Classe éco noël : ai-je acheté le bon sapin pour sauver la planète?

Monsieur Classe éco,

Lorsque je suis allé acheter le sapin de noël, le vendeur du magasin de bricolage m'a convaincu d'acheter un sapin artificiel, en me disant que "c'est meilleur pour la planète que d'arracher un arbre". Mais quand je suis rentré à la maison, mon épouse m'a passé un savon en me disant qu'au contraire, les sapins naturels sont des puits à carbone, qu'ils sont compostés après usage, que cela crée des emplois dans le Morvan, et qu'ils sont donc meilleurs pour l'environnement que des sapins en plastique fabriqués en Chine et transportés sur de longues distances. Je n'y comprends plus rien à toutes ces histoires d'environnement. Qu'en est-il exactement?

Nicolas de M., Lorraine.

Cher Nicolas,

Vous n'êtes pas le seul à trouver la question de l'impact environnemental de vos actions invraisemblablement compliqué. S'intéresser au sujet aboutit à des résultats souvent contre-intuitifs, dans lesquels les impacts dépendent de facteurs auxquels on ne pense pas. Par exemple, dans vos chocolats de noël, l'impact environnemental le plus grand ne vient pas des fèves de chocolat qui proviennent de l'autre bout de la planète, mais plus probablement du lait des vaches du pré voisin. Les fleurs acheminées par avion du Kenya sont bien moins émettrices de carbone que les fleurs élevées sous serre chauffée par les agriculteurs locaux. Même le choix entre prendre l'autobus ou la voiture pour aller travailler n'est pas évident.

Qu'en est-il du sapin de Noël? un quart des ménages français en achètent un cette année, et 80% d'entre eux achètent un sapin naturel. Aux USA, c'est l'inverse, une large majorité préfère le sapin artificiel. Les deux principales études sur l'impact environnemental des sapins de noël montrent la difficulté de l'évaluation. En effet, s'il est exact que le sapin naturel a probablement un impact environnemental moins important que le sapin artificiel (dont la production, en plastique et en aluminium, est intensive en émissions de carbone) un sapin artificiel peut s'utiliser plusieurs années de suite. La question est donc celle d'un effet de seuil : au bout de combien d'années d'utilisation d'un sapin artificiel compense-t-on plusieurs années consécutives d'achats de sapins naturels?

La réponse dépend du mode d'utilisation du sapin de noël tout au long de sa durée de vie. Si vous brûlez votre sapin naturel dans la cheminée après usage, l'impact carbone est bien plus grand que si vous le faites composter, et encore plus si vous le replantez. Par ailleurs, l'impact environnemental ne s'arrête pas aux émissions de gaz à effet de serre; certains sapins naturels vont consommer de l'eau pendant leur utilisation (surtout ceux que vous avez l'intention de replanter ensuite). Sur un scénario médian d'utilisation, une étude canadienne concluait qu'un sapin artificiel générait moins de gaz à effet de serre que des sapins naturels achetés chaque année au bout de 20 ans d'utilisation.

Mais cela dépend considérablement du scénario d'utilisation. En réalité, l'impact environnemental principal d'un achat de sapin de noël n'est ni la production, ni l'acheminement jusqu'au point de vente; c'est le trajet fait en voiture entre le point de vente et son domicile par l'acheteur. C'est en fait assez logique; même artificiels et produits à l'autre bout de la planète, les sapins seront ensuite acheminés en gros volume; en transporter un seul dans une voiture de plus d'une tonne sur quelques kilomètres est infiniment plus polluant. Dès lors, si vous habitez à plus de 16 kilomètres du lieu de vente (au lieu de 5 kilomètres dans le scénario de l'étude canadienne) le sapin artificiel l'emporte dans quasiment tous les cas de figure; évidemment, si vous achetez votre sapin à l'occasion d'un trajet en voiture que vous auriez fait de toute façon, le calcul devient différent.

Si vous cherchez donc des arguments à faire valoir auprès de votre épouse, insistez sur le fait que vous garderez le sapin artificiel plusieurs années pour l'amortir. Si la conversation devient vraiment très acide, vous pourriez lui dire que l'impact environnemental du sapin n'est rien à côté des multiples visites de votre belle-mère à la maison, mais je ne vous le conseille pas; l'esprit de noël, c'est plutôt la réconciliation familiale. Dites plutôt à votre épouse que pour compenser l'impact carbone, vous avez pris la bonne résolution d'aller au travail en vélo plus souvent (il suffit d'y aller pendant trois semaines pour compenser l'impact carbone des fêtes de noël, visite de belle-maman comprise) et de manière générale, de vous remettre au sport. Voilà des arguments qui pourraient vous valoir des fêtes apaisées.

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  • claude

    si c'est pour dire que le plastique n'a qu'un impact co2, sans prendre en compte la pollution environnementale totale, c'est bâcler son article et faire du vent pour y placer des mots, désoler je ne partage pas cette vue simpliste, car si le sapin ne génère pas de cancer le plastique, oui.....

  • amandree0

    Le meilleur sapin c'est encore l'absence de sapin !!!!
    Pourquoi absolument vouloir intégrer un arbre (naturel ou plastique) à la décoration de son intérieur ?
    La plante verte qui trône toute l'année dans le salon pourrait, si on ne peut s'en passer, être décorée le temps de la période de fêtes ?