A propos de la dernière guerre à Gaza

Titre: Semer le doute, récolter des spins (interprétations erronées).
 
Par Yizhar Beer
Date de publication : 3/2/2009
 
A ce jour aucune preuve n'a été donnée que les Palestiniens ou les Israéliens sont responsables des missiles tirés sur la maison du médecin de Gaza Al Eich qui ont tué ses filles. Malgré cela, la première chaîne, la deuxième chaîne et le quotidien Yediot Aharonot adoptent chaleureusement cette version   
 
Alors qui donc, a bien pu tirer le missile ?
 
Nous le savons tous : les soldats israéliens ne tuent pas d'enfants.
 
Conclusion
 
Actuellement des photos sont diffusées par courrier électronique sur des listes de diffusion à un public toujours plus nombreux. Voici le titre de l'article : "Voilà ce qu'on a trouvé dans la maison du partisan de la paix et du dialogue, le médecin de Djabalia qui parle hébreu."
 
L'une de mes connaissances, fidèle consommatrice des médias israéliens, m'a demandé conseil. Comment faire pour informer la BBC que les filles du médecin ont été tuées par des tirs du Hamas ? La première chaîne a en effet déclaré qu'on a extrait du corps de la fillette des éclats d'une fusée Grad, m'a-t-elle dit.
 
L'opinion publique israélienne, en cet hiver 2009, après une guerre qui a bénéficié d'un consensus quasi unanime est pleine de d'images, de croyances et de rumeurs qui semble-t-il ont été forgées délibérément. Si l'on procédait à une enquête au hasard on trouverait que plus de gens qu'on pourrait s'y attendre sont persuadés par exemple que c'est le Hamas qui a tué les filles du médecin de Djabalia parlant hébreu. En fait ce n'est pas la peine de faire une enquête. Il suffit d'aller sur un forum d'Internet ayant pour thème l'actualité pour avoir la réponse. Une grande partie de ceux qui s'y expriment, peut-être la majorité, ont déjà accepté le récit qui établit que, selon des données objectives, dit-on, la maison du médecin a été bombardée par le Hamas. Voilà un extrait relevé au hasard sur le sitemynet:
 
"En fin de compte qui a tiré le missile ?" (confuse)
 
"Le missile n'est pas israélien" (Quelqu'un qui est vraiment au courant)
 
"Ce n'est pas Tsahal qui a attaqué ?" (Il se pose la question tout de même, "un Israélien indécis")
 
"Le Hamas a tiré le missile – on l'a annoncé ce matin" (David)
 
"Il ne faut pas regretter ce cas !!! Celui qui abrite des terroristes doit savoir à quoi s'attendre" (Moshé de Tel Aviv)
 
La discussion se prolonge interminablement et les interlocuteurs qui leur répondent confirment ce qui a déjà été dit en ajoutant d'autres détails soi-disant objectifs.
 
Comme l'élection d'Obama, la guerre à Gaza a aussi montré l'influence de plus en plus grande de la communication alternative et d'Internet. Mais aux Etats-Unis, ces médias alternatifs ont aidé à briser les stéréotypes et les préjugés, alors que dans notre cas ils ont aidé ce que ce que les reporters et les commentateurs militaires avaient commencé, c'est-à-dire à diffuser un seul et unique message. La communication sur Internet qui promettait de contribuer à la démocratisation du débat public et de donner aux gens la possibilité de s'informer sans limitations, s'est révélé aussi un instrument efficace de diffusion de la désinformation et de messages de haine avec une extension inconnue jusque-là. La quantité d'informations à laquelle on a accès dans le cyberespace est plus importante que jamais, mais sommes-nous mieux informés aujourd'hui ?
 
Mais enfin qui donc a bien pu tirer le missile ?
 
