Vertus et vices de la comédie sécuritaire

Effets du terrorisme

Les effets d'une attaque terroriste sont de deux types; directs et indirects. Les effets directs sont les victimes, destructions, causés par les terroristes. Ces effets directs sont assez limités, surtout si on les compare à d'autres types de risques. Même les attentats du 11 septembre ont causé aux Etats-Unis moins de morts qu'un mois de décès routiers. Le nombre record de 148 victimes en 2015 en France est équivalent au nombre moyen de personnes foudroyées en France chaque année; il est extrêmement faible par rapport au nombre de personnes qui se suicident chaque année dans notre pays - environ 10 000 - et les décès causés par l'automobile - environ 3000 par an. Perdre un proche dans un attentat terroriste est une tragédie, mais en voir un se suicider est-il moins traumatisant?

Le sentiment de sécurité n'est pas la même chose que la sécurité réelle, pour toute une série de raisons bien identifiées par les psychologues. Nous avons moins peur des choses familières, durant lesquelles nous avons le sentiment d'être aux commandes, et craignons plus les évènements spectaculaires que les risques permanents. C'est pour cela que nous avons plus peur en avion qu'en voiture, que nous sous-estimons les risques de la consommation de tabac ou d'une glissade dans la baignoire, et craignons beaucoup les enlèvements d'enfants par des étrangers (alors que l'essentiel de ceux-ci sont le fait de membres de la famille). Et c'est pour cela que le terrorisme, qui combine toutes les caractéristiques effrayantes - Evènements spectaculaires, absence de contrôle, incursion violente dans la vie quotidienne - nous fait extrêmement peur, plus que ses conséquences directes ne l'exigeraient.

Et cette peur a des conséquences, qui sont les effets indirects, auto-infligés, du terrorisme. Ces effets indirects du terrorisme, issus de notre réaction à celui-ci, peuvent être considérables et dépassent largement les conséquences directes du terrorisme. Par exemple, suite aux attentats du 11 septembre, de nombreux américains se sont déplacés en voiture plutôt qu'en avion; par peur, parce que les mesures de sécurité renforcées rallongeaient trop le temps de trajet, etc. On estime aujourd'hui que la surmortalité routière causée par ces trajets a causé plus de décès que les attentats eux-mêmes. En matière de catastrophe auto-infligée, la guerre en Irak, son coût faramineux et ses dizaines de milliers de victimes, constituent un triste exemple récent; le record de catastrophe auto-infligée suite à un attentat terroriste reste indiscutablement la première guerre mondiale, déclenchée par la réaction de l'Autriche-Hongrie à l'attentat de Sarajevo.

Le théâtre sécuritaire

On appelle théâtre (ou comédie) sécuritaire les mesures de sécurité qui ont un effet marginal ou nul sur la sécurité réelle, mais visent simplement à accroître le sentiment de sécurité; le concept a été défini par Bruce Schneier. Par exemple, depuis les attentats du 13 novembre, un barrage de police a été installé sur l'autoroute Lille-Bruxelles au niveau de la frontière franco-belge. Pour quel effet? Quelle est la probabilité pour des policiers frigorifiés, qui voient passer des milliers de véhicules par heure, de capturer un terroriste à cet endroit? La moindre application de circulation sur smartphone indique la présence du barrage, sous la forme d'un énorme embouteillage. Et à 200 mètres de là à vol d'oiseau, la frontière peut être franchie librement sur des petites routes de campagne, trop nombreuses pour pouvoir être surveillées. De la même façon, la même sécurité aéroportuaire qui sera impitoyable avec votre flacon de shampoing ou votre bouteille de cognac n'empêchera pas un terroriste bien décidé à commettre un attentat d'y parvenir; s'il n'y parvient pas, il commettra son attentat à un autre endroit. Les caméras de surveillance, de la même façon, sont d'une efficacité douteuse pour prévenir les crimes, mais d'une efficacité redoutable pour faire croire aux électeurs qu'on travaille à leur protection. Pendant des années, les militaires qui patrouillaient pour le plan vigipirate le faisaient avec des armes non chargées. Cela a changé, sans que l'on sache vraiment si cela change grand-chose. Regardez autour de vous : les exemples de comédie sécuritaire sont légion.

