À Londres, un sommet sur le viol en temps de guerre

Une jeune femme, née d'un viol et adoptée par deux Londoniens, a parlé afin de mettre en avant le sort des «survivants cachés» de la violence sexuelle en temps de guerre.

Lejla Damon, 21 ans, est née en Bosnie après que sa mère, une Musulmane de Bosnie, ait été violée à plusieurs reprises par un soldat serbe dans un camp de concentration.

Deux journalistes de Londres ont filmé sa mère après la naissance dans un hôpital de Sarajevo où cette dernière avoue vouloir étrangler son enfant. Ces journalistes, Siân et Dan Damon, ont fini par adopter Lejla quand elle avait tout juste neuf jours, et la ramenèrent à Londres où elle a grandi.

Lejla – parmi d’autres intervenants – témoignera de son passé lors du sommet inauguré ce mardi à Londres par l’actrice Angelina Jolie et le chef de la diplomatie britannique William Hague. Quatre jours seront consacrés sur les violences sexuelles pendant les conflits et l’utilisation du viol comme « arme de guerre ».

Cette manifestation – la plus grande dans son genre – est le résultat d’une campagne intense de sensibilisation. « Nous essayons de faire quelque chose qui n'a jamais été fait auparavant ; changer l’attitude globale face à la violence sexuelle dans les conflits » a déclaré Hague dans l’Evening Standard.

Un appel à agir

Le sommet, auquel assistent plus de 100 pays, vise à identifier les moyens d'améliorer l'enquête menée sur la violence sexuelle et fournir un soutien pour les femmes et jeunes filles. Au total, 48 ministres des Affaires étrangères seront présents mais aussi ceux qui étaient et continuent à être les plus concernés: des victimes, des témoins et des acteurs sur le terrain tels le gynécologue-obstétricien congolais Denis Mukwege - pressenti pour le prix Nobel de la paix en 2013 - qui soigne les femmes violées en République démocratique du Congo (RDC).

Outre les échanges officiels, le sommet propose tout un programme ouvert au public avec des ateliers, des conférences et des expositions pour sensibiliser un mal souvent dissimulé sous l'horreur de la guerre. L'objectif est d'"éveiller les consciences" sur l'étendue du fléau, de "combattre l'impunité" et de "créer un élan irréversible" qui puissent déboucher sur "des actions concrètes sur le terrain".

Les chiffres sont affolants. Selon les Nations Unies, 36 femmes et filles sont violées chaque jour en RDC où on estime à plus de 200.000 le nombre de femmes ayant souffert de violences sexuelles depuis 1998. Entre 250.000 et 500.000 femmes ont été violées au cours du génocide du Rwanda de 1994 ; plus de 60.000 lors du conflit en Sierra Leone ; et au moins 20.000 pendant le conflit en Bosnie au début des années 1990. Plus alarmant encore: 150 millions de femmes et de filles sont violées chaque année dans les conflits à travers le monde. S'ajoute à ce chiffre 70 millions d'hommes et de garçons victimes de violences sexuelles.

« Arme de guerre »

Angela Atim, l'une des intervenantes de la conférence, a été enlevé à l’âge de quatorze ans par l'Armée de résistance du Seigneur (LRA), un mouvement en rébellion contre le gouvernement de l’Ouganda. Elle a précisé à la BBC: « Ces gens qui sont responsables de la violence sexuelle dans les conflits armés doivent faire face à la justice. Cela fait partie de notre guérison parce que c'est vraiment douleureux de voir qu'ils sont toujours libres, et qu’ils continuent à faire la même chose. »

Parmi les nations qui  participent au sommet, citons la Bosnie, la République démocratique du Congo et le Somalie - pays où la violence sexuelle se répercute "à grande échelle".

Depuis que la campagne a été lancée il y a deux ans, une déclaration d'engagement pour mettre fin à la violence sexuelle dans les conflits a été approuvée par 141 pays. « Mais l'objectif maintenant  est de prendre des mesures concrètes, y compris assurer une aide aux survivantes » a insisté William Hague. Il ajoute que la question a été "tabou" depuis bien trop longtemps, et qu'il est temps de se débarrasser de la « stigmatisation et la honte » attachées à celui-ci.

Il sera également question à Londres du sort des plus de 200 lycéennes enlevées par Boko Haram au Nigeria. William Hague accueillera jeudi son homologue nigérian, ainsi que des représentants des états voisins du Bénin, du Tchad, du Cameroun et du Niger, pour discuter des moyens de "vaincre" le groupe islamiste.

Selon le ministre Hague, ce sera un sommet comme nul autre; réunissant non seulement les gouvernements mais aussi des médecins, des juges, des policiers, des militaires, des avocats, des militants et survivantes de ces crimes, dont leurs voix ont été réduites au silence depuis trop longtemps.

Dans le cadre de cette campagne, un court-métrage d'animation a été réalisé:

Zoé Loporto avec Loïc de La Mornais

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