En attendant Trump, Netanyahou résiste

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Comme après le vote au conseil de sécurité de l’Onu, le premier ministre israélien s’est indigné des remontrances du secrétaire d’Etat américain John Kerry. Face aux pressions répétées de Washington et la perspective d’une conférence de paix à Paris, « Bibi »n’a qu’une hâte: l’investiture de Donald Trump à la Maison Blanche.

Un discours fleuve de 70 minutes consacré au règlement du conflit israélo-palestinien. Au terme d’un mandat de quatre ans au service de l’administration Obama, d’incessantes navettes entre Jérusalem, Ramallah et parfois Amman, John Kerry avait à coeur d’exprimer sa frustration. Tel un héritage politique inachevé, le secrétaire d’Etat américain a tenu à rappeler sa vision, à défaut d’avoir été en mesure de rapprocher les protagonistes. Une interrogation subsiste: n’était-il pas trop tard pour le faire, à trois semaines de la passation de pouvoir avec les Républicains ?

Dans les faits, le plan Kerry ne diffère pas des grands principes de la diplomatie internationale, du Quartet en particulier, et s’appuie sur un retour aux frontières de 1967, agrémenté d’échanges de territoires qui permettront l’intégration des grands blocs de colonies israéliennes en Cisjordanie. Jérusalem, sempiternelle pierre d’achoppement des négociations, ne sera reconnu capitale de l’Etat hébreu que dans le cadre d’un accord de paix qui accordera le même statut à la ville sainte pour les Palestiniens. Autrement dit, une capitale pour deux peuples!

L’allocution de John Kerry n’a pas apaisé la colère de Benyamin Netanyahou, moins d’une semaine après le vote de la résolution 2334 par le conseil de sécurité des Nations Unies, sommant Israël de mettre fin aux constructions en Cisjordanie et à Jérusalem-Est. En choisissant de s’abstenir au lieu d’appliquer leur droit de veto, les Etats-Unis ont déclenché l’ire des responsables israéliens qui s’estiment trahis par leur plus fidèle allié. D’aucuns y voient la signature du président sortant, Barack Obama, suspecté de chercher à régler ses comptes avec Benyamin Netanyahou.

Sans tarder, le chef du gouvernement israélien a dénoncé un discours « biaisé », réaffirmant que son pays n’avait pas à recevoir de leçons de la part de dirigeants étrangers. Il estime aussi qu’au moment où le Moyen-Orient est à feu et à sang, la « seule démocratie de la région » devrait être épargnée par les critiques. Après avoir sermonné les ambassadeurs des pays ayant approuvé la résolution onusienne, reportée sine die la visite en Israël du premier ministre ukrainien Volodymyr Groïsman, annulé une rencontre avec la Première ministre britannique, Theresa May, Benyamin Netanyahou poursuit sa croisade contre la communauté internationale.

Décrié par une partie de la classe politique israélienne, y compris par des membres de son parti, le Likoud, qui lui reprochent sa réaction excessive, « Bibi » s’estime protégé par l’investiture prochaine de Donald Trump. Sur Twitter, le nouveau président américain a d’ailleurs appelé Israël à « rester fort », laissant entendre que les choses changeraient prochainement, en particulier à l’ONU qu’il considère « très injustement » hostile à l’Etat hébreu.

Reste que quelques jours avant son installation à la Maison Blanche, une ultime épreuve attendra Israël : la conférence de Paris. Comparée au « procès Dreyfus » par le tumultueux ministre de la Défense Avigdor Lieberman, ce sommet programmé le 15 janvier risque d’accentuer un peu plus la pression sur le gouvernement de Benyamin Netanyahou. Avec le discours de John Kerry qui a officialisé sa participation à l’évènement, cette conférence de paix suscite désormais un vif intérêt.

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