"Mariage pour tous" : et un couac de plus !

Dominique Bertinotti, la ministre déléguée à la Famille, le 29 janvier 2013. (JACQUES DEMARTHON / AFP)

L’examen par les députés du projet de loi  consacré au mariage homosexuel, qui est très loin d’être terminé, a donné lieu ce dimanche 3 février, dans une ambiance tendue,  à un nouvel incident majeur.

Avant d’être désavouée par le Premier ministre en personne, Dominique Bertinotti, la ministre déléguée à la famille, avait en effet cru pouvoir affirmer que la question controversée de la PMA (Procréation médicalement assistée) figurerait bien dans le projet de loi sur la famille qui doit, en principe, être présentée au conseil des ministres à la fin du mois de mars. Et cela, avait-elle dit, même si le Comité national d’éthique, saisi par François Hollande, n’avait pas à ce moment-là pu rendre encore son « verdict ». Rectificatif rapide et très carré de Jean-Marc Ayrault : «Il n’en est pas question ». Le gouvernement attendra l’avis des « sages », et exclut donc de paraître les court-circuiter.

Question de courtoisie républicaine. Mais question politique aussi : si le mariage homosexuel est largement admis et sera au bout du compte voté, on croit sentir, en effet, au sommet de l’Etat un certain flottement.  La semaine qui vient de s’achever a vu le gouvernement récuser finalement toute idée de GPA (gestation pour autrui, autrement dit les « mères porteuses ») alors qu’une fraction de la majorité et même quelques ministres (par exemple Najat Vallaud-Belkacem) y sont favorables. Et voici que la PMA, jusqu’ici réservée aux couples hétérosexuels stériles, semble renvoyée  pour les couples de lesbiennes à… plus tard. En 2014 ?

 

En fait, au fil des jours, ce dossier du « mariage pour tous »  ne cesse de se compliquer. Et, à des degrés variables, fait des… perdants partout.

  1. François Hollande essaie de reprendre la main sur ce dossier explosif : tout le monde se demande, du coup, jusqu’où il veut aller –ou ne pas aller. D’autant que ses réticences personnelles sont connues. Non pas sur le mariage homosexuel –majoritairement  admis aujourd’hui, y compris à droite-  mais sur la PMA, voire la GPA et les questions de filiation et d’éthique qui y sont liées. Pour l’heure, le président freine.
  2. Jean-Marc Ayrault, dont l’autorité s’affirme, se serait bien passé du nouveau « couac » provoqué par l’affirmation légère et vite démentie de sa ministre de la Famille, l’inexpérimentée Dominique Bertinotti. Et il s’agace, en plus, de voir surgir au sein de « sa » majorité » un débat artificiel entre pro et anti-PMA.
  3. La droite, après la réussite de sa manifestation nationale du 13 janvier, peine, de son côté, à trouver la bonne porte de sortie. Puisque qu’il est admis que le mariage pour tous, c’est la mathématique parlementaire, sera voté, et puisque plusieurs ténors, à l’image de François Fillon, ne veulent pas se laisser enfermer dans des positions caricaturales. Dire non à tout ? Ou trouver un compromis, mais lequel ?
  4. La communauté homosexuelle se réjouit, certes, des avancées du projet Taubira mais s’inquiète du climat électrique et malsain qui entoure par moments ce débat parlementaire. Un  climat aux relents ici ou là carrément homophobes.
  5. Le Parlement  ne se grandit pas avec cette guerre de tranchées où tous les coups semblent permis, où les dérapages s’accumulent. Du coup, le fossé se creuse encore plus entre des députés nerveux et des Français qui se demandent pourquoi la lutte contre le chômage n’est pas la « priorité des priorités ».
Publié par ddemontvalon / Catégories : Actu

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