Pékin, entre ciel bleu et "couvre-feu" ?

Comme si la Chine se préparait à la guerre…

Le calendrier est inhabituel et ne suit pas la tradition d'un défilé tous les 10 ans (1999,2009…). Et pourtant, il n'y plus aucun doute, demain sous le portrait de Mao et devant la place Tiananmen, se déploiera une énorme parade militaire dont le gouvernement chinois attend beaucoup. Probablement la plus importante démonstration de force orchestrée depuis longtemps. Et un spectacle digne de la cérémonie d'ouverture des JO de 2008. La naissance aussi d'une nouvelle fête et d'un jour férié pour les chinois, pour célébrer la "journée de la victoire", et commémorer -dixit le titre officiel- le 70e anniversaire de la fin de la Guerre de résistance du peuple chinois contre l'agression japonaise et de la Guerre mondiale anti-fasciste. Voilà tout un programme au cours duquel selon l'agence Xinhua, le président chinois Xi Jinping passera en revue ses troupes, 12000 hommes, accompagnés de chars, de missiles et 200 avions. Une façon peut-être d'asseoir son autorité, de renforcer la cohésion, l'unité et la popularité de l'armée, aussi de montrer au monde sa montée en puissance militaire et son assise sur la région. Mais une opération sans spectateurs non accrédités. Car les consignes sont très strictes, ne laissant place à aucune flexibilité ni improvisation. Tout est prévu pour que l'évènement soit parfait, sans accroc, pour que la meilleure place soit d'être simplement et sagement devant son écran de télévision. Et pour cela, un dispositif de sécurité sans précédant (et sans sourire, les visages sont souvent fermés), très impressionnant, a été mis en place.

Pour un ciel bleu et dégagé, comme en 2008, ont été décrétés 15j de circulation alternée, la fermeture temporaire de centaines d'usines autour de la capitale, la mise en congé (du fait du chômage technique) de très nombreux employés. Pour asseoir le sentiment de sécurité, la police a renforcé sa présence, de nombreuses patrouilles de wujing -la police militaire- ont été déployés, des milliers de volontaires ont également été dépêchés sur les axes de circulations et de nombreux sites, des magasins et même certains parcs publics ont dû restreindre leur activité voir fermer. Sur le chemin menant au parcours du défilé, il est interdit aux habitants et employés des bureaux ayant pignon sur avenue, d'ouvrir les fenêtres, de sortir sur les bacons, de filmer ou photographier. Les immeubles d'habitation et de bureaux longeant le parcours lui-même ont été vidés; tous leurs habitants et employés y travaillant ont été priés de dormir à l'hôtel ou à l'extérieur. Dès la veille de la parade, on ne peut plus traverser le centre ville sur l'axe nord sud jusqu'à la fin de la cérémonie le lendemain.  Evidemment, pas de drone même amateur ne doit voler dans toute la ville (nous avons eu comme tout média audiovisuel étranger la visite de 3 policiers pour nous stipuler cet interdit). Et pour les journalistes que nous sommes, couvrir le défilé signifie d'arriver sur site avant 4H30 du matin, 5H30 avant la parade, et de se voir accordé un siège pré-attribué pas plus, sans aucune mobilité. Autant dire que pour pouvoir illustrer cet évènement, nous seront largement tributaires des images fournies par la CCTV (télévision chinoise d'Etat)… et donc paradoxalement bien moins libres que ce que le régime Nord-coréen nous avait accordés pour son propre défilé militaire à Pyongyang lors de la 1ère sortie publique de Kim Jong Un en 2010. Il y a matière à réfléchir.

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