Yvan Wouandji, ce Français non-voyant joueur de foot international

Dessiné pour les mal-voyants et non-voyants, le cécifoot se joue avec un bandeau sur les yeux. Objectif : mettre tous les joueurs de champs sur le même pied d'égalité.

Leader de l’équipe de France de cécifoot, Yvan Wouandji a remporté avec ses coéquipiers le championnat d'Europe et une médaille d’argent aux Jeux paralympiques. Depuis, il profite de sa notoriété pour sensibiliser à la cause du handicap.

"Être aveugle est devenir un joueur de football international, c’est possible", lâche Yvan Wouandji. Non-voyant depuis l’âge de 10 ans, ce Français de 25 ans, né au Cameroun, a un beau palmarès à son actif. Avec ses coéquipiers, il a notamment été champion d'Europe en 2011 ou encore médaillé d'argent aux Jeux paralympiques de Londres en 2012. "Ce dernier trophée est mon plus beau souvenir", nous affirme le jeune homme.

Des actions guidées par la voix

Taillé pour les non-voyants et malvoyants, le cécifoot a été créé en 1987 en France à l’initiative du club AS cécifoot Saint-Mandé. C’est d’ailleurs le club actuel de Yvan Wouandji. Il y occupe le poste d’attaquant. Le cécifoot se joue en deux mi-temps de 25 minutes chacune sur un terrain de 40x20 mètres (soit des dimensions équivalentes à celui de handball). Une équipe compte cinq joueurs. Le gardien est voyant. C’est aussi le cas du coach sur le banc de touche et d’un guide à l’arrière du but adverse. Tous trois ont pour mission d’orienter le jeu.

Malvoyants ou non-voyants, les quatre joueurs de champs évoluant sur le terrain portent tous un bandeau sur les yeux pour être au même niveau de handicap. Quant au ballon, il est équipé de clochettes. Avant d'aller au contact, un joueur qui n’a pas le ballon doit crier "Voy" pour être repéré par ses adversaires sans quoi l’arbitre pourra siffler une faute. "Selon l'endroit, on sait quelle voix écouter", explique Yvan Wouandji. "Pour se situer les uns les autres et gérer nos passes précisément, on joue beaucoup en formation de losange ou de carré."

Un militant de la cause du handicap

Le parcours d’Yvan Wouandji n’a pas été pour autant un long fleuve tranquille. "L'adolescence a été un cap difficile", se souvient-il. "Je me posais plein de questions. Pourquoi moi ? Allais-je parvenir à m’adapter à cette nouvelle vie, à m’épanouir au niveau professionnel, sentimental ?" Aujourd’hui, Yvan Wouandji mesure le chemin parcouru, mais malgré tout peine encore souvent à trouver sa place face aux valides. "Chaque jour, je dois me justifier. Les voyants ressentent systématiquement le besoin de penser à notre place, et nous dire quoi faire en pensant que nous sommes des incapables. C’est insupportable."

Face à cette réalité, Yvan Wouandji profite de sa notoriété pour mener des actions de sensibilisation. Depuis quelques années, il intervient dans les écoles. "Je raconte mon histoire pour éliminer les clichés, il y a de l'interaction. Pendant les cours d’EPS, je propose aux jeunes de jouer au cécifoot avec les bandeaux et les ballons que j'ai apportés. Ils sont réceptifs et moi, je suis dans mon élément", détaille-t-il. Le 24 mai dernier, Yvan Wouandji est allé par exemple à la rencontre d’une classe du collège Anatole-France des Pavillons-sous-Bois.

Commentaire sportif sur une chaîne nationale

Décoré par François Hollande de la médaille de chevalier de l'Ordre national du Mérite en 2013, il est aussi invité à prendre la parole lors de conférences pour témoigner de son parcours. "Je contribue à montrer que même avec ce handicap on peut avoir un quotidien aussi passionnant que celui d'un valide", argue-t-il.

Yvan Wouandji

Yvan Wouandji, 25 ans, a perdu la vue à l’âge de 10 ans.

Pour la suite, le footballeur se destine à une carrière de journaliste sportif. Titulaire d’une licence en journalisme à l’université Paris VIII, il intervient déjà régulièrement sur Canal+ et RMC comme consultant, y compris pour commenter des matchs de football de valides. "Je complète l’analyse des actions en faisant référence à l’histoire des joueurs, leurs habitudes et leur styles. J'apporte ainsi une plus-value", explique l’intéressé. Ses footballeurs préférés sont Paul Pogba en France et Samuel Eto’o à l’international.

Yvan Wouandji attend également avec grande impatience les Jeux Olympiques et Paralympiques de Paris en 2024. Son principal souhait : que le service public fasse appel à lui pour commenter les rencontres de cécifoot qui auront lieu pour l’occasion.

Pour en savoir plus

Page Facebook de Yvan Wouandji

Page Twitter de Yvan Wouandji

Publié par Clara Crochet-Damais / Catégories : Non classé

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