Les "amoureux de la France" sont-ils au FN ?

Il pourrait être question d’amour avec le FN, plus exactement de convoitise, de drague mais aussi de divorce politique comme l’atteste l’épisode récent de la rupture entre Florian Philippot et Marine Le Pen. Dans l’histoire des droites, on peut donc s’adresser aux « amoureux ». La présidente du Front national l’a fait à plusieurs reprises. Par exemple, quelques heures après lʼannonce des résultats du premier tour de la présidentielle en avril 2012, elle déclare : « Ce premier tour est le commencement dʼun vaste rassemblement des patriotes, des amoureux de lʼexception française. La bataille de France ne fait que commencer ». Puis, au moment de la crise qui l’oppose à son père, Marine Le Pen écrit dans une lettre datée du 19 juin 2015 et adressée à ses adhérents ce qu’elle souhaite : à court terme, dans le cadre de la révision des statuts du FN, supprimer la présidence d’honneur du FN. Et, dans une perspective plus longue, « faire du Front National l'instrument le plus performant au service des patriotes et des amoureux de la France afin d’arracher notre pays à la désolation, au déclin, voire à la disparition ». Les « amoureux de la France »… Les mots sont lâchés. Ils sont utilisés aujourd’hui pour occuper et convoiter un espace entre le FN et Les Républicains.

Ce 25 octobre, Nicolas Dupont-Aignan (Debout la France) et Jean-Frédéric Poisson (Parti chrétien-démocrate) sont entourés de la députée de l’Hérault (élue avec le soutien du FN) Emmanuelle Ménard, de l’ancien député LR (2007-2017) Nicolas Dhuicq, du sénateur de la Moselle Divers droite Jean-Louis Masson et de l’ancien responsable du FNJ Julien Rochedy pour lancer la plate-forme participative d’union des droites, « Les Amoureux de la France », présentée comme une association indépendante de tout parti politique avec ce leitmotiv : « Le pays avant les partis ! » Un message de soutien de la porte-parole du Mouvement pour la France est lu par Véronique Besse. Il s’agit, comme on l’entend ici et là, de se rassembler, de reprendre la maitrise des idées, de s’intéresser d’avantage au fond qu’à la politique politicienne et aux partis, bref de construire et de mettre en commun un programme, « de discuter et de travailler avec tout le monde » rapporte Emmanuelle Ménard.

Nicolas Dupont-Aignan affiche une certitude : les électeurs de droite attendent une grande coalition et « personne ne gagnera seul ». Le président de Debout la France veut être dans cette histoire le rassembleur, celui qui a « débloqué un verrou » en apportant son soutien à Marine Le Pen pour la présidentielle de 2017. Alors, une union entre le FN et LR serait-elle possible ?

FN - LR

En face, pour l'instant, on campe sur sa position, à savoir aucune alliance. Invité du « Grand Jury » RTL/Le Figaro/LCI ce dimanche, Laurent Wauquiez le confirme : « Tant que je m'occuperai de notre famille politique, aucune alliance ne sera faite avec des élus du FN. Cette position n'est pas négociable ». En même temps, le probable futur président de LR fait sienne des méthodes de ses ainés. Le jour-même du lancement des « Amoureux de la France », il organise son premier meeting à Mandelieu-la-Napoule dans le département des Alpes-Maritimes. Certains de ses propos reprennent des thématiques chères au FN dans ce territoire où les électeurs de Marine Le Pen sont réceptifs : « On a érigé toute une série de sujets en tabous : la nation, l'immigration massive, l'identité, la lutte contre l'islamisme. Je ne lâcherai rien. (….) Ce n'est pas à la France de s'adapter à l'étranger, c'est à l'étranger de s'adapter à la France ! » », dit-il, entre autres. La stratégie et le but n’ont rien de nouveau : (re)séduire les électeurs à droite de la droite et ceux du FN.

En pleine « refondation », le FN  n’est pas non plus en grande forme. Marine Le Pen s’est toujours positionnée contre une quelconque alliance avec la droite. Son ambition était de faire du FN une grande formation politique installée sur les décombres de cette famille politique. C’est à ce moment que la question des alliances se seraient posées. Elles auraient été négociées par un parti lepéniste en position dominante avec une droite disloquée et recomposée à partir des lignes de forces frontistes. « L’union des droites, ce n’est pas possible, c’est un rêve » expliquait la présidente du FN dans un entretien au Monde en septembre 2016 et de continuer : «  Il y a une différence de nature entre les dirigeants de LR et nous. Nous sommes radicalement différents sur l’économie, sur l’Union européenne. Il n’a jamais été question d’un accord avec la droite, il n’y en aura pas. » Quelques mois plus tard, elle affichait le même positionnement : « L’union des droites est un fantasme réducteur. J’ai 48 ans et ça fait quarante ans que j’en entends parler. Le problème des gens qui défendent cette idée, c’est que la droite refuse de s’allier avec nous. Or, même sous les socialistes, il faut être deux pour se marier ! (Causeur, janvier 2017) ». Mais ça, c’était avant… La présidentielle et les législatives sont passées par-là. Florian Philippot est parti. Marion-Maréchal Le Pen, elle aussi, s’en est allée. En début d’année, l’ancienne députée du Vaucluse disait à voix haute son désir de créer un « grand parti conservateur » basé, entre autres, sur une union des droites. Pas n'importe lesquelles ; plutôt cette droite hors les murs, celle située entre le FN et Les républicains. L’ancienne députée du Vaucluse affirmait que la « la condition de la victoire de Marine Le Pen sera l’alliance du peuple de droite au sens large, des classes populaires au sens large, avec une partie de la droite conservatrice incarnée notamment par ce que l’on qualifie de droite hors-les-murs et de personnalités comme Philippe de Villiers. L’enjeu principal de cette campagne est de réussir précisément à briser l’isolement et à ramener à nous un certain nombre de personnalités de droite ».

