Glyphosate, un vote allemand sous influence

Christian Schmidt au mileu des champs. Avec ou sans glyphosate ?

Les États membres de l'UE ont voté cette semaine en faveur d'un renouvellement pour cinq ans de la licence du glyphosate, un herbicide très controversé. Une volte-face due en grande partie à un homme, Christian Schmidt, le ministre de l’agriculture allemand. Un ministre sous influence. Décryptage.

Agent d'influence n°1: Bayer, le futur propriétaire de Monsanto

Le rachat de Monsato par le géant allemand Bayer. ©AFP/dpa

Le rachat de Monsato par le géant allemand Bayer. ©AFP/dpa

55 milliards d'euros. C'est le prix qu'a mis sur la table le géant allemand de la chimie pour s'offrir Monsanto. Et avec l'entreprise américaine spécialisée dans les biotechnologies agricoles, Bayer s'offre aussi son produit phare : le  RoundUp, herbicide au glyphosate, un produit soupçonné d’être cancérigène et grandement utilisé par les agriculteurs. Si la vente n'est pas encore actée, impossible pour Bayer de voir le RoundUp tomber sous le coup d'une interdiction. Pour Nina Katzemich de l'ONG allemande LobbyControl, il n'y a pas de doute : « Je sais que de grandes entreprises, parmi lesquelles bien sûr Bayer, se sont rapprochées ces dernières semaines du gouvernement allemand pour faire valoir leurs intérêts ». Si l'on sait désormais que Monsanto a livré des études clés en main à Bruxelles sur le glyphosate, les grands groupes chimiques allemands sont allés encore plus loin. Bayer mais aussi BASF. « Les dirigeants de ces entreprises se sont directement plaints auprès du ministère de l'agriculture », renchérit Nina Katzemich, « ils ont pesté contre les longs processus de décision, en oubliant que c'est comme cela que fonctionne la démocratie, et se sont étonnés de la difficulté d'obtenir la prolongation du glyphosate ». Un ministre directement téléguidé par l'agrochimie ? Prêt à plier pour satisfaire un secteur vital pour l'économie allemande ? Christian Schmidt n'aide pas à faire taire ces rumeurs. Lui qui n'a toujours pas réagi à ces suspicions.

Agent d'influence n°2: la CSU, parti des agriculteurs

La moue de Horst Seehofer, président de la CSU.©dpa

La moue de Horst Seehofer, président de la CSU.©dpa

Ministre étiqueté CSU, la petite sœur bavaroise de la CDU d'Angela Merkel, Christian Schmidt a bien agi seul. Se payant le luxe de se priver de l'accord de la chancelière et de concertations avec la ministre SPD de l'environnement qui s'était clairement positionnée contre le glyphosate. Et sans le vote de Christian Schmidt pour une prolongation, qui a entrainé le vote positif d'autres pays, il n'y aurait jamais eu de majorité qualifiée. Comment alors expliquer le cavalier seul de Christian Schmidt ? Peut-être bien par la claque reçue par la CSU lors des élections législatives de septembre dernier dans son fief bavarois, avec plus de 10% de voix perdues par rapport à 2013. « Les agriculteurs constituent une part importante de l'électorat de la CSU », souligne Nina Katzemich, « lesquels réclamaient cette prolongation ». la CSU n'a voulu prendre aucun risque, alors que le parti risque gros aux élections régionales de septembre prochain. Inconcevable politiquement donc de prendre cet autre puissant lobby à rebrousse-poil. Quitte à se mettre à dos une partie de l'opinion publique, le SPD, futur partenaire probable dans la nouvelle grande coalition qui s'annonce, et même Angela Merkel qui a ouvertement critiqué son ministre. Christian Schmidt aurait cependant demandé l'aval d'un homme : son chef, Horst Seehofer, le président très affaibli de la CSU. Un soupçon de realpolitik à la sauce bavaroise.

Une victime collatérale: la grande coalition

Martin Schulz en position de force face à Angela Merkel. ©dpa

Martin Schulz en position de force face à Angela Merkel. ©dpa

Après l'échec des négociations pour une coalition entre les conservateurs de la CDU et de la CSU, les Verts et les libéraux du FDP, la seule issue pour éviter de nouvelles élections reste une grande coalition. Après moults atermoiements, le SPD a entrouvert la porte à une nouvelle alliance avec les conservateurs. Mais le tête-à-queue de Christian Schmidt a été réalisé sans dérapage contrôlé. Menacé de mort sur les réseaux sociaux, les appels à la démission se multiplient. À l'image de Harald Ebner, un député écologiste, qui exige « la démission de ce ministre qui se permet de ne pas se tenir à l’accord trouvé au sein du gouvernement, un homme dont la parole n’a aucune valeur et qui désobéit même à Angela Merkel ». Et celui qui suit depuis des années le dossier du glyphosate au Bundestag n'hésite pas à poser la question qui fâche : « Quel partenaire potentiel peut encore faire confiance à la CSU et par ricochet à la chancelière ? ». Le SPD n'en demandait pas tant. Déjà en position de force car seul espoir pour Angela Merkel de sauver sa tête, les sociaux-démocrates disposent d'un nouvel atout dans leur manche. Eux qui ont déjà annoncé vouloir mettre le glyphosate tout en haut de l'agenda des négociations. Le président du SPD, Martin Schulz, a déjà pris position pour... une interdiction du glyphosate en Allemagne.

 

Par Julien Mechaussie (tous propos recueillis par JM)

 

A lire aussi

  • un physicien

    L'article oublie le BfR, agence sanitaire allemande qui a jugé que le glyphosate ne présentait pas de risque.