Le pipal, arbre vénéré de tous

Figuier des pagodes, ballete, esathu … Ce ne sont que quelques-uns des dizaines de noms donnés au pipal dans toute l’Asie méridionale. Cet arbre vénéré par plusieurs religions est à l’origine d’étonnantes légendes.

Ses feuilles en forme de cœur, allongées d’une longue extrémité pointue sont considérées comme des porte-bonheurs. Doté d’un tronc massif, et pouvant atteindre jusqu’à 30 mètres de haut, le Ficus religiosa a la particularité de transformer le dioxyde de carbone en oxygène de jour comme de nuit, une conversion seulement diurne pour la plupart des autres végétaux. Ce figuier est aussi utilisé dans la médecine ayurvédique (la médecine traditionnelle indienne) pour soigner de nombreuses maladies, de l’asthme à l’épilepsie en passant par le diabète.

Le pipal peut atteindre jusqu'à 30 mètres de haut.

Le pipal est sacré pour trois religions :

Bouddhisme

Selon la tradition bouddhiste, c’est sous un pipal que Siddhartha Gautama est devenu Bouddha. Il s’assit sous l’arbre, et fit le vœu de ne plus bouger avant d’avoir atteint la vérité ultime, ou Bodhi en sanskrit. Il y parvint après un jour et une nuit. Certaines légendes disent même que c’est Bouddha qui lui aurait donné naissance dans une vie antérieure où il était un oiseau. Il aurait mangé une figue et déféqué la graine à l’endroit exact où le figuier poussa ensuite pendant des années. Ce pipal a pris le nom de l’arbre de Bodhi, soit “l’arbre de l’illumination”.

L’éveil de Bouddha a eu lieu à Bodh Gaya, dans l’actuel État du Bihar en Inde. La souche originelle a été détruite, et maintes fois remplacée. Mais le site reste un lieu de pèlerinage bouddhiste très important. Une branche du premier figuier aurait été transplantée au Sri Lanka, en 288 av. J.-C. Il vit toujours aujourd’hui, ce qui en fait le plus vieil arbre planté de la main de l’homme au monde. De nombreux temples bouddhistes sont construits autour de pipals.

Cet arbre sous lequel Bouddha atteint l'éveil spirituel est aujourd'hui un haut lieu de pèlerinage.

Hindouisme

Encore aujourd’hui les Sadhus, des religieux hindous, méditent sous le pipal pendant des heures. L’arbre est au cœur du “Parikrama” : ce rite consiste en une lente déambulation des croyants autour de lieux sacrés. Généralement, les fidèles font sept fois le tour d’un pipal en chantant des salutations au “roi des arbres”. Dans un des textes sacrés de l’hindouisme, le dieu Krishna chante d’ailleurs “Je suis le Pipal parmi les arbres [...]” Considéré comme immortel, le figuier est associé à Yama, le dieu de la mort.

Le tronc du pipal peut atteindre jusqu'à 3 mètres de diamètre.

 

Jaïnisme

Enfin pour les jaïns, les plantes ont une âme (certains arbres en ont même plusieurs) et peuvent donc éprouver des émotions. Les adeptes de cette religion ne mangent d’ailleurs aucun aliment qui pousse sous terre. Le pipal leur est particulièrement sacré parce qu’il sert à la méditation, et dans le jaïnisme, méditer est le seul moyen de libérer son âme.

 

Malgré tous les mythes auxquels il est associé, le pipal n’est pas que bienfaisant. Il fait partie de la famille des figuiers étrangleurs : ses racines peuvent étouffer celles des autres arbres pour que son espèce s’étende plus rapidement dans les forêts. Elles sont si puissantes qu’en ville, elles peuvent même endommager les fondations de bâtiments.

 

Lou Kisiela

 

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