AirBnB n'a pas (encore) disparu de Berlin

Depuis plus d'un mois, une loi interdisant les sites comme Airbnb est appliquée dans la capitale allemande. Pourtant, on trouve encore beaucoup d'annonces sur ces plateformes de locations touristiques. Une résistance qui semble s'émousser...

A Berlin, l'été commence doucement. Sur les bords de la Spree, les soirées open-air, avec musique électro et bière qui coule à flots, ont repris. Dans les parcs de la ville, les familles se retrouvent pour faire des pique-niques. Certains profitent déjà des lacs berlinois pour se baigner.

La vie à la Berlinoise, la scène culturelle,l'Histoire de la ville, autant d'attraits pour les touristes qui viennent chaque année plus nombreux. En 2015, la ville a accueilli 36% de voyageurs de plus qu'en 2010. L'an dernier, elle a reçu plus de 12 millions de visiteurs.

Le problème cette année ? Les sites de locations saisonnières entre particuliers sont désormais interdits à Berlin. Comme nous l'expliquions le mois dernier, Airbnb, Wimdu, 9flats et consorts n'ont plus le droit de cité dans la capitale allemande. Depuis le 1er mai, toute personne proposant son appartement à la location sur ces sites encourt jusqu'à 100 000 euros d'amende. Alors, où les vacanciers vont-ils bien pouvoir dormir ?

La lente agonie des sites d'hébergement entre particuliers

Malgré l'interdiction et le risque d'amende, on trouve toujours toujours de nombreuses offres  de locations sur ces sites pour cet été à Berlin. Et pas seulement des chambres disponibles dans des appartements occupés, comme la loi le permet encore. Sur ces plateformes, il y a encore des annonces pour des logements entiers, réservés à l'usage personnel du touriste, alors que la loi l'interdit formellement. Certes, il y en a moins qu'avant. Mais toutes les annonces de locations saisonnières n'ont pas disparues.

Capture d’écran 2016-06-08 à 22.51.55

Hier, pour un séjour mi-juillet, 130 logements entiers étaient encore proposés à Berlin sur le site Airbnb

Sur Wimdu aussi, les annonces de logements entiers pour cet été ne manquent pas

Sur Wimdu aussi, les annonces de logements entiers ne manquent pas

Néanmoins, cela ne devrait plus durer très longtemps. Un procès décisif pour l'application de la loi vient de se tenir à Berlin. Quatre loueurs d'appartements sur le site Wimdu ont porté plainte devant le tribunal administratif. Selon eux, le texte, disproportionné, porte atteinte à leur liberté d'entreprendre. Et hier après-midi, le jugement est tombé : la cour a rejeté la plainte, qu'elle estime non fondée. Or, cette décision pourrait faire jurisprudence pour les dizaines d'autres dossiers de recours engagés par des particuliers qui louent leurs appartements à des touristes.

Par ailleurs, les habitants de Berlin sont invités à dénoncer anonymement leurs voisins hors-la-loi auprès de la mairie. Ce système de délation ne pose pas de problèmes à certains Berlinois, excédés de vivre à côté de logements occupés par des Easyjetsetteurs – les utilisateurs des liaisons low-cost – qui viennent dans la capitale allemande pour faire la fête, sans respect pour le sommeil et la tranquillité des habitants.

Le retour des hébergements traditionnels et réglementés

Certains touristes se tournent alors vers les réseaux sociaux pour trouver un logement dans la capitale. Par exemple, la page Facebook « short-term accomodation Berlin » ("location de courte durée à Berlin") compte plus de 15 000 membres et regorge d'annonces pour l'été. Les vacanciers ne sont toutefois pas à l'abri des arnaques. De plus, le paiement n'est pas aussi simple qu'avec les sites d'hébergement entre particuliers.

Capture d’écran 2016-06-08 à 23.03.52

Capture d'écran de la page Facebook "short-term accomodation Berlin"

Il reste alors la possibilité de séjourner dans un hôtel. Et Berlin n'en manque pas. En juin 2015, la ville proposait près de 140 000 lits dans des hébergements réglementés. On trouve des chambres pour tous les budgets. Comptez 160 euros pour une nuit dans le prestigieux Hotel am Steinplatz, classé meilleur hôtel de Berlin par le site TripAdvisor.

Pour les visiteurs plus économes, il y a nombreuses auberges de jeunesse à Berlin dont les prix oscillent entre 10 et 20 euros. Certes, il faut alors renoncer à son intimité en partageant sa chambre ou sa salle de bain. Mais ce type d'hébergement permet de faire des rencontres avec des touristes venus de partout dans le monde, qui, eux aussi, ont dû faire le deuil d'Airbnb et de ses petits frères.

 

Par Sonia Reynaud