Cher confrère...

Cher confrère,

Etant l’une des auteurs du blog, je me permets de répondre à votre commentaire au bas de notre article sur ce "Trip Advisor des hôpitaux", en mon nom seulement, car nous ne partageons pas toujours tous les mêmes avis. Tout d’abord, je vous remercie d’avoir pris le temps de nous lire et de nous répondre. Ce qui me bouleverse, c’est que je suis point par point en accord avec vos paroles, mais également avec différents points de notre post, et je ne pense pas qu’ils s’opposent à ce point.

"Le patient doit être satisfait et respecté"

 

Alors, je pense que nous nous sommes mal fait comprendre…. Vous parlez à juste titre d’information, de respect, d’humanité. Tous ces termes, nous les avons employés en soutenant justement le projet. Je nous cite (avant-dernier paragraphe) : « On peut critiquer l'amabilité du personnel, le respect de l'intimité, la communication etc. Pas de soucis. Ce sont des points importants, où le patient doit être satisfait et respecté. »

 Ce que nous craignons, ce sont justement les dérives, ne nous faites pas dire ce que nous n’avons pas dit. Non, croyez-moi, la tradition paternaliste disparaît, les cols s’abaissent, les stéthos rentrent se cacher dans les poches, et les abaisse-langues sont jetables. Non, les malades ne sont pas des 3ème personnes du singulier, ce sont des noms et des prénoms que nous regardons dans les yeux, d’égal à égal, d’humain à humains. C’est bien facile, fort de votre expérience, de penser la jeunesse arriérée, sectaire et médiocre.

Pourtant, si vous me connaissiez, si nous avions travaillé ensemble, vous sauriez avec quelle humanité je travaille, l’empathie dont je sais faire preuve, et mon éthique certainement aussi moderne que la vôtre. Vous sauriez aussi, qu’en tant que patiente, et famille de patient, j’ai tristement eu affaire à des médecins exécrables, paternalistes, irrespectueux, qui font honte à la médecine. Je suis peut-être jeune, mais je sais tristement qu’ils existent et qu’ils sont bien plus nombreux et dangereux que l’on croit.

"Ces commentaires, nous ne les inventons pas"

Contrairement à vous, j’espère justement que malade, vous tomberez entre mes deux mains, et que vous pourrez changer d’avis, en vous basant sur des faits réels et non une impression faussée à la lecture d’un article. Vous dites : « Penser que les malades « fuiront l’hôpital truc à cause de son papier peint » (sic) est une insulte à l’intelligence. » Malheureusement, des gens stupides, il y en a partout, et tout autant chez les médecins que chez les patients.

Ces remarques, je ne les invente pas : pas plus tard que la semaine dernière, j’ai voulu adresser une patiente à un confrère orthopédiste (que je ne connais pas, mais qui a le mérite d’être spécialisé dans le problème de ma patiente, et d’exercer proche de son domicile). Je lui prépare un courrier que je remets à la patiente (enveloppe ouverte évidemment, le droit à l’information, justement …) afin qu’elle prenne rendez-vous. Celle-ci l’a refusé car : « La dernière fois que je suis allée dans cet hôpital en neuro ( !), j’ai trouvé ça vieillot, le sol moche et les couloirs sombres, donc je ne me ferai jamais opérer là-bas. » J’ai refait le courrier, sans nom de confrère, afin qu’elle choisisse son orthopédiste. C’est la remarque de cette dame, qui m’en a rappelé tant d’autres entendues à l’hôpital pendant mes semestres, qui m’a fait rebondir sur Hospitalidée. En bref, riez, pleurez, mais ne nous jugez pas à la hâte. Bien confraternellement,

 

PS : Pour information, quand nous avons créé ce blog il y a plus de 2 ans, nous étions tous internes. A présent, plusieurs d’entre nous ont fini, sont thésés et en exercice (hospitalier ou libéral)

Publié par Souriez vous êtes soignés / Catégories : Non classé

A lire aussi

  • Aucun article
  • Vrai interne

    Votre réponse me laisse dubitative, quoi qu'il en soit notre ainé a fait mouche. Si je peux comprendre l'anonymat de votre blog, la moindre des chose serait d'actualiser votre encart "A propos" par honnêteté avec vos lecteurs si vous n'etes plus interne. Merci

  • http://www.chronicite.org [im]Patients, Chroniques

    Merci pour cette réponse. il est plaisant de lire que vous avez compris qu"il faut respecter le patient et lui parler d'égal à égal. Il n'y a pourtant aucune trace du sujet principal de votre post original sur Hospitalidée, et qui était l'objet principal des remarques de François Blot : l'évaluation des soins par les patients. Que vous soyez interne ou non, cela ne semble pas être dans vos référentiels, et c'est regrettable.