Depuis trois ans, Robert Ménard entend impulser « ce grand mouvement conservateur dont la France a besoin ». D’autres tentatives se sont concrétisées avant celle du maire de Béziers comme le réseau l’Avant-Garde de Charles Beigbeder, Christian Vanneste et Charles Million (partisan de ce rapprochement aux temps de Jean-Marie Le Pen), ou, encore, celle plus récente, du collectif « Vos couleurs ! » à l’origine d’un « appel à l’union des droites avant qu’il ne soit trop tard » mis en circulation en septembre 2016.  Le contexte peut-il influer ? Cela fait un bon moment que plusieurs murmurent qu’une potentielle victoire ne peut s’obtenir qu’au prix de l’ouverture. En juin dernier, l’ancien député LR Thierry Mariani expliquait dans Minute que la gauche, « a gagné lorsque François Mitterrand a su casser le tabou de la non-fréquentabilité du PCF. Je pense qu'on n'en est pas du tout là encore mais si, un jour, la droite veut gagner les élections, je dis que nous avons deux ans d'ici aux européennes pour faire en sorte que les gens qui partagent les mêmes valeurs, sans excès mais sans mollesse, puissent se retrouver. (...) Le danger en France, aujourd'hui, ce n'est pas le Front national, c'est l'islamisme. Il faut regarder les évolutions des uns et des autres, les personnalités, et commencer au moins à discuter ensemble ».

Lui aussi l'a répété plusieurs fois à Marine Le Pen. La « vraie dédiabolisation » du FN, dixit l’ancien président du Siel (Souveraineté, Identité et Libertés) Paul-Marie Coûteaux, passe par des « liens avec des personnalités et des groupes de la droite ‘’classique’’ comme Dupont-Aignan, Villiers ou la nébuleuse de la Manif pour tous ». Aujourd’hui, au sein du FN, certains ne rejettent plus l'idée. Certes, Louis Aliot estime que « l'avenir » de son parti est de progresser « sur les décombres de ce que l'on appelle encore la droite, mais qui ne l'est plus ». Et le vice-président du FN de préciser que son parti participe « dans l'esprit » à la plate-forme d'union des droites. La suite de l’histoire ? Une surenchère dans les propos des président(e)s de LR et du FN avec, chacun de leur côté, la mise en avant des fondamentaux. Il s’agit de se démarquer et, en ce sens, de faire la différence au sein des droites françaises… même si entre elles, la contamination est datée.

Les histoires d’amour en politique finissent comment ? « Les Amoureux de la France » en est à ses balbutiements. Et pour ses protagonistes, ce pourrait bien être les participants à cette initiative - le « peuple » comme ils disent - qui de par leur nombre impulseraient Marine Le Pen et Laurent Wauquiez vers cette union. « La politique part de la base » revendique l'association tout en soulignant les premières données chiffrées : plus de « 400 000 avis en 24h ! » Et puis le compteur grimpe : « Déjà 500 000 avis » le 27 octobre ! À savoir la mise en ligne de 300 questions où chacun apporte ses réponses. Nicolas Dupont-Aignan affiche son optimisme tout en revendiquant une attente commune qui pourrait être comblée par cette création. De son côté, Christian Vanneste revient sur l'intitulé : « On pourra reprocher au titre son caractère mièvre ou fleur bleue qui n’est peut-être pas à la hauteur des enjeux » remarque le président du RPF (Rassemblement pour la France) et de la Droite libre. Cet ancien du RPR et de l'UMP continue ainsi, tout en insistant sur le dénominateur commun  : « Il y a là, sans doute, la triple volonté d’être dans le ton de l’époque, de ne pas faire peur en affichant le moindre extrémisme et de rester ouvert. Néanmoins, les amoureux ne doivent pas être langoureux mais déterminés. Certes, la France a de beaux restes, mais ils sont menacés, et on ne peut minimiser les dangers (…) Il faut se garder d’une illusion. L’immigration y joue un rôle essentiel ». Le point nodal est là.

 

 

 

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  • Bastien

    Je ne pense pas que le FN soit "amoureux de la France", donc ses adhérents non plus. Il sont addicts à une France rabougrie, raciste, se refermant comme un fœtus dans du formol. Ce n'est pas ça, aimer la France