Merci M. Miyazaki

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Il a un nom imprononçable et travaille à l'autre bout du monde, mais il fait partie du vôtre. Hayao Miyazaki, 72 ans, maître de l'animation japonaise, prend sa retraite. Vous avez sûrement montré l'un de ses dessins animés à vos enfants et, vous ne le savez peut-être pas, mais il vous suit depuis votre enfance.

C'est à lui qu'on doit les meilleurs épisodes de Sherlock Holmes et vous avez certainement croisé Conan, le fils du futur dans le Club Dorothée, capable, entre autres, de tuer un requin pour sauver son amie Lana.

Bref, s'il fait partie de ma vie depuis longtemps, j'ai gravé son nom dans ma mémoire le jour où j'ai vu Princesse Mononoké. J'avais trouvé l'homme idéal : il cumulait goût du merveilleux, force des convictions, romantisme total.

Alors qu'on nous rebat les oreilles depuis vingt ans avec Le Roi et l'oiseau, soi-disant chef-d'œuvre français, j'ai découvert une façon magnifique de raconter les histoires, très différente de ce que fait Disney, et d'une efficacité stupéfiante. Un monde merveilleux s'ouvre dans chaque film, d'une originalité sans cesse renouvelée. Qui peut se targuer d'inventer un hydraviateur transformé en cochon, des petits esprits de la forêt à la tête tournante ou encore un poisson magique qui choisit de devenir petite fille par amour ? Cerise sur le gâteau, les héros de Miyazaki sont souvent des filles. Pas des princesses, mais des héroïnes responsables, capables de faire bouger les lignes, de se battre pour elles-mêmes et pour les autres plutôt que de se contenter d'être belle, de chanter et d'être sauvée par un prince charmant (suivez mon regard).

Chez Miyazaki, un tsunami, la recherche d'un mystérieux animal dans la forêt ou une petite sorcière qui ne parvient plus à faire décoller son balai, c'est déjà une histoire passionnante qui mérite d'être racontée avec tous les détails nécessaires. Il nous dit que tout peut devenir une aventure et le soin qu'il apporte à la musique et la bande-son en général (bruits de la nature, choix des voix pour les enfants) la transforme en épopée. Peu importe s'il y a beaucoup d'herbe qui ondule, de maisons alsaciennes et toujours quelque chose de l'Europe des années 30.

Plusieurs fois, mon cinéaste préféré a déjà annoncé qu'il raccrochait. Mais il a toujours fini par reprendre un crayon. Je ne désespère donc pas qu'il m'offre encore quelques films inoubliables.

Depuis ma découverte de Princesse Mononoké, j'ai renoncé à séduire monsieur Miyazaki et j'ai rencontré le père de mes enfants. S'ils n'ont pas encore regardé l'angoissant Voyage de Chihiro, ils connaissent et adorent ses autres films. Alors ne laissez pas les vôtres passer à côté de cette magie. Dix ans plus tard, je continue de rejoindre les monstres sur le canapé quand ils commencent un Miyazaki. Je resterai toujours un peu amoureuse de Hayao.

Publié par Emma Defaud / Catégories : Actu

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