En Océanie, le pays totalitaire décrit par Georges Orwell, les habitants sont contraints de parler une langue nouvelle (Newspeak) dans le but de limiter leur capacité de penser. Le héros travaille à réécrire l'histoire. Il s'occupe des articles de presse "problématiques" qu'il remplace par d'autres informations. Une chose pareille est-elle possible dans une société démocratique qui bénéficie de la liberté de parole et de la liberté d'une information pluraliste ? Est-ce qu'on peut imaginer une société libre assujettie de son plein gré au grand frère caché aux yeux de tous, qui travaille à supprimer la liberté de pensée et qui insuffle dans la prise de conscience collective des slogans créant la confusion comme "la guerre c'est la paix" "la liberté c'est le travail" "L'ignorance c'est une force" ? La question pénétrante que se pose Smith, le héros de Georges Orwell, "Est-ce que le grand frère existe vraiment?" ne convient pas ici, dans une société soi-disant démocratique, très vivante et très divisée comme la nôtre.
 
Il n'y a pas de doute que l'apparition du Dr. Al Eich sur nos écrans de télévision a été un moment fondateur, authentique, très humain par rapport à l'image de cette guerre, de même que l'affaire de l'enfant Mohamed Al Durah pendant la deuxième Intifada. La télévision a montré son pouvoir et ses avantages par rapport à la presse écrite dans ces circonstances spéciales. Sans la télévision, peut-être que ces deux affaires auraient pris beaucoup moins d'ampleur ou auraient été supprimées au cours de la mise en page du journal. La presse écrite permet une manipulation radicale, étant donné que le matériel brut qui parvient aux rédacteurs peut être modifié très facilement. Mais des vidéos dramatiques, humaines, la mort en direct, cela la télévision ne peut pas y renoncer. Seul un rédacteur idiot laissera à ses concurrents un matériel à scandale comme celui-ci.
 
L'apparition d'un feuilleton du style Téléréalité, le drame d'un père en deuil, humaniste, qui souhaite la paix, qui parle notre langue, qui n'a pas même pas eu de paroles véhémentes quand sa vie a été brisée, a changé l'image de l'ennemi, un démon sans visage, et a provoqué en choc en retour : une meilleure compréhension de la tragédie palestinienne. Brusquement il est devenu légitime de parler des dégâts énormes causés à la population civile de Gaza. Même les présentateurs et les présentatrices israéliens se sont permis à partir de ce moment et par la suite, de relever le gant et de poser des questions un peu plus hardies.
 
C'est là que se trouve l'explication de ce qui s'est produit ensuite. L'apparition d'Abou el-Eich, invité par les chaînes de télévision pendant les informations, a bel et bien menacé le récit justifiant notre système et a provoqué une dissonance gênante dans la conscience collective d'Israël au combat. Quelqu'un a décidé d'intervenir et de mettre en doute la version du médecin de Gaza pour sauver notre conscience de ses doutes. Exactement comme dans l'affaire de l'enfant Mohamed Al Durah. Car des preuves circonstancielles pourraient peut-être révéler des suspects immédiats. 
 
Un groupe très influent de décideurs de l'opinion publique a pris la responsabilité de sensibiliser l'opinion publique à la guerre et il a totalement dominé l'information pendant toute la guerre en s'aidant d'une meute de journalistes tout prêts à reconnaître son autorité. En tête de cette association venait la division de l'information nationale du Bureau du Premier ministre dirigée par Yarden Vatikai. A ses côtés, le porte-parole et ancien reporter de l'armée, le vice-général Avi Beniahou, a travaillé avec beaucoup d'efficacité. Ce dernier avait la suprématie absolue dans la transmission de l'information aux médias. "Avi Beniahou : le véritable vainqueur de la guerre à Gaza" faisait les gros titres du journal "Ha'ir" au beau milieu de la guerre. Le fait est que Beniahou a transmis des informations laconiques de manière sélective aux reporters militaires qui n'étaient pas autorisés à pénétrer comme ils l'auraient voulu sur le terrain, comme ils avaient pu le faire pendant la guerre précédente. Les prises de vues des drones et les commentaires du porte-parole de l'armée ont été diffusés comme vérité indubitable par les correspondants militaires. Parfois, comme pendant l'affaire du "camion des Grad" par exemple, qui s'est avéré être un camion civil, on a révélé plus tard qu'ils s'étaient trompés. Beniahou s'est signalé non seulement en manœuvrant les médias, il a également créé au début de la guerre une chaîne sur le site Internet U-Tube qui a eu beaucoup d'audience.
 
