La reine de Bollywood menacée de mort

Un réalisateur adulé, l’actrice la plus en vogue de Bollywood, une histoire légendaire…tous les éléments étaient réunis pour que le dernier film de Deepika Padukone soit un carton au box-office. Aujourd’hui, l’actrice et sa famille, menacés de mort, sont sous protection policière.

padmavati affiche du film

C'est une "mise à prix", en bonne et due forme. Quand il s'avance à la tribune, Surajpal Amu va droit au but : il propose 1,3 millions d'euros à quiconque aurait la tête de la méga star du cinéma indien, Deepika Padukone. L'homme à l'origine de cet appel au meurtre est un membre du parti nationaliste hindou, le BJP actuellement au pouvoir. Il s'exprime dans le cadre d'un meeting politique.

La raison de cette haine vient du film "Padmavati". L'actrice incriminée y interprète le personnage principale, une légendaire reine Rajput. Le film a provoqué l’ire des extrémistes hindous : le groupe nationaliste rajput, Karni Sena, a ainsi appelé à une grève nationale et a soutenu les menaces de mort proférés contre l’actrice. Elle et sa famille ont dû être placées sous protection policière.


Selon les extrémistes, le film ne se conformerait pas à la légende et donnerait ainsi une mauvaise image des femmes rajputes.

Un synopsis à l’origine de la controverse

Le film relate une illustre légende indienne : au 14ème siècle, le royaume de Ratan Singh, souverain hindou du Rajasthan se fait envahir par l’armée moghole. Son but : capturer la reine Padvamati, réputée pour sa grande beauté. Grièvement blessé dans une bataille et à l’article de la mort, Padvamati met fin aux souffrances de son époux en lui promettant de le rejoindre dans l’au-delà.

A la suite de la mort d’un roi rajput, la reine doit, selon la tradition, s’immoler sur un bûcher pour préserver son honneur et demeurer ainsi, éternellement, auprès de son bien-aimé. La légende raconte que Padmavati se serait jetée dans les flammes au moment où le souverain musulman aurait surgit pour la conquérir.

Les nationalistes hindous et rajputs accusent le film d'avoir fait l'impasse sur l’immolation de Padvamati pour lui inventer une romance avec l’envahisseur musulman.

L'envahisseur moghol

L'envahisseur moghol

Les menaces de mort ont été condamnées par certains dirigeants du BJP. A l’instar de Anil Jain, chef de file dans l’état de l’Haryana : il a sommé Surajpal Amu de présenter ses excuses à Deepika Padukone. Il a cependant précisé qu’il désirait que « le réalisateur ait plus de respect pour l’histoire indienne ».

Pour l’heure, aucunes poursuites n’ont étaient engagées contre les dirigeants du BJP.

Ironie de l’histoire

Le réalisateur a plusieurs fois déclaré qu’il n’y avait pas d’histoire d’amour entre la reine et l’envahisseur moghol, et que le film rendait au contraire hommage au courage rajput.

Les détracteurs n’ont, en réalité, jugés le film, que sur sa bande annonce. Celle-ci ne montre, en soi, aucun signe de romance inter-religieuse et dépeint, au contraire, le roi musulman comme une brute sanguinaire.

Plusieurs états ont décidé d’interdire la projection du film.  Sa sortie, prévu le 1er décembre prochain, est reportée à une date ultérieure.

Une radicalisation en Inde

Cette polémique s’inscrit dans un contexte de montée du nationalisme Hindou en Inde. En octobre dernier, l’Etat de l’Uttar Pradesh avait fait disparaître des brochures touristiques, le célèbre Taj Mahal, car considéré comme un héritage trop musulman.

Certains dirigeants du BJP ont exprimé le désir de mettre plus en avant, dans les livres d’histoire, le patrimoine Hindou et de minimiser l’impact des musulmans dans l’histoire et la culture indienne.

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