Pourquoi ce qui se passe en Tunisie concerne tous les Français

Un jeune diplômé tunisien au chômage réclame la démission du gouvernement lors d'une manifestation à Tunis (Tunisie), le 29 septembre 2012. (FETHI BELAID / AFP)

Sur fond de grève générale et dans une tension extrême qui peut déboucher sur des affrontements incontrôlables, les Tunisiens enterrent  ce vendredi 8 février l’opposant Chokri Belaïd assassiné mercredi matin à Tunis à la sortie de son domicile.

Un meurtre non revendiqué mais que beaucoup rapprochent –à juste titre- du combat courageux et sans merci que menait l’avocat d’extrême-gauche contre les islamistes. En tout cas contre les « milices » de l’aile radicale d’Ennahda, le parti au pouvoir. Des milices qui entretiennent en Tunisie un climat d’extrême  violence, et sont prêtes à tout –à l’évidence absolument à tout- pour conserver  les leviers de commande d’un pays qui s’estime aujourd’hui trahi.

 

Ce qui se joue ces heures-ci en Tunisie est capital.  Capital pour les Tunisiens. Capital aussi pour l’ensemble des Français.

  1. La Tunisie est pays voisin et ami de la France, laquelle compte une importante et influente communauté tunisienne.
  2. La Tunisie aura connu depuis vingt ans un développement spectaculaire, qui avait d’ailleurs été publiquement salué à Tunis par Dominique Strauss-Kahn, alors président du FMI.
  3. La Tunisie, grâce aux réformes historiques d’Habib Bourguiba, était jusqu’ici un modèle unique dans le monde arabe en matière de droits des femmes et de niveau d’éducation.
  4.  La Tunisie, avec la « révolution du Jasmin » qui a déboulonné le « clan Ben Ali »   -révolution citoyenne, sociale, anti-corruption et à bien des égards libertaire- avait donné les trois coups de ce qu’on a pu appeler le « printemps arabe ».
  5. La Tunisie, forte d’une imposante et jeune classe moyenne, voit s’affronter de plus en plus violemment les ultras de l’islamisme et les « laïcs modernistes » (tenants respectueux d’un islam modéré).
  6. La Tunisie -gérée par Ennahda qui a tiré les marrons du feu d’une révolution populaire  qu’elle n’avait pas conduite- s’enfonce dans une vraie paralysie et une crise économique et sociale qui s’aggrave de jour en jour. 

 

Terre d’Islam et de tolérance, carrefour de civilisations, la Tunisie mérite infiniment mieux que la fuite en avant suicidaire que tentent de lui imposer les ultras d’Ennahda.  Des ultras qui ont refusé le partage du pouvoir, veulent « zapper » les élections et voudraient, au fond, « normaliser » un peuple fier et rebelle.  Qui ne veut pas se faire voler  « sa » révolution.  Voici, du coup, les Tunisiens à la croisée des chemins. Tout demain est possible. Y compris, hélas, le pire.

Publié par ddemontvalon / Catégories : Actu

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