La comédie sécuritaire ne doit pas être confondue avec les véritables mesures de sécurité, qui sont pour l'essentiel un travail de police mené dans l'ombre, routinier et de longue haleine. Ce travail ne permet pas de répondre à la peur que suscite le terrorisme, qui appelle une action immédiate et visible. Mais il est en pratique difficile de savoir quand on quitte la sécurité réelle pour entrer dans la comédie sécuritaire.

Avantages, et inconvénients

Le théâtre sécuritaire a un avantage: en agissant instantanément, il peut permettre d'éviter que les gens ne modifient trop leur comportement suite à un évènement terroriste. Si le spectacle de la sécurité aérienne est nécessaire pour que les gens surmontent leur peur de l'avion, c'est un moindre mal. S'il faut installer une caméra devant l'entrée de l'école pour que les parents acceptent d'y mettre leurs enfants, pareillement. S'il faut fouiller les sacs à l'entrée des salles de spectacle, mettre des militaires dans les aéroports pour que les touristes reviennent à Paris, c'est peut-être un prix qu'il faut accepter de payer pour que les comportements reviennent à la normale. Après tout, le coût économique de la peur peut lui aussi devenir considérable.

Mais le théâtre sécuritaire a de nombreux inconvénients. Le premier est son coût qui peut devenir prohibitif pour un avantage réel nul. Ce coût devient prohibitif parce qu'une fois que les mesures spectaculaires sont prises, les gens s'y habituent; les retirer apparaîtrait comme inquiétant. De ce fait les coûts s'accumulent sans jamais se réduire, et les ressources qui sont consacrées à cela ne peuvent pas être consacrées à autre chose. Se rend-on compte que le plan vigipirate, conçu initialement pour des circonstances exceptionnelles, est en vigueur depuis près de 20 ans sans discontinuer? Les policiers qui tiennent de multiples barrages routiers aisément contournables ne seraient-ils pas plus utiles ailleurs? On va installer des portiques de contrôle à l'entrée des Thalys, ce qui va en pratique rallonger le trajet des passagers d'une trentaine de minutes. 30 mn multipliées par 6.6 millions de passagers représentent une énorme quantité d'heures gaspillées, pour une mesure facile à contourner par des individus décidés. Ne parlons pas de l'impact sur les libertés individuelles de ce type de mesures.

L'autre inconvénient est de fausser les perceptions des gens, en donnant un sentiment illusoire de sécurité lorsqu'elle n'est pas présente, en perturbant leur vigilance. Ou d'accroître leur inquiétude dans d'autres circonstances. S'il y a des portiques de contrôle dans le Thalys, mais pas dans le TGV, que dois-je penser de ce dernier moyen de transport? Si l'école voisine renonce à sa sortie scolaire mais que celle de mes enfants maintient la sienne, dois-je m'inquiéter?

Remettre le risque à sa place

Il suffit de regarder autour de soi pour constater qu'un terroriste décidé à faire des dégâts, en évitant les mesures de sécurité, n'a que l'embarras du choix. commerces, lieux de spectacles événements sportifs, entreprises, moyens de transport, marchés... Et si vous manquez d'imagination, la culture populaire (combien de films et de livres fondent leur intrigue sur un attentat terroriste majeur) ou les médias ne manqueront pas d'inventer pour vous un scénario machiavélique et impressionnant.

