Quand frappe le « doigt de Dieu » : histoires de tornades

Sortie tout droit d’un roman de Stephen King, la tornade qui vient de frapper l’Oklahoma comptera manifestement parmi les plus meurtrières de l’histoire. Brutales, spectaculaires et extrêmement violentes, les tornades sont souvent responsables des grands désastres naturels. Et ça ne date pas d'aujourd'hui.

1 La plus ancienne : Londres, 1091

Les tornades sont de toutes les époques, mais l’une des plus anciennes à peu près documentée date du 11ème siècle.  Le 23 octobre 1091, une tornade frappa le centre de Londres avec assez de violence pour tuer deux personnes – un vrai miracle - et détruire entièrement plus de 600 maisons. Probablement classée F4 aujourd’hui sur l’échelle de Fujita, la tornade détruisit aussi le London Bridge et l’église de St. Mary Le Bow. Quatre des poutres de l’église, longues de plus de 26 pieds – dans les huit mètres - furent retrouvées à plusieurs dizaines de mètres de là, profondément enfoncées dans le sol, au point d’à peine affleurer à la surface de la glaise londonienne. L’église n’eut pas tellement plus de chance par la suite : entièrement reconstruite, elle fut à nouveau ravagée dans le Grand Incendie de 1666, avant de subir un bombardement allemand en 1941.

2 La plus violente : États-Unis, 1925

La tornade qui frappe trois États américains le 18 mars 1925 est l’une des rares qui serait aujourd’hui classée F5 sur l’échelle de Fujita, inexistante à l’époque. F5, c’est le rang le plus haut si on oublie les niveaux théoriques, plus violents encore mais jamais atteints. Les tornades de cette catégorie génèrent des bourrasques à plus de …500 km/h. De quoi déplacer des maisons entières sur des dizaines de kilomètres ou transformer n’importe quel véhicule en missile. Le 18 mars 1925, le « doigt de Dieu » frappe le Missouri, l’Illinois puis l’Indiana. Un parcours de 380 kilomètres qu’elle termine en trois heures et demie à peine, soit une vitesse de déplacement de plus de 120 km/h qui explique d'ailleurs le désastre en grande partie. En surprenant des communautés qui ne voient rien venir avant que la tornade ne soit sur eux, les vents causent d'autant plus de ravages, renforcés encore par les incendies qu'elle laisse derrière. La "Tri-State Tornado" tuera de plus 700 personne, rasant littéralement quatre villages dont il ne resta rien.

3 La plus meurtrière d’Europe :  Malte,1556

En septembre 1556, le port de La Valette, à Malte, est particulièrement surchargé.  Une armada de bateaux y est rassemblée par les Chevaliers de Saint-Jean, seigneurs de l’île, probablement en vue d’une énième expédition contre des villes ou des flottes turques. La tornade maritime qui frappe l’île de plein fouet, avant de finir sa course dans la ville, transforme les navires en petit bois. Précipités les uns contre les autres, jetés contre les quais, les navires coulent sur place en quelques minutes. Bilan ?  600 morts au bas mot. Et des Turcs qui peuvent bénir le ciel, au soir du 23 septembre.

4 La plus meurtrière du monde : Bangladesh, 1989

Après plus de six mois d’inondations, le vent se lève vers 18 heures, le 26 mai 1989, dans le district de Manigkanj au cœur du Bangladesh. En quelques instants, la tornade se forme. Large de près de 1500 mètres, elle va parcourir près de 80 kilomètres avant de disparaître, en ravageant Daultipur et Salturia, deux villes pauvres aux habitations faites de bric et de broc. Elle ne laisse strictement rien derrière elle, en dehors de quelques troncs d’arbres ravagés, de 80 000 sans abris, de 12 000 blessés et de 1 300 morts. Avec les Etats-Unis, le Bangladesh est l'Etat le plus régulièrement frappé par des catastrophes de ce genre, particulièrement cruelle pour des populations mal préparées et mal équipées pour y faire face.

5 La plus animalière : Franche-Comté, 1636

Une tornade peut littéralement aspirer des objets avant de les déposer avec plus ou moins de douceur à quelques dizaines de kilomètres de là. C’est une des explications les plus probables aux pluies d’objets ou d’animaux régulièrement constatées ici ou là, avec assez de fréquence pour que le vocabulaire français (« il pleut des hallebardes ») ou anglais (« it’s raining cats and dogs ») en garde la trace. Une des anecdotes les plus folkloriques a été racontée un certain Raphaël Isaac David, dans une de ses « Lettres de Befançon ». Il s’y émerveille d’une « chofe auffi furprenante et prodivieufe » que felle, pardon, que celle dont il a été témoin le 26 février 1636 : entre Dole et Salins, des milliers d’oiseaux sont retrouvés mort au sol, après une grande tempête. Si le brave Isaac y voit les victimes des "combats prodigieux des Oyfeaux", l’hypothèse de la tornade est scientifiquement plus crédible. Un groupe d’oiseaux qui croise des vents aussi violents n’a aucune chance de s’en tirer. Et le nombre de cadavres s’explique sans doute par le fait que fin février, les migrations de retour ont commencé pour bien des espèces. Tant pis pour les rêveries guerrières de Raphaël Isaac…

Publié par jcpiot / Catégories : Actu

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