Pourquoi votre enfant peut-il suivre facilement un inconnu ?

Rolfe Kolbe

En 2014, environ 50 000 mineurs ont disparu en France (selon le Centre Français de Protection de l’Enfance - CFPE Enfants Disparus). 98 % de ces disparitions étaient des fugues. 2% concernaient des enlèvements ou des détournements (contrairement au détournement, on parle d’enlèvement lorsque le mineur a été soustrait avec violence des mains de la personne qui a l'autorité parentale).

Même si une grande majorité des mineurs finissent par rentrer chez eux, un enfant par an en moyenne n’est jamais retrouvé.

Le cas des enlèvements d’enfants par des inconnus

Pour lutter contre les enlèvements d’enfants par des inconnus, le CFPE propose un guide constitué de 10 conseils donnés aux parents. Parmi ces conseils, il en est un qui consiste à apprendre à son enfant à ne jamais suivre un inconnu :

« Les enfants sont naturellement généreux et peu méfiants. Sans les rendre trop craintifs, il faut leur apprendre très tôt à ne jamais suivre un inconnu, même si celui-ci leur promet des choses agréables (un tour de manège, un gâteau à la pâtisserie…) ou leur demande de lui rendre un service. Les enfants sont particulièrement sensibles à tout ce qui concerne les animaux et les personnes mal intentionnées le savent bien ».

Il s’agit là d’un « bon » conseil. Mais comment peut-on apprendre à son enfant à ne jamais suivre un inconnu ? Pour la plupart des parents, cet apprentissage consiste à expliquer oralement à leurs enfants qu’ils ne doivent jamais suivre une personne qu’ils ne connaissent pas, que cela peut avoir des conséquences dangereuses, etc. Mais ce type de mise en garde n’est pas toujours efficace. Illustration :

Les enfants de cette « expérience » ont donc suivit très facilement un parfait inconnu. Comment expliquer ce comportement, malgré les nombreux avertissements de leurs mamans ?

Des comportements gouvernés par les règles

Le comportement humain peut être façonné de deux façons : soit par l’expérimentation (on dit que le comportement est appris par les contingences de l’environnement), soit grâce au langage (on dit alors que nos comportements sont gouvernés par des règles). Exemple : « Vous pouvez débarquer dans une gare, au centre d’une ville inconnue et vous y promener pendant des heures jusqu’à ce que vous parveniez à y découvrir la mairie (…). Il est d’autre manière d’atteindre votre but, par exemple en demandant le conseil d’un habitant (…). Dans ce cas, vous vous éviterez beaucoup d’inutiles détours, en suivant des règles » (Richelle, M. 1977, p. 133).

Dans cet exemple, on voit bien le gain de temps d’un apprentissage en suivant les règles et comment il fait profiter au touriste d’une expérience accumulée par d’autres avant lui. Cela a  donc pour avantage d’éviter d’en passer par une expérimentation. Dans d’autres cas, l’apprentissage par les règles permet aussi de limiter les risques. Ainsi, il n’est pas nécessaire d’expérimenter l’utilisation d’un séchoir à cheveux dans son bain pour apprendre que cela est risqué.

Lorsque les parents mettent en garde leurs enfants contre les dangers qu’ils encourent à suivre un inconnu, c’est donc ce type d’apprentissage qu’ils délivrent. Si l’enfant respecte cette consigne, on dira qu’il aura appris par les règles. Mais ce type d’apprentissage ne fonctionne malheureusement pas avec tous les enfants.

Pourquoi les enfants sont-ils moins « sensibles » aux apprentissages par les règles ?

En tant qu’éléments de langage, les règles reposent sur la fonction symbolique ou représentative, qui nous permet d’anticiper les comportements à suivre. Il faut donc que l’enfant puisse se représenter qu’une personne en apparence « sympa » puisse avoir des intentions contraires.

Or pour un jeune enfant, ces compétences de représentation sont encore en développement. Le jeune enfant a tendance à interpréter les évènements à partir de son seul point de vue et considère que les autres le partagent. Il pense par exemple que son chien est content lorsqu’il lui donne sa petite voiture, sans imaginer que l’animal pourrait préférer un os.

Pour les tout petits, il est donc difficile d’attribuer à autrui des désirs et des intentions différents des siens. Il lui faut ainsi un effort de représentation (qui demande du temps, de l’expérience) pour pouvoir se dire que derrière un comportement se cache peut-être une intention différente.

Si l’enfant a des difficultés à imaginer qu’un adulte « gentil » en apparence, peut être « méchant » en réalité, l’apprentissage par les règles sera donc limité. C’est cette fonction symbolique, en émergence chez l’enfant, qui peut rendre l’apprentissage plus fragile, surtout lorsque l’auteur de l’enlèvement utilise des « appâts » puissants : les enfants ont en effet des comportements plus impulsifs que les adultes face à des bénéfices qu’ils peuvent obtenir rapidement.

Il existe un numéro européen d’assistance au service des enfants disparus : le 116 000. Ce numéro d’appel gratuit disponible 7j/7 et 24h/24 vous accompagne, vous soutient et vous conseille quand votre enfant a disparu (fugue, enlèvement parental, disparition inquiétante).

Richelle, M. (1977). B. F. Skinner ou le péril behavioriste. Belgique : Pierre Mardaga.

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