La BD de la semaine : "L'Exécuteur", trilogie cynique, violente et indispensable

Inédit en France, L'Exécuteur, histoire en trois tomes d'une chasse à l'homme organisée par un cercle de notables, traverse enfin la Manche grâce à la perspicacité des éditions Delirium. Un chef d'œuvre méconnu de la bande dessinée britannique, signé par l'auteur de A History of Violence, dont vient de paraître le dernier opus.

Ça parle de quoi ?

En pénétrant de force dans le cabinet d’un psychiatre, Harry Exton ne cherche pas à se soigner mais plutôt à se confesser. Ancien soldat puis mercenaire, cet homme au physique imposant est désormais embrigadé dans une histoire qui le dépasse. Un jeu grassement rémunéré mis au point par des hommes influents dans lequel s’affrontent leurs "exécutants", tous tueurs professionnels. Harry est désormais l’un d’eux, manipulé par un homme dont il ne connaît que la voix et avec lequel il communique par téléphone. Une voix qui lui ordonne de survivre à des sortes de battles royal où les participants, à défaut de s’entretuer, recueillent des marqueurs (un doigt coupé de leur victime) pour prouver leur victoire.

Pourquoi on adore

Publié initialement dès 1992 dans 2000 AD, une revue britannique de science-fiction et de fantastique désormais culte, ce thriller brut et noir publié en France aux éditions Delirium en trois parties n’a pas pris une ride. Button Man (le titre original de l’œuvre) n’a rien a envié à Judge Dredd, l’autre série mythique publiée quinze ans plus tôt par John Wagner, figure emblématique de la scène comics outre-Manche, également derrière le scénario de A History of Violence, adapté au cinéma en 2005 par David Cronenberg.

Comme son héros Harry Exton, le lecteur est vite happé par ce jeu malsain imaginé par une poignée d’hommes en mal de sensations fortes. Froid, calculateur et surtout redoutablement plus intelligent que ceux qu’il affronte, Harry s’impose rapidement comme l’un des meilleurs "exécutants" employés par le cercle. Mais il va vite se retrouver pris au piège de ce jeu qu’il ne peut plus quitter.

Après Le Jeu mortel, le premier tome, sorti il y a tout juste deux ans, qui exposait le jeu et ses protagonistes au Royaume-Uni, La Confession nous entraîne aux Etats-Unis où la tension monte encore d’un cran, Harry devenant également traqué par ceux qui l’emploient. Dans Les Proies, le troisième et dernier tome sorti en mars dernier, on retrouve Harry, retiré des affaires et contraint une dernière fois de faire le ménage pour espérer trouver enfin la paix. Trois tomes au scénario parfaitement maîtrisé, porté par les dessins ultra réalistes signés Arthur Ranson qui donnent aux planches aux couleurs délavées un ton et une froideur inédite. Un style graphique très marqué par les années 90 qui, bizarrement , n'a pas du tout vieilli et qui se révèle d'une redoutable efficacité dans les découpages de ses scènes violentes. C'est à se demander comment cette trilogie a pu rester si longtemps ignorée en France.

Depuis 2012, c’est le réalisateur danois Nicolas Winding Refn (Drive, Only God Forgives, The Neon Demon) qui est pressenti pour adapter le premier tome de L’Exécuteur au cinéma, mais le projet semble malheureusement être en stand-by.

C’est pour vous si…

Vous faites partie de la grande communauté de joueurs accro à Fortnite (ou à PUBG), si vous aimez les polar hard-boiled façon Ed Brubaker (dont on a fait les louanges récemment, ici et ). Et si vous ne voulez pas passer à côté d’un des grands titres de la BD britannique, impeccablement édité par Delirium qui publiera bientôt la nouvelle série inédite de Richard Corben, un autre grand nom de la BD noire, américaine cette fois, dans une édition intégrale ultra limitée grâce à une campagne de financement participatif réussie.

L'Exécuteur, série terminée en trois tomes, de John Wagner (scénario) et Arthur Ranson (dessin), éd. Delirium, comptez une centaine de pages et 20 à 24 euros par tome.

 

A lire aussi