Réplique à Elie Barnavi parue dans Marianne

Cher Elie Barnavi

Vous avez toujours su défendre avec talent les positions israéliennes et j’attendais votre intervention dans ce débat avec curiosité, mais, là, vous m’avez étonné. Ancien ambassadeur, vous avez certainement un niveau d’habilitation « sécuritaire » vous permettant l’accès à certains dossiers du Shabak, le service de sécurité intérieur israélien. Un simple coup de fil à Tel Aviv vous aurait évité de publier des inexactitudes. Pour le Shabak, Talal Abou Rahmeh qui a filmé la mort de Mohammed A Dura n’est pas un propagandiste palestinien et n’est soupçonné d’aucune activité subversive anti-israélienne comme vous l’affirmez. La réponse que nous avons reçue de ce service – et d’autres – lorsqu’il a fallu obtenir pour Talal une autorisation d’entrée en territoire israélien était la suivante : « Il est blanc comme neige ». Les accusations que vous portez contre lui sont fausses et inadmissibles.

Vous mettez en doute la crédibilité des rushes tournés par Talal. Là aussi, je dois prouver que l’absurde est faux. Que des images tournées par un cameraman sous le feu ne sont pas l’équivalent d’une caméra de surveillance, comme dans un super marché… Oui, Talal n’a filmé que ce que les circonstances permettaient. Ces scènes d’Intifada ont également été tournées par d’autres cameramen qui se trouvaient sur place, notamment d’Associated Press et de Reuters.. De nombreux confrères y étaient dés le lendemain, le 1er octobre 2000, ainsi que les jours et les semaines suivantes. Plusieurs se sont retrouvés, couchés au sol, entre deux feux. Nous avons présenté à la justice des témoignages qui contredisent l’opinion de vos « experts » parisiens. Pourquoi vous contentez-vous de l’avis de gens qui n’ont jamais mis les pieds à Gaza ou assisté à ce genre d’affrontement ? Pour notre part, lorsque cette campagne de diffamation a débuté, nous avons présenté les images à un médecin légiste qui a conclu que les mouvements de l’enfant étaient consistants avec l’agonie. (Selon le dictionnaire : les instants qui précédent la mort).

Selon vous les cicatrices du père, Jamal a Dura, seraient dues à des coups de couteau et donc, ne proviendraient pas de balles reçues le 30 septembre 2000 à Netzarim. Si vous aviez contacté Jamal avant de publier votre éditorial, il vous aurait décrit les soins qu’il a reçu à l’hôpital Shifa de Gaza; communiqué les radios qui montrent sa blessure au bassin. Le compte rendu des opérations subies à l’hôpital militaire d’Amman où d’ailleurs il a reçu les visites de deux journalistes israéliens, Tom Segev et Semadar Peri, également du Roi Abdallah. Croyez-vous qu’il aurait serré la main d’un imitateur ? Vous laissez entendre qu’il y aurait « bien d’autres choses ». Jamal aurait des choses à cacher. Décryptage : l’accusation circule sur le net : trafiquant de drogue il aurait été blessé au cours d’une bagarre avec d’autres narcos… Problème : Israël n’accorde pas de permis de travail à de tels criminels. Or, Jamal a travaillé – en toute légalité – chez une enseignante de l’université de Tel Aviv qui le raconte dans un livre. Soyons logiques : cela fait beaucoup d’acteurs. Des centaines de jeunes palestiniens devant la position israélienne de Netzarim à Gaza, les médecins palestiniens, les chirurgiens jordaniens, le roi Abdallah, les cameramen d’AP et de Reuters. Et les services de renseignement israéliens n’auraient pas la moindre preuve ?

Vous proposez une enquête internationale mais sur quoi ? Les accusations contre France 2 et moi-même portent sur une mise en scène avec fausses blessures du père et fausse mort de l’enfant. Nous avons depuis longtemps indiqué que nous étions favorables à une expertise médicale réalisée par des experts internationaux sur l’origine des cicatrices (déjà publiquement montrées) de Jamal Al Dura. De même le père de Mohamed est d’accord pour que l’on procède à l’exhumation du corps de l’enfant pour réaliser des tests ADN (sous expertise internationale). De notre côté nous attendons la preuve de ce qu’affirme notre accusateur depuis des années : « Mohamed est vivant et vend des fruits à Gaza ».

Quand à la comparaison avec le massacre de Deir Yassin en 1948, qui, selon vous, « seul, aurait-eu des conséquences plus graves» je vous en laisse l’entière responsabilité.

Charles Enderlin

Publié par cenderlin / Catégories : Al Dura