Syrie : Hama, l'autre massacre impuni

« Punir » la Syrie, vraiment ? La guerre civile syrienne a déjà causé la mort de plus de 100 000 personnes, dont 40 000 civils. Près de deux millions de Syriens cherchent à trouver refuge dans les pays voisins tandis que l’idée d’une intervention occidentale armée se fait de plus en plus hypothétique. Attaque chimique ou non, la population syrienne peut au demeurant être sceptique : ce ne serait pas la première fois que les Occidentaux reculeraient devant Damas après un massacre.

Les racines d’une guerre

L’actuelle guerre civile en Syrie s’explique en partie par l’affrontement traditionnel entre le parti Baas, dominé depuis 1971 par Hafez Al-Assad puis par son fils Bachar, et les Frères musulmans. Depuis les années 70, ces derniers tentent de déstabiliser un régime dont ils contestent la légitimité politique et religieuse. Pendant douze ans, leurs actions ravagent la Syrie d’Hafez Al-Assad qui réagit avec violence. Le cycle révolte/répression est engagé et culminera une première fois en février 1982.

Février 1982 : Hama sous les bombes

Au début du mois de février 1982, les forces des Frères musulmans ont subi une série de revers qui les poussent à lancer une offensive massive à Hama, la 4e ville de Syrie. Après avoir procédé à une série d’actions violentes ciblées contre les représentants du régime, les Frères Musulmans annoncent avoir « libéré » la ville.

La réaction de Damas est immédiate. Hafez Al-Assad fait encercler la ville par 12 000 hommes, placés sous le commandement de son frère. Aucun des soldats engagés ne vient de la ville ou n’y a de famille, pour éviter toute faiblesse. Le blocus est total autour d’une opération conçue pour durer trois jours – elle s’étendra sur plus de quatre semaines, une fois repoussé l’assaut initial de blindés trop larges pour pénétrer les rues étroites de la vieille ville. Encerclée, coupée du monde, la ville est alors pilonnée jour et nuit loin des caméras. Aux bombardements méthodiques de l’armée syrienne répondent les opérations suicides des Frères musulmans. Dans certains quartiers, les opérations tournent aux combats de rue. Exécutions sommaires, massacres de civils dont certains sont brûlés vifs après avoir été arrosés d’essence, attentats suicides... se succèdent. Un bon tiers de la vieille ville historique est purement et simplement rasé. Certains des habitants survivants, rencontrés par un journaliste de Reuters en 2012, se souviennent encore de la violence et de la cruauté des exactions commises.

Le monde n’ignore pas ce qui se passe à Hama : si personne ne sort de la ville et si aucun étranger n’est censé y entrer, à commencer par les journalistes, deux y parviennent pourtant, dont un journaliste de Libération, interviewé ici au début de mois de mars 1982. Pourtant, par crainte d’une extension du conflit et parce que le régime de Damas est vu comme un barrage efficace contre l’intégrisme musulman, l’Occident ne bougera pas.

2000 morts ? 10 000 ? 40 000 ?

On ne connaîtra jamais le nombre exact de victimes : les évaluations vont de 7 000 à 40 000 morts selon les sources. Seule certitude, et comme toujours dans ce type de conflits, les pertes dans la population non-combattante s’ajoutent à celle des combattants des deux camps. L’hypothèse haute estime à 30 000 le nombre de victimes civiles.

En 1982, un rapport récemment déclassifié de la DIA, une des agences de défense américaine, évaluait à 2000 morts (p. 12, en anglais) le bilan de ce que l’auteur désigne pudiquement comme « l’incident de Hama ». Très exactement la façon dont le régime syrien lui-même qualifie un massacre vieux de plus trente ans et qui en rappelle d’autres.

Publié par jcpiot / Catégories : Actu

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