aida pas plus que son pari de plaider la folie. Son homophobie, d’autant plus violente qu’il n’assuma jamais sa propre homosexualité, justifiait à son sens tous ses actes.

John Wayne Gacy a été exécuté par injection le 10 mai 1994, après trois derniers mots ma foi fort succincts : « kiss my ass » (« embrasse mon cul »). Il aura passé les 14 années à répondre à ses fans, à des criminologues et à se vanter des innombrables livres, films et articles que son parcours inspira.

Oh, et à peindre. Des clowns. Moches.

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Publié par jcpiot / Catégories : Actu

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