Les enjeux des élections israéliennes

I

Réduit à une très courte majorité après le départ de l’ancien ministre de la Défense Avigdor Lieberman, le gouvernement « le plus à droite de l’histoire d’Israël » a fini par jeter l’éponge. Un nouveau scrutin se déroulera le 9 avril prochain. Le Premier ministre Benyamin Netanyahou, qui brigue un cinquième mandat, joue bien plus que sa survie politique.

L’étrange volte-face de Netanyahou 
Moins d’un mois après avoir appelé ses partenaires gouvernementaux à la responsabilité, arguant de graves menaces sécuritaires pour justifier le maintien de sa coalition, Benyamin Netanyahou a donc fait le choix soudain de renvoyer ses citoyens aux urnes. Un acte prémédité ? Sans doute, puisque le Premier ministre israélien a accéléré le déclenchement d'une opération contre les tunnels du Hezbollah libanais à sa frontière nord, dont l’ampleur et les possibles répercussions ont largement été dramatisées. Autre coïncidence troublante : l’annonce de la dissolution du parlement est intervenue il y a quelques jours, en marge d’une visite des membres de son cabinet à cette même frontière. Netanyahou en a profité pour annoncer que l’opération avait atteint ses objectifs et qu’elle touchait à sa fin. Nul doute, à présent, qu’il cherchera à user de sa réputation de « Monsieur Sécurité » pendant la campagne.

Des poursuites judiciaires suspendues ?
Suspectées de corruption dans plusieurs affaires, Benyamin Netanyahou devait théoriquement être fixé sur son sort dans les prochaines semaines. Mais avec la tenue d’un scrutin législatif dans un peu plus de trois mois, Avichaï Mandelbit, le conseiller juridique du gouvernement, a laissé entendre que le contexte électoral risquait de retarder sa décision. En plus de marteler que les accusations portées à son encontre sont infondées, Netanyahou assure qu’aucun scénario ne le détournera pas de son objectif, même une inculpation. Le jusqueboutisme de « Bibi » commence à faire douter certains ténors de sa famille politique, le Likoud, lesquels redoutent d’être entrainés dans sa chute. Un temps banni, Gidéon Saar, son plus farouche adversaire, a d’ores et déjà annoncé sa candidature aux primaires du parti.

L’opposition en ordre dispersée 
Même si Benyamin Netanyahou caracole en tête des sondages, les partis centristes et de gauche peuvent, en cas d’union, renverser la vapeur. Problème : la guerre des chefs fait rage entre l’ancienne ministre Tzipi Livni et l’actuel leader travailliste, Avi Gabaï, déterminé à tenir la tête d’affiche pendant la campagne. Dans le même temps, le leader du parti de centre-droit Yesh Atid (Il y a un futur), Yaïr Lapid, se voit volontiers Premier ministre, et s’oppose à toute alliance de circonstance. Enfin, pour ne rien à arranger à la situation, l’entrée en politique du général Benny Gantz, très apprécié pour sa carrière militaire et sa vision pragmatique, affole déjà les sondages et lui confère un rôle d’arbitre du scrutin. Pour les observateurs, une surprise n’est pas à exclure car Gantz incarne le changement souhaité par un grand nombre d’Israéliens.

Publié par france2middleeast / Catégories : Israël