Ecossais et Français, pas si différents !

L’Écosse vote aujourd'hui pour déterminer si oui ou non, elle souhaite quitter le Royaume-Uni et voler de ses propres ailes. En ce jour historique, nous nous sommes intéressés à ce peuple souvent caricaturé, dont nous ne comprenons pas toujours la culture et les traditions. A bien y regarder pourtant, Écossais et Français ne sont pas si différents, la preuve en quatre exemples symboliques.

Un ennemi commun

On l'oublie souvent, mais l'ennemi héréditaire de la France n'est pas l'Allemagne. Les Français ont passé plus de temps à essayer de bouter les Anglais hors de France - ou à se lancer à la conquête d'une île imprenable - qu'à taper sur leurs cousins germaniques. Certes la guerre de 100 ans est loin derrière nous, et l'Entente Cordiale - ou l'alliance militaire entre ces deux pays pendant les deux guerres mondiales - a depuis instauré une paix de circonstance entre Londres et Paris. Mais il serait naïf de croire que l'anglophobie française est morte le jour où poilus et troupes britanniques ont pris les armes côte à côte. Aujourd'hui encore, les Anglais restent persuadés que les Français ne les aiment pas, et vice-versa.

Ce désamour, réel ou présumé, des Anglais est sans doute à ce jour ce qui rapproche le plus Écossais et Français. Pendant trois siècles, les relations amicales entre ces deux peuples étaient régies par l'Auld Alliance (vieille alliance), un pacte stratégique et militaire entre le royaume de France et le royaume d’Écosse. Les termes de ce traité ratifié en 1295 par John Balliol et Phillipe IV de France stipulaient que si l'un deux pays été attaqué par l'Angleterre, l'autre envahirait alors le territoire anglais.

15-alliance

L'alliance fut renouvelée par tous les monarques français et écossais - à l'exception de Louis XI - et joua un rôle déterminant dans le devenir de ces deux nations. Bien que révoquée par le traité d’Édimbourg en 1560, l'Auld Alliance a façonné les relations entre la France et l’Écosse, relations basées sur le respect de l'autre, mais aussi et surtout, sur un manque d'affection commun envers le voisin anglais. Pour l'historien écossais du Jean de Fordun, l'amitié franco-écossaise aurait même une origine plus ancienne, et remonte à la rencontre entre le roi Achaius et Charlemagne !

Un modèle politique proche

Les historiens écossais s'intéressent de près à l'impact de la révolution française sur la société écossaise. La révolte de 1789 aurait eu deux conséquences significatives sur la vie politique de l’Écosse. D'abord, la politisation de la classe dirigeante et aussi, une prise de conscience importante: celle qu'il est indispensable de mener des réformes pour contenter le peuple. A l'instar de la France, l’Écosse s'est détachée du modèle libéral de Westminster pour privilégier un plus grand contrôle de l’État sur l'économie.

Écossais et Français vantent régulièrement leur système de représentation et les valeurs démocratiques défendues au sein de leur parlement respectif. A l'heure actuelle, dans l'hémicycle écossais comme au palais Bourbon, le parti majoritaire est un parti social-démocrate, le PS en France et le parti indépendantiste SNP d'Alex Salmond pour l’Écosse.

 Le même amour du service public

Le système de sécurité sociale britannique, le National Health Service (NHS), constitue un enjeu majeur du référendum en Écosse: les indépendantistes veulent le sanctuariser, inquiétés par les mesures d'austérité et de coupes budgétaires de Londres. Au Royaume-Uni, les soins sont essentiellement gratuits. Face aux menaces de réforme du système de santé publique britannique, les partisans du Oui estiment que l’indépendance permettrait de garantir ces avantages.

En France, malgré le "trou" immense que constitue le budget de la Sécu dans notre économie, les Français sont eux aussi infiniment attachés à leur système de sécurité sociale.

L’éducation est le second secteur public que les écossais ont a cœur de conserver gratuit et ouvert à tous. En France, l'éducation nationale est le premier budget de la nation.

Un curieux attrait pour les plats les plus singuliers

Le Mars bar frit, typique écossais

Le Mars frit, typiquement écossais

Panse de brebis farcie, porridge et barre chocolatée frite pour les uns, escargots, cuisses de grenouilles et fromages odorants pour les autres: la cuisine écossaise et la gastronomie française ne font pas toujours l'unanimité. Les Anglais sont d'ailleurs les plus enclins à la critique, eux qui qualifient de "disgusting" certains de nos plats les plus emblématiques. L’Écosse et son traditionnel haggis ne sont pas épargnés. Les Anglais devraient peut-être apprendre à regarder dans leurs propres assiettes avant de cracher dans celles des autres.

La liste des ressemblances entre nos deux pays ne s'arrête pas là, on aurait pu bien sûr y ajouter notre amour commun pour le rugby ou le whisky. Ce qui est important est de savoir si ces similitudes entre nos deux pays joueront en la faveur de l’Écosse si elle obtient son indépendance, ou si Paris privilégiera l'Entente Cordiale avec Londres, si durement gagnée.

Elise Dherbomez avec Rebecca Suner

A lire aussi