Non, la fête des Mères n’a rien à voir avec Pétain

D’ici midi, une bonne partie des enfants du monde déposeront devant leurs mamans attendries, et généralement consternées, un machin probablement assez moche quoique touchant, fabriqué à l’occasion de la Fête des Mères avec le vif soutien de l’industrie mondiale de la nouille. Et d’ici midi, comme chaque année, il y a de bonnes chances pour qu’une personne finisse par rappeler que la Fête des Mères a été créée par le régime de Vichy – eh bien c’est faux. Retour sur une légende qui a la vie dure.

La IIIe République, maman de la Fête des Mères

La fête des Mères est née très officiellement dix ans avant la guerre et onze avant que le Maréchal Pétain ne s’empare du pouvoir - en 1929, soit l’année des très républicains gouvernements de Poincaré puis de Briand. Pétain ne fit qu’inscrire dans le calendrier, en 1941, une fête qui existait déjà sans être fixée à une date précise – et pour être complet, la date du dernier dimanche de mai remonte à un décret de 1950… (« la République française rend officiellement hommage chaque année aux mères françaises au cours d'une journée consacrée à la célébration de la « Fête des mères »).

C'est donc bien la République qui donna naissance à la Fête des Mères. Toutes nos félicitations.

Favoriser la natalité

La volonté de valoriser les mères, reflet d’une époque où la femme se doit d'être avant tout une bonne mère de famille, s’explique dans un contexte d’après-guerre : 14-18 avait littéralement saigné la population française – un quart des hommes de 18 à 25 ans sont morts au combat au cours des années de guerre. Ce qui est embêtant quand on compte faire des bébés.

Résultat, le gouvernement fait tout ce qu’il peut pour pousser les familles de France à avoir plus de deux enfants, histoire de « rattraper » en somme le creux démographique. D’où l'idée d'une médaille des mères de famille nombreuse créée dès 1920, qui précède celle d'une journée dédiée aux mamans, idée validée au niveau national en 1929 à la suite d'une série d’initiatives locales (Lyon, Arras…). D’où aussi la naissance de la politique des allocations familiales, destinées à aider les foyers à assumer le coût de la naissance de ces enfants d’après la très mal nommée « Der’ des der’. » D’où aussi un renforcement de la lutte contre les avortements – bien évidemment clandestins  à cette époque - pratiqués ici ou là.

Et si le Maréchal Pétain est coupable de bien des choses, il n'est pas responsable de l'abat-jour en papier crépon qui trônera fièrement dans le salon, dès midi.

Publié par jcpiot / Catégories : Actu

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