Trou d’air à droite

Nicolas Sarkozy et François Fillon, le 19 juillet 2011 aux Invalides (ERIC FEFERBERG / POOL / AFP)

Alors que la gauche –qui avait sous-estimé l’ampleur historique et ravageuse de la crise- doit faire face à un chômage-record et à une défiance à la hausse, la droite profite-t-elle des reculades, compromis et parfois reniements auxquels est condamné le pouvoir né du 6 mai 2012 ? Ce n’est pas sûr du tout. L’exemple italien est même, pour la droite française, un vrai signal d’alarme.  Sous les coups de boutoir de crise, elle peut, elle aussi, être débordée demain par un Beppe Grillo made in France.

1La droite n’en a pas fini avec les divisions

Entre Sarkozy et Fillon (à fleurets mouchetés), entre Fillon et Copé (cette fois, c’est violent), entre ceux qui croient plus que jamais à l’avenir de Sarkozy et ceux qui, avançant masqués, veulent au plus vite "tourner la page", entre la "jeune garde" (NKM, Bruno Le Maire, Xavier Bertrand) et les anciens qui, tel Jean-Claude Gaudin à Marseille, s’accrochent.

2La droite s’interroge à propos du quinquennat Sarkozy

"Droit d’inventaire" ou pas ? Réponse de François Fillon, dans Le Monde : "Pour ma part, je vais faire le bilan de ma propre action". La balle est, en fait, dans le camp de Nicolas Sarkozy lui-même qui, contrairement à ce que l’on dit, n’a absolument pas décidé ce qu’il ferait ou ne ferait pas en 2016-2017. En revanche, il est bien décidé à défendre son action qui, insistent ses amis, mérite infiniment mieux que la "campagne de démolition" conduite par le PS avec les relais des extrêmes.

3La droite a conscience, sans toujours l’admettre, qu’elle a besoin de revoir son logiciel

Pas question de mettre en cause ses valeurs fondatrices mais, comme le répète notamment l’ex-villepiniste Bruno Le Maire, elle a besoin de reconsidérer son rapport à la société. Une société désormais métissée, et qui change. Des jeunes qui, sans forcément se retrouver dans la gauche, ne se sentent pas pour autant toujours à l’aise avec la droite de 2013 telle qu’elle est.

4La droite est attendue non pas sur on ne sait trop quel programme clés en mains, mais sur son credo

Quelle vision de l’Europe, rempart historique contre les guerres à répétition sur le continent mais, aujourd’hui, tellement techno et si peu politique ? Comment combler le trou abyssal des déficits, et à qui en imputer la faute ? Quel rapport, aujourd’hui, à l’islam ? Quelle approche de l’immigration, au-delà du vital combat contre l’immigration clandestine et ses relais mafieux ? Quel équilibre entre justice et répression quand monte, dans toute la société, un désir d’"autorité" (qui reste à canaliser) ? Comment réconcilier les Français avec leurs dirigeants (politiques, syndicaux, patronaux)  démonétisés et, au-delà, avec des élites narcissiques, voire aveugles ?

5La droite doit penser à la fois l’après-2017 et… l’avant-2017

L’après, car une simple vision conservatrice ne suffira pas quand la planète est ébranlée, et que les peuples demandent à la fois un horizon et des capitaines. L’avant-2017 car la pire erreur pour la droite serait de croire que le pouvoir, le jour venu, tombera entre ses mains comme un fruit mûr. Rien n’est moins sûr. A l’heure du doute, personne, en effet, n’est épargné. D’où cette évidence : la gauche, aujourd’hui, va mal mais la droite, pas vraiment mieux.

Publié par ddemontvalon / Catégories : Actu

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