Ecosse : peur sur Bruxelles

Photo : Tolga Akmen/LNP/REX

Photo : Tolga Akmen/LNP/REX

 

« Cela n’entre pas dans notre logiciel. L’Europe sait accueillir des pays venus de l’extérieur mais elle ne sait pas quoi faire avec un nouveau venu…de l’intérieur ». Dépité et angoissé. Ce haut fonctionnaire européen scrute depuis des mois les sondages écossais. Sa réaction – forcément en « off » - résume le sentiment général des responsables européens à Bruxelles : l’indépendance de l’Ecosse qui se joue aujourd’hui les angoisse. Non seulement parce qu’ils ne savent pas comment ils devront réagir si le « Oui » l’emporte mais surtout parce que cela serait la première fois que « l’Europe partirait en morceaux… »

Des traités muets

Bien sûr, depuis Jean Monnet et Robert Schuman, au rythme des élargissements, la carte de la CEE puis de l’UE a bien changé. Mais elle s’est toujours agrandie. A deux exceptions prés : en 1960, lorsque l’Algérie devenue indépendante a - de fait -quitté l’Europe et en 2009 quand le Groenland a pris son autonomie vis-à-vis du Danemark. Rien à voir donc avec la révolution de la possible naissance d’un nouvel Etat sur le continent européen !

D’autant que les traités européens ne disent rien sur la marche à suivre en cas de scission d’un Etat. On assiste donc depuis quelques semaines à une querelle d’experts pour répondre à l’impossible question : « l’Ecosse indépendante pourra-t-elle adhérer à l’Union Européenne ? » Le bon sens voudrait qu’elle puisse le faire rapidement. Comme l’ex-RDA en 1990. D’autant que ce serait un acte politique fort qui préserverait l’unité du continent et qui permettrait aux Ecossais – bien plus « pro-européens » que les Britanniques en général et que les Anglais en particulier– d’intégrer la grande famille européenne.

Seulement voilà : en Europe, le bon sens et la politique sont rarement les plus forts. Pour qu’un nouvel Etat rejoigne l’Union Européenne, il faut en effet l’accord unanime des 28 membres. Et on peut imaginer que dans le cas de l’Ecosse, certaines capitales s’y opposeraient. Londres peut-être, Madrid également pour calmer les velléités d’indépendance de sa bouillante Catalogne…

« Fragmentation de l’esprit européen »

D’ailleurs, ce n’est pas un hasard si le seul chef de de gouvernement européen qui a publiquement commenté le référendum écossais est le premier ministre espagnol. Mariano Rajoy, qui devra lui aussi affronter un référendum à haut risque en Catalogne en novembre, dénonce « une fragmentation de l’esprit européen ». Pas un hasard non plus si l’actuel président de la Commission Européenne, le portugais Jose Manuel Barroso, faisant jouer la solidarité ibérique, a jugé – un peu vite – qu’il serait « impossible » à l’Ecosse de devenir le 29éme Etat de l’Union.

La vérité est que les responsables européens ont une peur panique de l’effet « tâche d’huile » des velléités séparatistes. Les Ecossais, les Catalans et les Flamands vont en effet à contre-courant de la pensée dominante des élites européennes selon laquelle il faudrait être « unis » pour être plus forts ensemble face à la Chine, à l’Inde ou à la Russie... Et en matière d’indépendantisme, les eurocrates bruxellois sont aux premières loges : le quartier général de la Commission européenne à Bruxelles est situé à moins de 3 kilomètres de ce qui serait la frontière flamande si le nord de la Belgique faisait sécession.

Photo : Commission européenne

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