Les écossais arbitres des élections outre-Manche

Après l'échec du référendum en septembre dernier, les élites de Westminster pensaient en avoir fini avec les indépendantistes... Mais les écossais vont vite se rappeler au bon souvenir des anglais! Si la menace d'un Royaume désuni n'est plus d'actualité, les terres du nord pourraient bien jouer un rôle déterminant dans l'avenir de la politique britannique. Donné victorieux sur 56 des 59 sièges des circonscriptions d’Écosse, le parti indépendantiste écossais (SNP) pourrait devenir la troisième force politique à Westminster, et peser lourd dans les débats de la chambre des communes. 

Quelque soit le parti qui sortira vainqueur des élections générales du 7 mai prochain, droite et gauche britanniques vont devoir conjuguer avec les forces écossaises. Au coude à coude dans les sondages - 221 sièges chacun sur 650 au total - mais donnés vainqueurs avec une trop courte majorité, le Labour et le Conservative party vont devoir composer des alliances pour gouverner. Tous les analystes politiques parient désormais sur la formation d'un "hung parliament", une législature dans laquelle aucun parti ne dispose de la majorité absolue.

Ce scénario de plus en plus avancé dans les médias britanniques s’est emparé de la campagne politique. Les conservateurs notamment, craignent qu’Ed Miliband et le Labour ne se tournent vers le SNP pour former une coalition, et nous offrent ce week-end une vidéo narquoise, dans laquelle ils font voyager le chef de file du parti indépendantiste écossais, Alex Salmond, d’Aberdeen à Londres, où il donne, littéralement, le ton à la politique orchestrée par Ed Miliband. Une menace qu’ils prennent au sérieux, même si Ed Miliband a déjà assuré que son parti ne formerait pas de coalition avec le SNP.

Coalition ou pas, Alex Salmond a déjà promis qu’il faudrait compter avec lui en cas de victoire écrasante du son parti en Écosse, et qu’il n’hésiterait pas à forcer la main d’un gouvernement travailliste minoritaire sur certains votes : « Nous tiendrons les rennes du pouvoir », a-il affirmé en direct sur la BBC dimanche 22 mars.

C'est précisément en réponse à cette provocation que le parti de David Cameron a publié sa dernière affiche de campagne :

" Votre pire cauchemar... vient d'empirer.

Le SNP soutendrait ED Miliband - un désastre pour la Grande-Bretagne".

En retour, Alex Salmond s'est de nouveau exprimé dans les médias, pour commenter cette fois-ci une possible victoire de David Cameron. Si l'actuel premier ministre est reconduit dans ses fonctions, élu à la tête d'un gouvernement minoritaire, l'ancien premier ministre écossais promet de tout faire pour lui planter des bâtons dans les roues.

Évoquant une entente dans l'adversité avec le Labour party, il assure pouvoir renverser le gouvernement minoritaire de David Cameron en votant contre la motion de confiance au gouvernement. Les conservateurs dénoncent un "sabotage pur et simple de la volonté du peuple britannique", peuple qui l'a déjà désavoué en septembre dernier lors du référendum pour l'indépendance de l’Écosse. Qu'importe, Alex Salmond tient sa revanche: il va entrer à Westminster plus puissant que jamais.

 Elise Dherbomez avec Loïc de la Mornais

 

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