François, le prof Youtubeur qui monte !

« Je me suis enfin fait à l’idée que, oui, en quelque sorte, je suis un Youtubeur ». François Lamoureux publie des vidéos depuis deux ans, mais en faisant son coming out dans la dernière en date, publiée le 10 avril, l’instit a commencé à agiter, sur les réseaux sociaux, le petit monde des profs connectés. Il faut dire qu’elle est drôlement bien, sa chaine.

 

Un discours pertinent sur le numérique

Passionné par le numérique mais jamais prosélyte, François sait trouver le juste ton pour expliquer en quoi l’usage du numérique en classe peut être un atout. Avec humour, il donne dans une vidéo ses « 6 conseils pour rater le passage au numérique de son école », dans laquelle il explique, au-delà du ton gentiment ironique, que  « faire passer une école au numérique, ce n’est pas juste acheter des tablettes. C’est un gros travail de préparation et de vérification en amont que tous les éléments sont là pour faire fonctionner le projet : le réseau internet, le fait d’avoir essayé les tablettes, d’avoir fait des tests, la formation des enseignants, l’accompagnement dans leur projet pédagogique, sont des paramètres indispensables à la réussite de tout projet ». La formation, encore et toujours. Dans une autre vidéo, « Des tablettes à l’école ? », il répète : « le plus important, si on équipe les écoles de tablettes, ça va être la formation des enseignants, et la formation aux usages ». On repense à ces grandes opérations de com’ qui voient des centaines de collégiens ou d’écoliers équipés de tablettes, sans aucun travail préparatoire, sans formation des profs, ni ancrage dans une pratique réfléchie et accompagnée… Le type d'expérience qui aboutit à un échec et qui alimente les discours négatifs sur l'usage du numérique.

Dans cette vidéo, François s'attaque avec humour à "5 idées reçues sur le numérique".

Pas d’idéologie chez François, juste la validation par la pratique, après 10 ans d'enseignement en primaire. Pionnier des Twittclasses, parmi les premiers à réaliser des capsules vidéo pour ses élèves, il utilise les tablettes en classe depuis 5 ans et travaille aujourd'hui encore avec un collectif qui travaille sur les ceintures de compétences 2.0. Il explique, pragmatique, dans une autre vidéo ("Twitter à l’école ???"), avoir « remarqué des progrès sensibles dans la lecture et dans l’envie des élèves de lire et d’écrire, de produire pour être lu, puisque Twitter, c’est en fait juste le prétexte pour cet enjeu ». Pour lui les outils numériques ne sont que des outils, et les outils sont au service d’un projet pour les élèves. C’est encore le cas lorsqu’il aborde, nuancé, la question de "L’évaluation" dans une vidéo : que ce soit avec une note, un smiley, une couleur, on peut faire n’importe quoi, tout dépend de ce qu’on évalue et dans quelle perspective, « l’important n’est pas le codage, mais le sens qu’on va donner à l’évaluation ».

Des polygones à Onenote et au codage

Aujourd’hui la chaine compte près d’une centaine de vidéos, ce qui, en deux années à peine, donne une idée de l’activité du garçon. Après les vidéos à destination des élèves ("Le présent des verbes du 3ème groupe", "Les polygones"), à l’origine de la chaine, François s’est mis à produire des vidéos tutorielles pour partager son expérience d’usager de certaines applications comme Onenote, qui fait l’objet de plusieurs vidéos. A côté de ces « Tuto pédagogeek », comme il les décrit lui-même, destinés à se simplifier la vie, s’organiser, gagner en productivité en utilisant toutes les fonctionnalités des outils numériques ("L’astuce des 3 dossiers, comment organiser son travail dans seulement trois dossiers", "créer des livres numériques avec book creator"), François donne de petites astuces pratiques pratiques dont chacun peut s'emparer : "Zéro papier ? Scanner des documents avec votre smartphone", "Comment extraire le texte d'une photo ?" ou encore "Comment transformer des notes manuscrites en texte ?"…

L’envie de partager, toujours, guide ses vidéos. Vous avez un élève dyslexique dans votre classe ? François vous donne "Une astuce pour les enfants dyslexiques" grâce à une fonctionnalité les aidant dans la lecture et l’écriture. La programmation, le codage font leur entrée dans les programmes officiels ? François nous propose de découvrir en situation son "Top 3 des applications pour apprendre à coder", ludiques, évolutives, pertinentes, avant de détailler l’une d’entre elle, Lightbot, dans une série de 3 vidéos (lire les commentaires, très "participatifs").