Et pourtant, comparé à cela, il y a relativement peu d'attentats terroristes, beaucoup moins en Europe aujourd'hui que dans les années 70. La raison en est simple : les candidats terroristes ne sont pas si nombreux que cela; réussir un attentat est bien plus difficile que ne le fait croire la télévision;  et les terroristes potentiels ne sont pas très doués. Même des attentats terroristes nombreux ne parviennent pas à perturber durablement le fonctionnement des sociétés qui le subissent, comme le montrent les exemples israéliens ou celui de l'Europe des années 70. La première protection contre le terrorisme, c'est de le mettre à sa juste place, afin d'éviter que ce risque ne nous conduise à des réactions au mieux inefficaces, au pire disproportionnées multipliant les effets pervers : parce que ses principales conséquences sont celles que nous nous infligeons.

Ce propos n'est pas dans l'air du temps, qui est plutôt à l'hystérie, aux coups de menton et aux discours confus. Mais ce dont nous avons besoin, c'est d'améliorer l'efficacité de nos services de renseignement, ce qui ne se fait pas la précipitation et sous le coup de l'émotion; de nous souvenir que notre meilleure protection contre le terrorisme est l'ensemble de libertés et de droits qui rendent nos sociétés flexibles, adaptables, et qui font que notre mode de vie fait rêver infiniment plus de gens qu'il ne crée d'adversaires.

A lire aussi

  • Aucun article
  • http://www.lenrnews.eu/lenr-summary-for-policy-makers/ AlainCo

    Vous avez lu "Beyond fear " de Bruce Schneier ?
    Bonne lecture en tout cas !

  • Muray

    Bonjour,

    Je suis globalement d'accord avec ce
    que vous dites.

    J'aurais juste quelques remarques à
    apporter et quelques questions à vous poser :

    - Je trouve d'abord votre relativisme quelque peu discutable : "Même les attentats du 11 septembre ont causé aux Etats-Unis moins de morts qu'un mois de décès routiers." Les attentats du 11 septembre ont duré une heure. Et puis, si on poursuit votre raisonnement, vivre en tant que tel est angoissant, la vie n'est-elle pas mortelle ? Il y a environ 45 000 morts par mois en France.
    - Par ailleurs, je n'arrive pas à retrouver les chiffres de votre graphique. Je
    suis allé sur la global terrorism database et je ne trouve pas du tout les
    mêmes chiffres (d'autant plus que ça s'arrête à 2013). je ne comprends pas, par exemple, juste pour l'année 1980, comment le graphique donne le chiffre de 410 morts environ... (le plus meurtrier à l'époque fut la gare de Bologne qui fit près de 90 morts), si j'en crois wikipedia (vous allez me dire, y a mieux comme source, mais bon...): https://fr.wikipedia.org/wiki/Liste_d'attentats_meurtriers#1988
    - Deux autres remarques : si on prend juste l'exemple de la France, ce qui est sûr c'est que l'année 2015 dépasse tous les chiffres, en nombre de morts par acte de terrorisme, depuis au moins 40 ans. Ce qui n'est pas négligeable, je trouve, pour expliquer la surenchère sécuritaire.
    - Enfin, je trouve qu'il y a un élément nouveau (ou en tout cas qui se généralise) dans les pratiques terroristes – et qui, du coup, augmente le sentiment de peur : c'est le concept du kamikaze qui était nettement plus rare dans les années 70-80 (on ne prépare pas le même type d'opération terroriste meurtrière si l'on décide de se faire sauter à la fin).

    Merci en tout cas pour vos articles, toujours stimulants.

  • Muray

    Bonjour,

    Je suis globalement d'accord avec ce que vous dites.