"C'était très efficace et témoigne d'une action dès les débuts et d'une stratégie de planification. Il faut reconnaître sans aucun doute que Tsahal a appris à mener la guerre autant sur le terrain que dans le cyberespace" déclare dans ce même article du journal "Ha'ir" un journaliste important de l'agence Reuters, Julian Rack.
 
On peut imaginer le chef de la division de l'information nationale, en train d'encourager le porte-parole de Tsahal en lui disant que parfois il faut mentir pour sauver des vérités plus grandes. Il sait ce que n'importe quel enquêteur de la communication débutant n'ignore pas : une collectivité apeurée et menacée recherche l'information qui va renforcer les convictions qu'elle avait déjà sur l'ennemi. Peut-être connaît-il la distinction du philosophe britannique Liddle Heart : l'histoire enseigne que rien n'a plus contribué à la croyance au mensonge et à tous les maux qui en ont découlé, que le refus des braves gens de reconnaître la vérité lorsqu'elle remet en cause leur sentiment de sécurité" ("Pourquoi n'apprenons-nous rien de l'histoire?"). Et il a peut-être déclamé aux oreilles de Dostoïevski : "L'art de l'écriture c'est l'art de savoir effacer" et aussi "Ils ont fait de la poésie une duperie" de Bialik.
 
De toute manière, on a semé le doute dans l'affaire des tirs sur la maison du Dr. Al-Eich avec une facilité effrayante. On peut reconstituer l'enchaînement du spin( fausse interprétation).
 
Quelques jours après l'événement, avec une unanimité suspecte, une soi-disant information nouvelle sur les circonstances de l'affaire a été diffusée dans la presse écrite et télévisée. Le 18 janvier, Katy Dor, reporter des questions médicales à la première chaîne, a rendu compte d'un scanner effectué dans le cerveau de la nièce de Al Eich blessée. Il prouvait, soi-disant, qu'on avait trouvé des billes de métal qui ne sont pas utilisées comme munitions par Tsahal. "L'armée a procédé à une enquête", dit-elle, "les éclats ont été envoyés au laboratoire pour examen", immédiatement elle se reprend, car la prudence est toujours de mise : "Je ne suis pas sûre qu'ils ont extrait les billes" et elle ajoute "C'est seulement après leur extraction, que l'on saura. On estime, dit-elle, que la blessure n'a pas été provoquée par des tirs de Tsahal". De qui s'agit-il ? Elle ne veut pas nous le dire.
 
Le lendemain, Ronen Bergman, un journaliste qui parle beaucoup de menaces stratégiques contre Israël, donne une information similaire qui lui est parvenue d'une source militaire. Il explique dans "Yediot Aharonot" : "Etant donné que l'affaire a eu un immense retentissement dans les médias en Israël et dans le monde, il a été décidé de faire un effort pour vérifier cette affaire". Il a été décidé ? Qui a décidé ? Lui non plus ne nous le dit pas. Mais par la suite il est possible de lire entre les lignes et de comprendre qu'il s'agit d'un effort spécial émanant de nos services d'information nationaux. Voici un texte postmoderniste écrit par Bergman. Il faut le lire pour le croire : "Par conséquent Tsahal a agi et continue à agir sur deux plans. Le premier : essayer d'obtenir des informations concernant une autopsie ou un examen post-mortem effectué sur les cadavres des filles du médecin – en supposant qu'un tel examen a été effectué. Le deuxième : les éclats retirés aux deux filles du médecin blessées et hospitalisées dans un hôpital en Israël ont été examinés. Il s'agit d'un examen microscopique effectué dans une unité d'expérimentation des missiles de Tsahal. Pour autant qu'on le savait hier, l'examen des éclats n'a pas encore été achevé."
 