15941308_1298651090205585_7461119686786766859_nAu fil des vidéos, François assume de plus en plus le fait d’apparaitre à l’écran, abandonne la petite voix aigue des débuts, soigne d’évidence le tournage et le montage, le rythme et l’habillage de ses vidéos. Plus encore qu’un blog, le format vidéo est parfaitement adapté au propos, car il permet de montrer directement, concrètement les applications, leur fonctionnement, plutôt que de décrire de manière fastidieuse par les mots les étapes à suivre par l’utilisateur. Le tout, avec une vraie expertise, une certaine décontraction et de l’humour. « J’espère qu’on va un peu casser l’image du prof coincé et vieux jeu. Alors voilà, je suis prof, j’adore les tatouages, j’écoute du métal, je suis tout le temps fourré sur les réseaux sociaux, j’aime la photo, la vidéo, je suis fan de Casey Neistat, je suis prof… et Youtubeur ».

 

INTERVIEW

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François Lamoureux : "Je suis pour un usage raisonnable et raisonné du numérique".

 

Quel est ton parcours d’enseignant ?

J'ai un parcours un peu atypique. J'ai enseigné pendant presque 10 ans dans des petites écoles rurales du sud ouest pour finalement avoir envie d'un grand bol d'air frais. Ça m'a conduit à aller enseigner dans une Ecole bilingue à San Francisco puis maintenant à me mettre en disponibilité pour travailler autrement. L'objectif étant d'aider les enseignants dans leurs pratiques, le plus concrètement et simplement possible.

Comment tes élèves, leurs parents, tes collègues perçoivent-ils tes vidéos ?

Je me rappelle la réaction d’un élève à San Francisco.

« François, les leçons vidéo là, c’est toi qui les a faites ? C’est TA chaîne Youtube ?

- Oui.

- Waouuhhh les gars François a une chaîne Youtube !!! »

Ca m’avait rendu tout à coup très humain à ses yeux. Genre je sais ce que c’est, je suis pas un dinosaure. Du point de vue des parents, idem. Ils appréciaient particulièrement les capsules de révisions de cours visibles à la maison. C’était selon eux, une grande aide pour aider leurs enfants à la maison quand c’était nécessaire. Les collègues, je pense que je les faisais rire, mais au sens positif : « Oh François de toute façon il fait jamais rien comme tout le monde ». Ils ont toujours eu un regard bienveillant.

Tu as fait plusieurs vidéos sur le pourquoi des tablettes, le numérique et les idées reçues... Quelles résistances rencontres-tu sur ces sujets ?

Il y a un gros décalage car on est souvent soit convaincu soit réfractaire. Je vois la tablette comme un simple outil qu'on utilise (ou pas) selon les besoins. C'est d'ailleurs un des premiers a priori que je rencontre. Les gens pensent systématiquement que parce qu'on utilise des tablettes on est dans un genre d'école futuriste dans lequel le papier est banni. Moi je fais classe normalement avec des petits plus numériques et surtout je fais utiliser le numérique à mes élèves quand les outils numériques permettent de réaliser une tâche impossible ou compliquée à réaliser sans eux. Je travaille toujours dans une optique de production et je mets mes élèves dans des situations actives sur les tablettes. Par exemple je n’ai jamais utilisé d’exerciseurs sur ce format. Mes élèves produisent toutes sortes de ressources, notamment des vidéos explicatives de notion ou de thématiques que nous partageons par la suite avec d’autres classes. A tout casser, chaque élève doit avoir une tablette entre les mains 20 minutes par jour bien qu’il soit difficile de faire une moyenne. J’ai testé plein de trucs et au final j’en ai jeté pas mal pour vraiment garder des situations d’apprentissages pertinentes. Je suis pour un usage raisonnable et raisonné du numérique. Quand il n’est pas pertinent on utilise logiquement un autre support.

