Virus Ebola : le retour de la peur

Une combinaison sanitaire portée par les membres de Médecins sans frontières auprès des malades d'Ebola, présentée lors d'une conférence de presse à Paris, le 18 septembre 2014. (MAXPPP)

Avec le rapatriement sur le sol français d'une volontaire de Médecins Sans Frontières, contaminée par le virus Ebola, la France renoue avec la peur. La vraie, l'absolue,  celle de la propagation d'une large pandémie qui tuerait tout le monde sur son passage. On pourrait penser que l'épisode de la grippe H1N1, nous avait vaccinés contre cette émotion primaire. Mais non, cette peur-là, que tout le monde occidental  connaît régulièrement, peut revenir et Ebola est la maladie "rêvée" pour la véhiculer.

Si l'on avait fait un sondage, pour savoir si l'on devait ramener, ou non, dans un hôpital français notre compatriote malade, une  majorité de mes concitoyens auraient peut-être crié "non ! Qu'elle reste en Afrique !" Ils mettraient en avant le fameux principe de précaution, mis un peu à toutes les sauces,  et accessoirement, rappelleraient le fait que cette pauvre malheureuse l'a bien cherchée. Vous imaginez,  "bénévole et par dessus le marché, pas n'importe où , en AFRIQUE ! Dans ce continent  de misère, terre de toutes les bestioles effrayantes et de maladies aussi inconnues que dangereuses".  Ah c'est sûr, le café du commerce ne fait pas dans la dentelle et le sentimentalisme. Dans l'absolu, le virus Ebola (qui pourrait remplacer avantageusement le loup dans les contes pour enfants) traduit finalement une peur de l'immigration poussée à son paroxysme. "Non, seulement, ils nous envahissent mais en plus, ils nous contaminent !"

Rassurons-nous, toutes les mesures de précaution ont été prises et l'hôpital militaire Bégin, situé hors de Paris, à Saint-Mandé précisément, est un lieu totalement sûr. Et même un vaccin expérimental - et efficace ! - , providentiellement conçu en laboratoire, a été injecté à la patiente. Nous pouvons dormir tranquilles. Et la bande originale du film Alerte ! ("Outbreak" en anglais), clinique et anxiogène à souhait (avec des réminiscences africaines), n'est donc pas (encore ?) d'actualité pour nous accompagner musicalement vers un désastre planétaire. Datant de 1995, le film y parlait déjà de catastrophe sanitaire mondiale et du virus Ebola. Mais rebaptisé Motoba. Vous plaisantez, le mot "Ebola", ça fait vraiment trop peur !

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