    J'aurais juste quelques remarques à apporter et quelques questions à vous poser :

    - Je trouve d'abord votre relativisme quelque peu discutable : "Même les attentats du 11 septembre ont causé aux Etats-Unis moins de morts qu'un mois de décès routiers." Les attentats du 11 septembre ont duré une heure. Et puis, si on poursuit votre raisonnement, vivre en tant que tel est angoissant, la vie n'est-elle pas mortelle ? Il y a environ 45 000 morts par mois en France.
    - Par ailleurs, je n'arrive pas à retrouver les chiffres de votre graphique. Je
    suis allé sur la global terrorism database et je ne trouve pas du tout les
    mêmes chiffres (d'autant plus que ça s'arrête à 2013). je ne comprends pas, par exemple, juste pour l'année 1980, comment le graphique donne le chiffre de 410 morts environ... (le plus meurtrier à l'époque fut la gare de Bologne qui fit près de 90 morts), si j'en crois wikipedia (vous allez me dire, y a mieux comme source, mais bon...): https://fr.wikipedia.org/wiki/Liste_d'attentats_meurtriers#1988
    - Deux autres remarques : si on prend juste l'exemple de la France, ce qui est sûr c'est que l'année 2015 dépasse tous les chiffres, en nombre de morts par acte de terrorisme, depuis au moins 40 ans. Ce qui n'est pas négligeable, je trouve, pour expliquer la surenchère sécuritaire.
    - Enfin, je trouve qu'il y a un élément nouveau (ou en tout cas qui se généralise) dans les pratiques terroristes – et qui, du coup, augmente le sentiment de peur : c'est le concept du kamikaze qui était nettement plus rare dans les années 70-80 (on ne prépare pas le même type d'opération terroriste meurtrière si l'on décide de se faire sauter à la fin).

    Merci en tout cas pour vos articles, toujours stimulants.

    • Vidal De Vela

      Le graphique présente les attaques terroristes en Europe occidentale, ce qui comprend donc des endroits régulièrement exposés aux attentats à l'époque, comme l'Irlande ou le Pays Basque espagnol. Enfin, c'est mon interprétation.

  • Padakhor

    Je ne suis pas sûr que la 2nde guerre d'Irak et la 1ère guerre mondiale soient de bons exemple de catastrophes auto-infligées suite à un attentat terroriste: dans les deux cas, l'attentat n'était qu'un prétexte pour une guerre préparée de longue date. Pas plus que l'attaque d'un poste frontière nazi (par des allemands en uniforme polonais) n'a été la cause de la 2nde guerre mondiale.

  • Olivier Khai

    Canicule de 2003 : 15000 morts en France (de plus que la moyenne habituelle).

  • Nicolas

    Pas mal d'erreurs là-dedans.

    1) Un principe policier de base : ne jamais sous-estimer la bêtise des malfrats. Un barrage routier prévisible ne l'est pas pour tout le monde. Par précipitation ou simple idiotie, un terroriste peut se faire avoir.

    2) Un terroriste décidé peut attaquer un avion ? Ah bon ? L'attentat sur le vol russe en Égypte a été perpétré car Daesh avait clairement identifié des problèmes de contrôle justement... Il n'y a eu aucun attentat réussi en avion depuis le 11 septembre et les nouvelles mesures dans les aéroports, pour l'attentat du vol russe c'était clairement la faute de l’Égypte et de la compagnie aérienne, Daesh l'a dit lui-même...

    3) Même chose dans le train. Un terroriste décidé peut attaquer un train. Ah bon ? Vous avez des exemples ? Ben non, les mesures n'ont même pas été appliquées encore...

    Je suis d'accord que tout ça sont des "faux" sens de sécurité qui peuvent avoir des effets néfastes, mais ce genre de discours est tenu après chaque attentat... C'est un peu un cliché des étapes classiques: on a d'abord des donneurs de leçon sécuritaires, puis des gens comme Villepin qui nous sortent qu'on aurait pas dû aider la Lybie mais qu'en revanche il aurait fallu aider les rebelles syriens (n'importe quoi), et enfin le "oui mais finalement ça fait pas tant de mort que ça, regardez sur les routes !". Oui, et quand les gens meurent sur les routes, on fait quelque chose aussi...

    Et je suis d'accord avec d'autres commentaires : l'Allemagne avait envie d'envahir la France bien avant la première guerre mondiale, et rappelons que l'Irak n'a pas été attaquée à cause du 11 septembre, Bush et son administration ont dû trouver un prétexte, en l'occurrence Saddam et ses fameuses Armes de Destruction Massive...