Le journaliste ne présente aucune information, renforcement, allusion ou même hypothèse basée sur un examen médical ou autre susceptible d'étayer l'affirmation selon laquelle il s'agit d'un missile Grad. Il ne sait même pas si un tel examen a été effectué. Finalement il cite "une entité de Tsahal" qui résume avec pessimisme que "même si on prouve que les filles ont été blessées par un Grad palestinien, on peut douter que cela va modifier fondamentalement l'opinion internationale". En d'autres termes, de toute manière les antisémites dans le monde ne croiront pas les résultats de l'enquête approfondie de Tsahal - celle qui n'a pas encore eu lieu, ou qui n'est pas terminée, et dont les résultats ne sont pas connus.
 
Peut-être qu'il ne faut pas s'étonner que l'affaire Mohamed Al Durah soit présente dans l'article de Bergman sur le médecin de Gaza. Comme nous l'avons dit, ces deux affaires sont présentées par les entités nationales de l'information comme des événements délibérément anti-israéliens dans le cadre du conflit israélo-palestinien. "Une enquête de la télévision française a prétendu que Shira Ba-Dora est palestinienne", souligne Bergman.
 
Bergman se trompe et induit le public en erreur, mais il est de bonne compagnie. Beaucoup de gens en Israël et de Juifs dans le monde sont persuadés depuis longtemps que le premier reportage sur les circonstances de la mort de l'enfant Mohamed Al Durah le deuxième jour de la seconde Intifada diffusé sur la chaîne française France 2 a été monté de toutes pièces et que le tribunal en a également jugé ainsi. En fait il n'y a eu aucune "enquête" de la télévision française prétendant la même chose que la version de Bergman et même le tribunal, en Israël ou à l'étranger, n'a pas jugé que l'incident avait été monté de toutes pièces. En réalité c'est le contraire qui s'est passé. Le seul reportage diffusé à la télévision française a été celui de France 2. C'est la version selon laquelle Al Durah a été tué par des tirs israéliens. En fait, le chef d'état-major Yaalon a lui aussi confirmé depuis le début que l'enfant avait été tué par des tirs de Tsahal. Depuis, une guerre mondiale pour influencer l'opinion publique a eu lieu pour savoir qui a tiré sur l'enfant, nul ne doutant de la vérité en fin de compte - mais pour propager le doute, il suffit de promouvoir des interprétations erronées.
 
Il n'y a pas besoin de théories sur des conspirations pour faire apparaître l'existence d'une main cachée qui met en œuvre et coordonne des interprétations négatives, voire de la désinformation concernant le récit national. L'opinion publique patriote est mûre pour croire à de tels messages avec beaucoup de facilité. Si nous avons rappelé Al Durah, voici datant par hasard du 17 janvier un reportage sur "La fiabilité des médias" par Yaakov Ahimeir dans l'émission de télévision "Roim Olam". Le reportage, soi dit en passant, ne parle pas de la fiabilité des médias israéliens mais français. Depuis quand une nation fait-elle son autocritique après une guerre qu'elle a gagnée ? Le héros du reportage, il ne faut point s'en étonner, est Philippe Karsenty, auteur de la théorie d'une conspiration au sujet de la mort de Al Durah, qui a bénéficié d'un accueil chaleureux à la télévision d'Etat israélienne. Le "système" accepte sans le moindre doute la version de l'affaire Al Durah, selon laquelle cette affaire est une propagande arabe mensongère. Les circonstances : France 2 a attaqué Karsenty en justice pour diffamation et a gagné, mais Karsenty a fait appel et son appel a été reçu sans que le tribunal ne donne son opinion concernant la question de la responsabilité de la mort de Al Durah. Mais sur la première chaîne il est accueilli en héros, en vainqueur qui a dévoilé l'énorme mensonge. La procédure juridique n'est pas encore achevée, mais Karsenty enthousiaste propose déjà de punir les Français et de fermer leur bureau en Israël. Ahimeir, journaliste honnête en général, poursuit en demandant : "Faut-il les attaquer en justice ?" "Bien entendu" répond Karsenty. Ahimeir, comme de nombreuses personnes du public, est persuadé, à tort semble-t-il, de ce qui n'a pas eu lieu. Comme mentionné, aucune entité officielle, en Israël ou à l'étranger, n'a accepté la version de la conspiration qui est celle de Karsenty, qui va beaucoup plus loin que la question : "Qui a tiré sur l'enfant?" Selon cette théorie, Mohammed Al Durah n'est pas mort et il se cache quelque part. Qui sait, peut-être a-t-il été tué maintenant à Gaza ?
 