Quels sont les youtubeurs qui t’inspirent ?

Le monde Youtube est fascinant. Des mecs comme Bruce de la chaîne e-penser (sciences) ou Peter Mckinnon (photo/video) ou Casey Nestat (difficile à cataloguer) forcent mon admiration car ils sont de vrais vulgarisateurs de connaissances ou bien des sources d’inspiration en terme de style de vie. La première partie est d’ailleurs mon défi et ce que je cherche à faire : vulgariser. On ne trouve pas que des vidéos débiles de chats ou autres "vidéos poubelles » sur Youtube. Il y a vraiment un contenu très très riche… quand on sait où chercher.

Pourquoi ce "coming out" dans ta dernière vidéo ?

J’ai longtemps considéré YouTube comme un simple support pour déposer mes vidéos et j’ai mis du temps à me considérer comme un YouTubeur. Ca a un côté « pas sérieux », on s’imagine que les Youtubeurs sont des no Life ou des glandeurs alors que c’est un boulot de malade, que je respecte énormément. J’ai encore d’ailleurs du mal à me considérer comme tel car je me dis qu’il faudrait que je bosse encore plus dur pour vraiment mériter ce titre. Mais Youtube s’inscrit logiquement dans la suite de mes projets (qui sont d’ailleurs encore flous). J’ai envie de tenter l’aventure, ça m’intrigue, j’ai envie de creuser et de mieux comprendre. Alors je me suis dit qu’en l’annonçant publiquement, c’était se jeter à l’eau et ne plus chercher d’excuses pour ne pas faire les choses à fond et on verra bien ce qui se passe. Ca ne fait de mal à personne et moi j’y trouve mon compte en terme de créativité et de partage.

Comment vois-tu l’évolution de ta chaine ?

Je me suis beaucoup cherché sur l’objectif de cette chaîne. La dernière vidéo justement essaye de clarifier les objectifs tout en restant assez large (ce qui me permet plus de souplesse dans le choix des thématiques). Au tout départ j’y stockais simplement les vidéos pour mes élèves. Ensuite j’ai commencé à faire quelques tutos et des vidéos humoristiques sur l’école et le numérique. Depuis janvier j’ai investi dans du matériel de tournage et j’essaie de faire du lien entre les vidéos. De raconter des choses, d’échanger avec les gens qui les regardent. Et c’est chouette parce que suite à cette vidéo, les abonnés ont quasiment doublé (même si mes statistiques sont ridicules à côté des « vrais youtubeurs »).
Pour la suite, je ne me fais pas trop d’illusion en termes de vues. Je ne touche pas un public aussi large que Norman et Cyprien et ce n’est pas mon objectif (et puis je n’ai pas le dixième de leur talent). Mais fédérer une petite communauté avec qui échanger, continuer de lire des commentaires dans lesquels les gens me remercient parce que ce que je leur ai montré va les aider… Ca c’est un beau projet. Et puis surtout, surtout y prendre du plaisir et arrêter le jour où je commence à faire ça sans entrain, pour me diriger vers de nouvelles aventures.

 

Sa chaine youtube : https://www.youtube.com/channel/UCWYfwJzq7e0NAvZ_uez5nOQ

Son blog : https://sicestpasmalheureux.com/

Le Facebook : https://www.facebook.com/SiCestPasMalheureux/

Suivez l'instit'humeurs sur facebook et sur Twitter @LucienMarboeuf.

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  • Domitille Tenot

    Bonjour, tout d'abord de vous félicite pour votre démarche. C'est ambitieux et positif donc je ne peux que la saluer.
    Ayant grandi avec un beau-père instit' j'ai connu l'éducation nationale à l'ancienne ! Il est temps de donner un coup de jeune à cette profession ! Bravo !
    J'essaie de le faire à mon niveau en tant que mère et ce n'est pas simple ( lacageaidee.com )