    • antoine

      1) Ah bon? Chiffres? Combien d'attentats ont été évités par la conjonction "mesure de sécurité objectivement inutile" ET "terroriste stupide"? (j'insiste: il faut les deux conditions). D'ailleurs l'article dit clairement: "Quelle est la probabilité pour des policiers frigorifiés, qui voient
      passer des milliers de véhicules par heure, de capturer un terroriste à
      cet endroit?", cela n'exclut pas d'emblée la possibilité dont vous parlez.

      2) Ce n'est peut-être pas bien formulé dans l'article, mais je pense que vous lui faites dire ce qu'il ne dit pas. Ce qui est dit, c'est d'une part que le contrôle de flacon est dérisoire (i.e. ce n'est pas un facteur déterminant pour empêcher une attaque), et d'autre part qu'un terroriste pourra de toutes façons aller commettre un attentat ailleurs. Le récent attentat contre un avion russe n'infirme aucune de ces affirmations.

      3) Oui, un terroriste peut attaquer un train, il ne le fera peut-être plus dans le thalys, c'est tout. Et si tous les trains sont contrôlés, il ira encore ailleurs...

      Enfin, l'article ne dit pas que l'invasion de l'Irak est une conséquence directe du 11/09. Il me semble néanmoins clair que cela a au moins facilité la chose. Bush a aussi affirmé que Saddam Hussein avait des liens avec Al Quaida, par exemple. Et surtout, les esprits ont été préparé à la guerre.

      • Padakhor

        2) Le fait qu'un terroriste aille commettre son attentat ailleurs ne peut faire baisser le nombre de victimes potentielles. Les mesures de sécurité au Stade de France montrent qu'empêcher l'accès à un lieu bondé et confiné par des kamikazes épargne des vies. On ne peut pas appeler cela une comédie sécuritaire!

      • Nicolas

        Ah dans le 1) ça vous gêne que j'affirme quelque chose sans avoir d'exemple ? Ben c'est exactement ce que tout le monde ressent en lisant votre article. C'est facile d'énumérer de soi-disant vérités diverses après un attentat, mais c'est juste des réflexions de comptoir vite oubliées. Franchement "Même les attentats du 11 septembre ont causé aux Etats-Unis moins de morts qu'un mois de décès routiers." un alcoolo au PMU du coin aurait pu sortir ça...

        Votre idée c'est que "le terroriste ira voir ailleurs". Ben non justement, le but c'est aussi de lui donner un minimum de cibles... Si on concentre la sécurité sur les lieux peuplés et vulnérables (avions, trains etc...) on aura moins de victimes puisqu'un attentat sur un bus ou un tram ou le marathon de Boston par exemple, est moins meurtrier : une foule moins nombreuse/confinée et/ou plus d’échappatoires. Dire donc qu'éviter un attentat quelque part ne changera strictement rien est donc faux. Un mec qui était prêt à attaquer un avion ne va pas subitement passer à autre chose, c'est rarement lui le décideur, fournisseur etc... Le but de ces mesures sécuritaires c'est aussi de surprendre, diminuer les possibilités pour un terroriste en cavale ou en planque... le temps que le service de renseignements, lui, fasse son boulot. Épiloguer sur "oui mais de toute façon s'il attaque pas là il attaquera là" c'est vraiment infondé...

    • jmdesp

      Pour les avions, il y a des mesures très utiles, qui ont déjà été prises après les attentats des années 70, comme interdire le décollage avec un bagage si le passager est maquant (évidemment les attentats suicides rendent cette option un peu moins efficaces, mais justement dans le cas de l'Egypte il semble bien que les responsables n'étaient pas à bord),

      Et ensuite il y a l'idée que si un attentats a réussi il va falloir prendre toute une série de nouvelles mesures, qui elle ont un ratio efficacité / coût très inférieur à celui des mesures qui existent depuis longtemps, voir n'ont quasiment aucune efficacité du tout, comme le dénonce Schneier,

  • Padakhor

    Oui, voir un proche se suicider est moins traumatisant que d'en perdre un dans un attentat terroriste.
    Le suicide est un acte d'expression du libre-arbitre, que l'on peut déplorer mais qu'il faut reconnaître comme un acte de réappropriation de sa propre vie. L'attentat terroriste est un meurtre.
    La différence entre les deux est la même qu'entre un gâchis et un vol.

