Des GPS contre les viols

15 000 taxis sillonnent chaque jour les rues de New Delhi, bientôt tous équipés de GPS ? C'est l'idée lancée par le gouvernement de la ville pour lutter contre les violences à l'encontre des femmes. En novembre dernier, une indienne de 25 ans s’est faite violer dans un taxi appartenant à la compagnie américaine « Uber ». Pourtant ces mesures ne satisfont ni les compagnies de taxi, ni les femmes. Cela provoque incompréhension, parfois même colère. On s'en aperçoit vite en parcourant le quartier de Lapjat Nagar à New Delhi.

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Assis dans son fauteuil devant sa station de taxi, le directeur de la compagnie nous regarde serein et le regard fier. Pourtant, nous l'abordons à peine que le mot « GPS » l’irrite déjà profondément et il le témoigne sans retenue. « Ce n’est pas la solution. Installer des GPS, ne va pas stopper ces crimes odieux. Le gouvernement doit prendre d’autres mesures. Un GPS sert simplement à montrer la direction que tu dois prendre. C’est tout ! » s'écrie-t-il.

Son assistant écoute de loin, puis se mêle à la conversation. Le sujet suscite manifestement une certaine animosité dans la profession : « La plupart des viols ne se produisent pas dans nos voitures, mais dans les voitures privées. Les policiers doivent être attentifs à cela. Trop ne sont pas réactifs et ne punissent pas ces agressions.»

Sur le site du journal indien "India Today", un internaute dénommé, Hayder, a un avis relativement différent. Des GPS oui, mais pour tout le monde : « Forcer les taxis à avoir un GPS, pendant que les auto-rickshaws (les véhicules tricycles) jouissent d’une liberté totale, c’est un peu sévère. La plupart des viols qui sont rapportés se produisent dans ces types de véhicules. » commentait-il.

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 1636, c'est le nombre de viols qui ont été recensés à New Delhi en 2013. Un chiffre qui a valu à la ville le surnom de "Capitale du viol". Supriya Neghi, habitante du quartier de Lajpat Nagar, prend régulièrement le taxi. Pour elle, cette mesure pourrait être une bonne chose pour les indiennes, même si elle ne sera pas suffisante. Elle affirme qu’avec ou sans GPS, "elle se sentira toujours en insécurité".

Les réactions ont fusé sur Twitter. Beaucoup d'incompréhension mais aussi quelques propositions :

" L'Inde n'est pas sûre pour les femmes. Nous avons besoin des voitures roses, de taxis roses et des conductrices pour les femmes, spécialement pour la sécurité des femmes. "

"Installer des GPS est bien mais les regarder c'est encore plus important, des taxis roses devraient commencer à Delhi".

 

Un projet est en train de voir le jour en Inde : les taxis roses. Des compagnies tenues par des femmes, des véhicules conduis pas des femmes et réservés aux femmes. Le concept se développe et se multiplie à travers le pays tout entier. Meru Eve est une des compagnies qui s'est implantées à New Delhi. Les conductrices sont aussi formées aux techniques de self-defence.

Les taxis "normaux" eux n'ont pas dit leur dernier mot. L’Union des taxis de Delhi vient de menacer, aujourd’hui, d’organiser une série de manifestations si le gouvernement n’abandonne pas cette idée de GPS.

Christophe Reyns

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