Paléontologie : la science où on aime tomber sur un os

40 mètres de long, 20 de haut et 80 tonnes sur la balance : une belle bête que cette bestiole signalée à des paléontologues heureux comme tout par un fermier argentin… Pas de doutes, les Titanosaures argentins figureront en bonne place dans la liste des découvertes paléontologiques spectaculaires. Elle rappelle une autre belle trouvaille, vieille de 136 ans déjà. Retour sur le jour où quelques mineurs Belges crurent trouver de l’or.

La paléontologie, jeune science d’un très, mais alors très, très vieux passé

Nous sommes en 1878. Le temps où on l’on voyait dans les os retrouvés ici ou là, parfois énormes, les restes des géants bibliques ou des dragons anciens ne sont finalement pas si lointains. Pour la petite histoire, le premier à s’être intéressé aux fossiles dans une perspective scientifique s’appelait Bernard Palissy, celui-là même qui reste surtout dans les mémoires pour son travail de céramiste hors pair. Et ses théories lui valurent le bûcher – peine commuée en prison à vie, le malheureux finit ses jours à la Bastille.

Quelques siècles plus tard, la paléontologie reste encore une science jeune, mais qui progresse à grands pas depuis les temps héroïques de Lamarck et de Cuvier. La première chaire d’Europe consacrée à l’étude des restes fossiles date de 1853 seulement – et elle est française.

L’or des fous

Mais revenons à nos dinosaures. Non seulement nous sommes en 1878, mais nous sommes en Belgique, en plein Hainaut, pas très loin de Mons, au fond d’un des puits de mine du village de Bernissart. Quelques gueules noires travaillent vers la fin du mois de mars au fond de la fosse Sainte Barbe quand l’un d’entre eux tombe sur un drôle d’amas rocheux

C’est doré. Et dans l’obscurité de la mine, les mineurs en sont certains, l’espace d’un seconde : ils sont tombé sur de l’or, plein d’or.

Ils se trompent, et de beaucoup : la pépite en question n’est en réalité que le premier os d’un iguanodon, soit une bestiole qui ressemble grosso modo à ça quand on rajoute de la viande dessus.

Iguanodon reconstitué

Et s’il est jaune, cet os, c’est qu’il est truffé et engoncé dans de la pyrite, une roche aux reflets dorés – raison pour laquelle on le surnomme « l’or des fous ». Le minerai s’est formé lors de la décomposition du dinosaure que viennent de trouver les mineurs, remplissant petit à petit les creux de ses os. Le pauvre iguanodon s’était probablement cassé la binette dans un marais et était mort pris au piège 125 millions d’années plus tôt. Privée d’air et de lumière après avoir été manifestement recouverte rapidement d’argile, la carcasse a pourri de façon particulière : l’acide dégagé par les bactéries réagit avec la couche argileuse pendant des millénaires pour donner de la pyrite.

Ce qui fait la rareté exceptionnelle de la découverte, c’est que notre ami Denver n’est pas mort tout seul : on retrouve tout autour… trente autres carcasses d’iguanodons ! Toutes parfaitement conservées par le même mécanisme. Les squelettes sont complets, intacts et entourés de toute une série d’autres fossiles précieux pour connaître leur environnement : 3000 poissons, une salamandre, des tortues, des fougères, des pommes de pin… Ah oui, et quelques crocodiles.

Un site hors du commun

Autant dire que le gisement de Bernissart est si exceptionnel qu’il reste unique aujourd’hui. Il a fallu que se forme cette poche d’argile qui a permis une fossilisation aussi impeccable, une forme de mise sous scellés qui contraste fortement avec les sites habituels, qui sont souvent des gisements de surface (c’est le cas du site argentin). Souvent, ils ne fournissent que des squelettes incomplets ou mélangés.

Une collection de savants surexcités se rua bien évidemment sur le site et les fouilles commencèrent en mai 1878. Elles dureront trois ans, avec le soutien entier de la compagnie exploitante, ce qui dénote un bel esprit scientifique chez ces industriels. Mineurs, ingénieurs et paléontologues travaillent ensemble d’une façon remarquable pour extraire un total de 130 tonnes d’os en tous genre – il faudra 37 camions pour les rapatrier au Musée royal de Bruxelles avec d’infinies précautions – c’est là que la technique qui consiste à « emballer » sur place les os fragiles dans une sorte de coque de plâtre fut mise au point. Elle est toujours utilisée aujourd’hui.

Première mondiale

Cinq ans plus tard, la Belgique put proposer fièrement au public la première exposition internationale d’un squelette authentique et complet de dinosaure, maintenue en position « vivante » à grands renforts de fils et de rivets d’acier. La mise en scène, devenue très classique et maintenue depuis par tous les musées d’histoire naturelle du monde, est réaliste : les spécialistes du Musée n’ont eu « qu’à » reproduire les positions des cadavres relevées sur place.

Et aujourd’hui ? Neuf squelettes complets sont toujours exposés au Musée des Sciences naturelles de Bruxelles, un autre se trouve au Musée de l'iguanodon à Bernissart. Les dix-neuf autres sont entreposés dans les caves du musée, en pièces détachées.

Publié par jcpiot / Catégories : Actu

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