    • jmdesp

      Vous n'avez jamais perdu un proche dans un suicide. C'est absolument traumatisant, la famille passe des années à se demander ce qu'elle aurait pu faire pour l'aider et lui éviter d'en arriver là, et à se demander aussi pourquoi elle n'a pas su voir sa situation à temps.
      Évidemment pour le terrorisme, on va aussi passer beaucoup de temps à se penser à tout ce qui aurait pu lui permettre d'y échapper, mais l'idée que c'est surtout la malchance qui a joué et que l'on est pas responsable va être dominante par rapport au suicide.

      • Padakhor

        C'est sans doute traumatisant pour les personnes égocentriques qui rapportent tout à elles-mêmes, résumé comme vous le faites "le terrorisme, c'est la faute à pas de chance - on n'est pas responsable donc on s'en remet". Mais pour tout être humain ayant davantage d'empathie envers la victime, le terrorisme est éminemment plus traumatisant.

  • Warry Black

    Cet article propose un point de vue intéressant et argumenté sur les réactions ressenti par la population concernée après un attentat et les moyens mis en place par les pouvoirs publics face à une agression ponctuelle. Néanmoins je trouve dérangeants sa manière de présenter un attentat comme un acte qui semble décorrélé de toute confrontation préexistante et auxquels les états su-réagiraient de manière théâtrale. Les attentats sont des manifestations de conflits, conflits (politiques, idéologiques, géographiques) qui précèdent évidemment l'acte et le font s'inscrire dans une logique d'affrontement. Ils sont revendiqués par des partis, par des pays pour la plupart, et sont organisés. Les réactions étatiques, dont nous ne discuterons pas l'efficacité ou la légitimité ici, traduisent une réaction à ce conflit, que ce soit les opérations militaires ou les mesures de sécurité intérieures.
    En plus il y a une contradiction à dire que les mesures apparentes sont inefficaces et relèvent essentiellement du théâtre, ce qui est vrai je pense et ne les rends pas inutiles pour autant, que n'importe qui de déterminé peut commettre un attentat et puis, dans l'avant-dernier paragraphe, conclure que ce n'est pas si facile en fait.
    "Il suffit de regarder autour de soi pour constater qu'un terroriste
    décidé à faire des dégâts, en évitant les mesures de sécurité, n'a que
    l'embarras du choix. commerces, lieux de spectacles événements sportifs,
    entreprises, moyens de transport, marchés.." "réussir un attentat est bien plus difficile que ne le fait croire la télévision"
    Il faut choisir!

    Par ailleurs, je ne suis pas d'accord sur la fin de l'article. Même si c'est une manière de se rassurer, je ne crois pas un instant que les hommes, traumatisés par un conditionnement peut être, endoctrinés surement, qui commettent ces actes soient stupides, "pas très doué". Sans en faire des génies, ce sont des hommes au même titre que nous qu'il serait trop facile de réduire à des imbéciles qui auraient réussi leur crime par chance ou par manque d'attention de notre part.

  • Yves

    Suite à cet article, j'ai l'impression qu'on peut analyser l'ensemble des activités humaines d'un point de vue uniquement économique. J'ai l'impression qu'il suffit de suivre les intérêts économiques de chaque état/multinationales pour mieux comprendre.

    La sécurité représente des milliards en contrats (sécuriser tous les aéroports, les trains, ...), donc l'attentat semble selon moi avoir un attrait économique, donc même si on sait pourquoi ne pas laisser faire, pour récupérer le jackpot ou gagner une élection ?