Nous le savons tous : les soldats israéliens ne tuent pas d'enfants.
 
Revenons à l'affaire du médecin de Gaza. Ce ne fut pas l'heure de gloire de la presse israélienne mais la honte des journalistes et des commentateurs militaires qui ont transmis les informations que le vice-général Benihou leur a communiquées pendant la guerre, sans le moindre doute ni la moindre critique. Et il en a été de même après la fin de la guerre.
Le 23 janvier, Roni Daniel a interviewé le commandant de la division Golani, le colonel Avi Peled, aux informations de la deuxième chaîne. Yair Lapid, qui était le présentateur et le reporter-commentateur Roni Daniel qualifient Peled de "héros", ce qui barre le chemin aux questions que les journalistes auraient dû poser en fait. La question du tir sur la maison de Abou Al Eich, qui a eu lieu dans son secteur d'opérations, lui est posée à la fin d'un long reportage flatteur, dans le style gênant d'un pays en dictature. Daniel donne à Peled une hypothèse parfaite : "L'affaire a eu un grand retentissement chez nous et jusqu'à maintenant, Tsahal n'a rien dit. A présent, est-ce que les enquêtes démontrent au moins une autre possibilité ?"
 
Peled hésitant : "L'enquête que nous avons effectuée, et nous avons des prises de vues, montre que nous tirons sur une maison, et les blessés, les enfants, viennent d'une autre maison (…) J'ai des rapports et je dois encore montrer ces films à présent (…). La situation est que nous tirons sur une certaine maison, on rapporte qu'il y a des victimes et on sort les victimes d'une autre maison".
 
Daniel : "C'est-à-dire que la maison du médecin n'a pas été touchée par vous? "
 
Peled : "Cela je le dis à partir de ce que vois dans le film. A part ça, il y a toutes sortes de données que l'on vérifie maintenant, la poudre à balles. Je ne veux pas, c'est sûrement une enquête qui va plus loin que ça. D'après ce que je comprends, la poudre à balles n'est pas la poudre à balles de Tsahal. C'est quelque chose qu'il faut encore vérifier et je ne rejette pas non plus la responsabilité. J'ai dit que de tels événements peuvent se produire".
 
Daniel n'insiste pas et n'embarrasse pas Peled par des questions journalistiques superflues. Les six serviteurs honnêtes de Kipling – Quoi, pourquoi, quand, comment, où et qui – ne conviennent pas à un tel journalisme. Point à la ligne.
 
Après Peled, Lapid interviewe le héros tragique de cette affaire, le Dr. Abou Al Eich en personne, dans son studio.
 
Lapid attaque : "Vous croyez que Peled invente des histoires ?"
 
Abou Al Eich se défend difficilement : " C'est évident. 0n n'a pas bombardé autour de la maison, il n'y a pas eu de tirs, il n'y avait pas de tunnel, il n'y avait rien. C'est moi qui dis la vérité. Le premier misssile a tué deux de mes filles, le deuxième deux minutes plus tard a tué ma fille aînée, deux frères et l'une de mes nièces (…) ne dupez pas le peuple israélien. Dites la vérité, qu'ils en aient le courage et la conscience".
 
