Un pape très politique face au Congrès à majorité républicaine

Le pape François attire les foules cette semaine aux Etats-Unis. Accueilli en superstar à Washington, il a rapidement donné le ton (politique) de sa visite en abordant l'immigration, un sujet brûlant dans la course à la présidentielle américaine. "C'est en tant que fils d'une famille immigrée que je suis heureux d'être l'invité de ce pays, qui a été bâti en grande partie par des familles comme la mienne", a déclaré le pape argentin, né de parents italiens.

Pas étonnant, donc, de le voir aborder les sujets qui fâchent devant le Congrès, où il s'est exprimé ce jeudi - une première historique pour un pape.

Alors que la campagne des candidats pour gagner l'investiture de leurs partis bat déjà son plein, tout moment peut être éminemment politique, y compris une poignée de mains. "Le pape n'a pas serré beaucoup de main en se rendant à la Chambre," écrit le journaliste de NPR. "Mais François a fait l'effort de venir vers le secrétaire d'Etat John Kerry et de lui serrer la main. C'est un changement majeur par rapport à 2004, lorsque les officiels de l'Eglise appelaient à ne pas accorder la communion à Kerry, car celui-ci défendait le droit à l'avortement lorsqu'il représentait les démocrate à l'élection présidentielle", selon NPR.

Voici les citations les plus marquantes de son discours, devant un parlement à large majorité républicaine.

Le pape plaide pour l'abolition de la peine de mort, devant un congrès à majorité conservatrice :

"Je suis convaincu que toute vie et sacrée et que toute personne humaine a été dotée d'une dignité inaliénable. La société ne peut que bénéficier de la réhabilitation de ceux qui ont été condamnés pour des crimes. Récemment, mes frères évêques américains ici, aux Etats-Unis, ont renouvelé leur appel pour abolir la peine de mort. Non seulement je les soutiens, mais j'encourage tous ceux qui sont convaincus qu'une punition juste et nécessaire ne doit jamais exclure l'espoir d'une réinsertion."

Il appelle le congrès à lutter contre le changement climatique, devant de nombreux élus qui remettent en question l'influence des humains sur le réchauffement :

"J'appelle à un effort courageux et responsable pour changer le cours des choses, et pour empêcher les effets les plus sérieux de la détérioration environnementale causée par l'activité humaine. Je suis convaincu que nous pouvons changer les choses. Je n'ai aucun doute sur le fait que les Etats-Unis - et ce Congrès - ont un important rôle à jouer."

Les Démocrates applaudissent. Certains Républicains restent assis.

Le pape réitère son opposition à l'avortement, en toute subtilité :

"La Règle d'Or [« ne fais pas aux autres ce que tu ne voudrais pas qu'on te fasse »] rappelle que nous avons la responsabilité de protéger la vie humaine, et ce à tous les stades de son développement."

Il insinue qu'il est contre le mariage gay, autorisé sur la totalité du territoire américain depuis une décision de justice cet été, en rappelant son attachement à la famille :

"Je ne saurais dissimuler mon inquiétude quant à la famille, qui est menacée, peut-être plus que jamais, de l'intérieur et de l'extérieur. Certaines relations fondamentales sont remises en question, tout comme la base du mariage et de la famille. Je ne peux que réaffirmer l'importance et, surtout, la richesse et la beauté de la vie de famille."

Le souverain pontife appelle à la tolérance et à la fraternité envers les immigrés et les réfugiés :

"Nous, hommes de ce continent, ne craignons pas les étrangers, car nous avons tous été étrangers. Je vous dis ceci en tant que fils d'immigrés, en sachant qu'un grand nombre d'entre vous a également des ancêtres immigrés. (...) La construction d'une nation nécessite de reconnaître notre besoin permanent de comprendre l'autre, de rejeter toute mentalité hostile." 

"Notre monde connaît une crise des réfugiés d'une envergure sans précédent depuis la Seconde guerre mondiale. De grands défis et des décisions difficiles nous attendent. (...) Nous ne devons pas être pris de cours par les nombreux [réfugiés], mais les voir comme des personnes, regarder leurs visages et écouter leurs histoires, et tenter de répondre au mieux à la situation. De répondre de façon humaine, juste et fraternelle."

Il félicite Obama pour la normalisation des relations diplomatiques avec Cuba et l'accord sur le nucléaire iranien :

"J'aimerais reconnaître les efforts des récents mois pour surpasser les différences historiques nées d'un passé douloureux. Il est de mon devoir de créer des passerelles et d'aider tous les hommes et toutes les femmes, de toutes les façons possibles, à faire de même. Lorsque des pays qui étaient en désaccord retrouvent le chemin du dialogue - un dialogue qui peut avoir été interrompu pour les raisons les plus légitimes - de nouvelles opportunités se présentent pour tous. Cela a nécessité et nécessite du courage et de l'audace - ce qui diffère de l'irresponsabilité."

Il dénonce la vente d'armes aux belligérants :

"Etre au service du dialogue et de la paix signifie également être vraiment déterminé à réduire et, à long terme, mettre fin aux nombreux conflits armés dans le monde. Nous devons nous poser la question : pourquoi des armes mortelles sont-elles vendues à ceux qui projettent d'infliger des souffrances aux individus et à la société ? Malheureusement, nous le savons tous, la réponse est : pour l'argent, de l'argent qui baigne dans le sang, souvent un sang innocent. Face à ce silence honteux et coupable, il est de notre devoir de confronter le problème et de mettre fin à la vente d'armes."

Il met en garde contre le fondamentalisme religieux :

"Nous savons qu'aucune religion n'est exemptée de certaines formes de délires individuels ou d'extrémisme idéologique.  Cela signifie que nous devons être particulièrement attentifs à tout type de fondamentalisme, qu'il soit de nature religieux ou non."

Il ne se lance pas dans une critique du capitalisme, comme il l'a fait par le passé, mais rappelle la nécessité de lutter contre la pauvreté :

"[Ceux qui sont prisonniers du cycle de la pauvreté] ont besoin, eux aussi, d'espoir. La lutte contre la pauvreté et contre la faim doivent être des combats permanents."

L'entreprise doit servir le bien commun, a ajouté le pape : "Les affaires sont une vocation noble, destinée à produire des richesses et rendre le montre meilleur. Elles peuvent être une source de prospérité là où se trouvent les entreprises, surtout si le business voit la création d'emplois comme une part essentielle de sa contribution au bien commun."

Lisez la totalité du discours (en anglais) sur le site du Washington Post.

Publié par France 2 Washington / Catégories : Religion

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