    La guerre est une économie à part entière (il suffit de voir nos ventes d'armes et notre budget de la défense). La première guerre mondiale a été discuté par des gros industriels de l'époque qui avait besoin de réduire le coût de la main d’œuvre et la puissance des syndicats (ref: Apocalypse la première guerre mondiale). La guerre d'Irak peut également être vu d'un point de vue économique (ref: Naomie Klein; the Shock Doctrine), mais cela peut faire un débat à part entière. Et l'Occident aime bien engendrer des guerres dans des pays qui ont de très grandes richesses naturelles (il suffit de s'intéresser aux guerres du Moyen-Orient, du Mali, de la RDC, du Congo Brazaville, ...)

    Donc j'ai l'impression que finalement la question qu'on ne se pose juste pas et que des dirigeants et patrons d'entreprise se posent: à combien évalue-t-on la vie humaine, en terme de dollars ou euros bien entendu ?

  • 4k5x

    Article d'une stupidité étonnante. Si on regarde l’île de France il y a eu 39 morts l'année dernière du aux accidents de la route, homicides: 101 l'année dernière, et donc le terrorisme dépasse 150 morts cette année. Bref oui il y a de quoi s'inquiéter. Ou alors il est stupide de comparer des statistiques d’événement qui suivent des probabilités de la forme lois normale : accidents de la route, homicide non terrorisme, face à des événements dont la probabilité suit des lois de Dirac, type Black Swan.
    Il faut aussi noter que le terrorisme impacte bien plus le tissu social que les accidents de la route. Bref ce genre d'article prouve une profonde incompréhension de la société et des statistiques.

  • Weber

    Le propos est censé, mais l'argumentation discutable, comme le pointe 4k5x.

    Il est clair que l'économie réduite à la statistique constitue un cadre théorique bien trop étriqué pour parvenir à penser certains aspects de la réalité, et l'évaluation de l'efficacité opérationnelle des mesures des police en fait partie.

    D'ailleurs, c'est par un même recours à des statistiques que le Gouvernement justifie des pratiques que l'auteur de ce billet, alexandre, ne manquerait probablement de dénoncer, tant elles sont inefficaces, voire contre-productive.

    Il n'en reste pas moins rassurant de constater que d'aucuns s'insurgent contre l'inflation des moyens de l'Etat en matière de police, dès lors qu'elle ne vise pas à résoudre des dysfonctionnements gravissimes dont les attentats sont les symptômes, mais à servir de la basse politique ou du délire autocratique, voire un mélange des deux.

  • Thierry Goffin

    Et encore, on n'a oublié de parler des 73.000 morts pour cause de tabac en France (source INEPS) ... dont 10% de fumeurs passifs (source OMS). Et à part les médecins qui en parlent, je n'ai pas encore lu ou entendu mettre ce chiffre hallucinant en regard des décès dus au terrorisme classique et terrorisme suicidaire. Ce dernier est à mon sens l'exemple flagrant pour lequel il s'agit bien de comédie sécuritaire qui empoisonne le quotidien des citoyens; demandez aux "frequent flyers". Il aura eu un impact cruellement négatif sur l'économie et son cortège d'effets pervers pour nos vies personnelles.
    Mais comprenez-moi, si je ne suis pas fumeur, je ne suis pas pour l'interdiction du tabac. Cette comédie sécuritaire prouve à quel point nous avons perdu le goût d'une certaine fraîche liberté qui avait prévalu pendant le léger mois de Mai en 1968. Le message crié avec force était alors, "Il est interdit d'interdire". Cette liberté délice qui nous fait accepter que nous sommes mortels, que l'issue est inéluctable et que comme l'écrivait l'auteur Coelho, ce n'est pas la destination qui importe, mais le voyage. Carpe diem! La lecture intelligente des statistiques devraient nous permettre d'enlever au terrorisme son seul atout, la terreur.