La grogne monte contre les contrôles aux frontières

Les contrôles aux frontières de la Bavière s'éternisent et cela commence à avoir un impact économique pour les entreprises de la région.

Ça coince à la frontière entre l’Allemagne et l’Autriche. Berlin a rétabli des contrôles le 13 septembre dernier. Nous étions alors au cœur de la crise migratoire, avec des milliers de réfugiés qui arrivaient chaque jour dans le pays depuis la route des Balkans. L’Allemagne voulait à ce moment-là maitriser la situation, ralentir le flux. Et à l’époque les contrôles étaient présentés comme provisoires. Sauf que ce provisoire dure, les contrôles sont prolongés tous les 30 jours, comme le prévoit les accords de Schengen. Cela fait maintenant six mois qu’ils sont en place.

Et cela a un impact de plus plus concret sur l’économie de la région, qui est très liée au commerce transfrontalier avec le Tyrol autrichien. Les premiers touchés sont les transporteurs routiers.

Avec son camion-citerne, Ludwig Jungegger fait l’aller retour, quatre fois par jour entre la Bavière et l’Autriche. Un trajet court qui ne lui prend qu’une quinzaine de minutes à l’aller. Mais pour le trajet retour, il va mettre près d’une heure et quart pour parcourir 4 kilomètres et demi seulement. Les contrôles de la police aux frontières créent des embouteillages monstres, et pour le chauffeur routier, difficile de comprendre la logique du dispositif: "Parfois ils contrôlent tout le monde, parfois presque personne. Parfois ça roule bien, et parfois on est complètement bloqué."

Cela fait bientôt six mois qu’il subit cette situation. Et il n’est pas le seul. Dans son entreprise, tout le monde est concerné. Les yeux rivés sur son écran d'ordinateur, le directeur de l'entreprise fait le compte de ses poids-lourds bloqués. "Parmi tous nos camions, j’en ai 6 qui sont coincés en ce moment dans les embouteillages", explique Georg Dettendorfer. "Les contrôles qui ont lieu en ce moment signifient pour nous une perte de temps et une perte d’argent".

"Ma patience est à bout, on n'en peut plus !"

Des frais d'attente en plus, des heures supplémentaires à payer aux chauffeurs, pour l'entreprise les contrôles aux frontières représentent chaque mois une facture de plus de 40.000 euros. Et ce n'est pas la seule concernée, presque tous les transporteurs de Bavière pâtissent de la situation. Il y a aussi les frontaliers qui arrivent en retard au travail, les touristes qui préfèrent éviter la région. Pour le responsable d'un canton, tout cela a assez duré. "Ma patience est à bout, maintenant il faut faire quelque chose", explique Georg Grabner. "Des contrôles pour quelques semaines, on peut l’accepter mais cela fait près de six mois et ça va continuer. On n’en peut plus !"

Il ne conteste pourtant pas le principe des contrôles, mais il réclame un peu d'organisation. Pourquoi ne pas rouvrir l'un des anciens postes frontière, plus grand, donc plus adapté, au lieu de procéder aux contrôles sur une voie unique de l'autoroute ? La police fédérale a promis d’étudier sa proposition. En attendant, tous ceux qui veulent franchir la frontière entre la Bavière et le Tyrol autrichien doivent s'armer de patience.

La fin de Schengen, une facture de 470 milliards ?

Difficile pourtant d'estimer combien coûtent exactement ces contrôles à l'économie bavaroise. Mais il y a eu plusieurs études globales sur l’impact qu’aurait une disparition totale de l’espace Schengen, soit la fin de la libre circulation des hommes et des marchandises. Si demain, il n’y avait plus Schengen, cela couterait au moins 470 milliards d’euros aux pays européens ces dix prochaines années, selon l'estimation d'un institut allemand proche des milieux d'affaires. Et encore, il s'agit d'un scénario "optimiste".

C’est aussi pour cela que Angela Merkel fait tout pour que Schengen survive à la crise des réfugiés, même s’il faut pour cela rétablir temporairement des contrôles aux frontières. La chancelière allemande met en avant l’idéal européen, mais elle pense aussi à l’aspect économique. Car l’Allemagne dépend beaucoup des exportations, elle aurait donc beaucoup à perdre de la fin de Schengen.

 

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