Les retraites des députés moins avantageuses qu’avant. Vraiment ?

A l’assemblée nationale, il y a un sujet sensible, épidermique, la retraite des députés ; “C’est un sujet qui ne me concerne pas” , élude Bernard Accoyer, député LR, de Haute-Savoie. “Allez vous faire foutre”, s’insurge Jacques Myard, député LR des Yvelines. Mais pourquoi tant de haine ? Les députés affirment avoir fait des efforts pour réduire les avantages de leurs retraites. Vraiment ?

Les députés ont réformé leur système de retraites en 2010. Mais elle reste toujours très avantageuse. La durée et le taux de cotisation sont plus favorables que ceux du régime général. Un parlementaire cotise 31 ans pour avoir une retraite à taux plein. Quand le salarié, lui, doit cotiser plus de 40 ans. Le député Alain Chrétien a accepté de nous dire ce qu’il touchera à sa retraite, grâce à ce nouveau système, s’il ne faisait qu’un mandat. Il a demandé à l’assemblée nationale de faire le calcul : “Au bout de 5 ans de cotisations, je vais toucher 1000 euros de retraite, alors que certains français vont travailler 40 ans, pour toucher ces 1000 euros de retraite. Donc il y a une vraie différence”

Mais de combien, la différence, exactement? Antoine Bozio, économiste spécialiste des politiques publiques, l’a calculée pour nous. Comparons avec une retraite dans le privé, à salaire égal, un peu plus de 7000 euros bruts, sur 5 ans de cotisations. Que toucherait le salarié ? 542 bruts, c’est deux fois moins que le député. L’explication ? C’est l’employeur, l’assemblée nationale, qui cotise plus pour la retraite du député, que ne le fait une entreprise pour son salarié.

Certains députés sont encore plus avantagés

Près d’un 1 député sur 10 bénéficie encore de l’ancien régime. La réforme n’est pas rétroactive. René Dosière, député PS de l’Aisne, par exemple. Il aura une retraite à taux plein, en ayant cotisé seulement pendant 22,5 ans. Il touchera une retraite de... 6329 euros brut ! Tout à fait normal, selon lui : “Il a fallu que je consente des sacrifices importants pour être parlementaire. Et donc il est tout à fait légitime qu’à ce titre là je puisse avoir cette retraite”. 

Et pour défendre leur régime de retraite, les députés à droite comme à gauche multiplient les arguments : “Nous les 35 heures, on les fait en deux jours”, se justifie Patrick Ollier, député LR des Hauts-de-Seine. Pour Razzy Hammadi, député PS de Seine-Saint-Denis : “député, c’est pas un boulot”. Quant à Thierry Mariani, député LR des Français de l’étranger : “Si c’est un régime totalement comme les autres, vous n'aurez que des fonctionnaires comme députés”. Ce régime spécial des retraites risque d’être avantageux encore longtemps. Ce sont les députés qui fixent leurs propres règles.

 

Publié par L’Œil du 20 heures / Catégories : Non classé

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