Deux salariés, un emploi : une révolution dans le monde du travail ?

Concilier un travail à responsabilités et sa vie de famille... pas toujours évident. Mais en Allemagne, cela semble fonctionner grâce au partage de postes (jobsharing), une option pour celles et ceux qui ne veulent pas passer leur vie au travail.

Le concept est simple : deux salariés à temps partiel se partagent un poste à temps plein. La nouveauté ? Ces employés d’un nouveau genre peuvent prétendre à des postes à responsabilités dont le temps de travail ne peut en général, pas être divisé.

Le jobsharing, c’est pour qui ?

D’abord, pour les mères de famille qui veulent profiter de leurs enfants, sans sacrifier totalement leur carrière. Ce sont les premières à recourir à ce type de contrat. Les semaines de 40 heures, très peu pour elles, comme l’explique Mélanie Behrendt, 42 ans, au Spiegel. "Après ma grossesse je voulais retrouver un travail à temps partiel. Mais on m’a fait comprendre que les postes que je convoitais, nécessitaient un temps plein".

Sur sa route, elle croise Mélanie Hahn, spécialiste en relations publiques. Elles postulent pour le même poste dans un collège privé de Cologne et l’obtiennent… toutes les deux ! Chacune travaille trois jours par semaine, ce qui leur laisse du temps pour leurs activités personnelles.

Mais au travail, tout se partage. Le salaire bien sûr, les projets, le stress, les succès … "J’aime cette image de tandem, car nous roulons vraiment dans la même direction. Sans entente et sans communication, rien ne fonctionne", explique Mélanie.

Autre exemple de jobsharing à Bonn :

1 400 femmes et 600 hommes à la recherche d'un emploi partagé

Et pour trouver le partenaire parfait, deux Berlinoises ont fondé Tandemploy. Un site qui met en contact demandeurs d’emploi et entreprises. "Ce concept existe depuis les années 1980 aux États-Unis. Alors nous avons décidé de l'exporter en l'Allemagne. Depuis l’ouverture du site fin 2013, 2 000 personnes qui cherchaient un emploi partagé se sont inscrites. Et nous travaillons avec trente entreprises partenaires", raconte Anna Kaiser, l’une des cofondatrices du site.

Ce nouveau partage du travail est un plus pour les entreprises allemandes. Deux employés, c’est deux fois plus de compétences, de connaissances… mais un seul salaire ! Le chef d’entreprise sait aussi que ce type de contrat lui assure une présence continue du salarié dans l'entreprise. Plus d’arrêt maladie, de vacances … le binôme s’arrange pour que le poste ne soit jamais vacant.

Et les hommes dans tout ça ?

Selon les derniers chiffres du bureau fédéral des statistiques, six femmes sur dix travaillent à temps partiel contre à peine 16% des hommes. Mais cette tendance est à la hausse : sur le site Tandemploy, 30% des postulants à un jobsharing sont des hommes. Raison invoquée par la plupart d'entre eux : passer plus de temps avec leurs enfants. Encore minoritaire, ce raisonnement prend de l'ampleur en Allemagne. Preuve que la société allemande est en pleine mutation et que les pères veulent aujourd'hui prendre le relais des mères.

 

Par Camille Wormser

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