Face à Al Eich affaibli, Lapid se permet d'être un journaliste agressif, grondeur, pédagogue : "Mais il y a une autre vérité, Abou Al Eich, les soldats israéliens ne tuent pas d'enfants ! Nous le savons tous. Les soldats israéliens ne tuent pas des enfants intentionnellement ! Cà n'existe pas."
 
La vérité nous dupe, et qui va implanter dans nos cervelles que c'est précisément la version du médecin de Gaza qui est la vraie ? Nos Sages ont établi une règle : celui qui fait parler son ami détient une preuve. Le fait est que jusqu'à ce jour, il n'y a pas eu une seule preuve objective qui renforce la thèse de la responsabilité palestinienne des missiles sur la maison du médecin ou qui remet en cause les premières informations, selon lesquelles c'est le tir d'un tank israélien qui a touché la maison. En ce qui concerne l'examen des éclats que l'on a trouvés dans les cadavres des filles du médecin, vous avez bien deviné : jusqu'à ce jour, aucun résultat de cet examen n'a été publié, en supposant qu'on ait procédé à un tel examen. La discussion objective a commencé seulement après que l'histoire du médecin sympathique a été largement diffusée par les médias dans le monde, mais là encore le temps qui passe a jeté son voile et la seule chose qui reste est le doute insufflé par la main cachée du grand frère, doute qui a fait boule de neige et qui est devenu un fait établi pour de nombreux Israéliens : ce sont les Palestiniens qui ont tué les filles du médecin de Gaza.
 
Lorsque Ludwig Witgenstein a établi que l'essentiel est de : "Libérer la pensée de la magie des mots", on peut se demander s'il savait lui-même à quel point le pouvoir magique des mots pouvait influencer la pensée. Les faits peuvent se transformer sous nos yeux par un tour de passe-passe et la guerre peut devenir la paix, la liberté peut devenir l'esclavage, l'ignorance peut devenir une force. "Le plus grand ennemi de l'information n'est pas qu'on la passe sous silence – c'est l'illusion d'information" a dit jadis le savant Steven Hawkins. Il suffit pour brouiller l'information de répandre des "faits" nouveaux, que personne n'a véritablement la possibilité de réfuter. C'est plus facile que jamais et de plus c'est gratuit. Entre temps, le public à la maison est très satisfait en lisant des théories "authentiques" qui correspondent à ses préjugés sur l'ennemi. De toute manière, dans un pays où tout le monde pense la même chose, la pensée ne plafonne pas haut.
 
En l'absence de preuves formelles, la seule chose qui peut nous guider est notre sens critique, notre intuition et un scepticisme de bon aloi. Car en fin de compte, chacun va adopter le récit qui convient à ses angoisses, à ses instincts et à sa nature. Un jour, proche sans doute, le directeur de la division de l'information nationale pourra rencontrer le porte-parole de Tsahal, lui donner une tape sur l'épaule et lui lancer avec un sourire rusé : "Je t'avais bien dit que le présent est douteux et l'avenir inconnu. Mais le passé, Benihou, on peut le modifier tout le temps.
 
Izar Beer est le directeur de l'association Keshev.
 
Conclusion
 
Mise à jour 4.2 :
 
24 h après la publication de cet article, le porte-parole de l'armée a publié une annonce qui confirme qu'un obus tiré par un tank israélien a provoqué la mort des filles du médecin Abou Al Eich de Djabalia.
 
La responsabilité du tir confirme ce qui a été déclaré dans l'article : on a mis en œuvre tout un arsenal de fausses interprétations et de désinformation pour soustraire Israël à la responsabilité de cet acte. Des responsables de l'information et des représentants de l'armée y ont participé, aidés par des "volontaires" qui ont diffusé des messages induisant l'opinion en erreur en tentant de présenter les faits comme si c'est le Hamas qui a tiré des obus sur la famille du médecin. Malheureusement, des journalistes israéliens réputés ont eux aussi contribué à insuffler le doute et à récolter cette interprétation erronée des événements.
Publié par cenderlin / Catégories : Analyses