    « La dernière fois que je suis allée dans cet hôpital en neuro ( !), j’ai trouvé ça vieillot, le sol moche et les couloirs sombres, donc je ne me ferai jamais opérer là-bas. »

    Est une remarque parfaitement acceptable, et vous devriez communiquer en termes compréhensibles à cette patiente en quoi cet hôpital vous semble particulièrement fiable, malgré l'idée qu'elle en a pu se faire après cette première visite. Les patients ne sont pas toujours habitués à la vétusté des lieux de soins, et cette patiente ne fait pas référence à un papier peint démodé mais plutôt à ses doutes concernant la sécurité des soins qu'elle pourrait recevoir.

    • Roger

      Donc vous partez dans l'hypothèse qu'il n'a pas essayé de lui "communiquer en termes compréhensibles" que l'hôpital est fiable malgré la vétusté? J'ai l'impression que vous avez une image assez négative des jeunes médecins.
      Etes-vous soignant?

      • http://www.chronicite.org [im]Patients, Chroniques

        Vu que la personne qui a écrit ce blog dit que la patiente a refusé ce RDV, je doute qu'elle lui ai expliqué clairement. Je n'ai fait aucune généralité dans mon commentaire.

  • Béotien

    Sur Internet, vous êtes ce que vous écrivez.

    Vous n'êtes pas jugés sur ce que vous prétendez être et ne pas être (que cela soit vrai ou pas) mais sur l'image que vos affirmations et votre raisonnement (logique ou non) dégagent de vous. Et encore une fois il se dégage une profonde crainte sur la capacité de l'institution médicale à se réformer.

    Cette entrée-réponse confirme les critiques qui étaient déjà formulées dans les commentaires du billet initial. Elle renforce l'idée que la communauté soignante (ou en tout cas les représentants de cette communauté que vous êtes), si elle sait aujourd'hui énoncer le besoin de réforme de la communication médecin-patient dans le diagnostic et la prise en charge des malades, n'est toujours pas capable de se questionner sur celle-ci lorsqu'elle est à l'oeuvre. Elle donne l'image d'une assemblée de sachants qui affirme de grands principes mais continue de prendre de haut, en bon père de famille, les personnes dont elle a la charge.

    Commençons par discuter la rhétorique avant de s'attaquer au fond du problème. J'aurais aimé ne pas faire de liste mais elle s'impose ici :

    - Passons sur le rappel brève des grands principes sur lequel tout le monde s'accorde dans le deuxième paragraphe. Oui la pauvreté c'est triste, oui le racisme c'est mal. Il ne suffit pas de le dire.
    - Vient ensuite la lapalissade : "ce que nous craignons ce sont les dérives". C'est la définition d'une dérive : quel que soit le sujet (politique, finance, mondialisation, renseignement...) on ne peut que craindre les dérives et rien d'autre qu'elles.
    - puis l'évasion (on ne vous fait dire que ce qui a été lu) et les affirmations à la volée sans arguments à l'appui (celles justement que l'on cherche à remettre en question),
    - la défense des pauvres nouveaux contre le méchant vieux médecin qui avait pourtant exercé ses critiques contre le corps médical dans son ensemble, critiques que l'on retrouve dans la bouche de patients qui, s'ils sont parfois vieux et méchants, sont rarement médecins.
    - puis l'énumération des qualités et le placement du côté des gentils.
    - enfin, comme seul et unique argument de la démonstration, un exemple.

    Venons-en maintenant au seul fond du billet, à savoir l'exemple.

    Supposons que cette dame ait posté son avis sur Hospitalidée. Pensez-vous sincèrement que l'avis de cette seule dame soit capable de faire changer d'avis un patient en devenir sur l'hôpital en question, l'amenant à faire abstraction sur la qualité des soins et l'écoute du personnel ? Ou bien que le poids des patients qui ont ce genre d'attitude pèse suffisamment pour noyer les autres avis ? Insulter l'intelligence d'une personne est une chose à laquelle la réalité des rencontres nous amène parfois. Préjuger de la sorte sur la communauté des patients en est une autre bien plus révélatrice sur l'auteur de l'idée que sur son sujet.

    À la fin du billet initial, vous estimez que "la relation de confiance médecin-patient est un point capital du soins et risque de pâtir [d'Hospitalidée]". Ne vous est-il pas venu à l'esprit que la cause première de l'érosion de cette relation puisse venir des intéractions directes du patient avec son ou ses médecins, voire, catastrophe, du comportement du médecin lui-même ?

    Certes la médecine est une science complexe, mais le patient n'est pas juste un corps, il n'est pas l'ignorant absolu qu'on voudrait bien qu'il soit. Il sait des choses, il connaît des choses et parfois plus que le médecin : il connaît sa vie, il ressent son corps, et surtout il peut raisonner tant pour expliquer les choses que pour comprendre ce qu'on lui explique.

    Cette argumentation n'a rien d'une lutte personnelle mais je vais répondre à l'exemple par un exemple, qui n'a pas la force d'une preuve mais peut amener un peu de concret sur tout cela. Une connaissance proche a été atteint de syndromes myofasciaux, d'origine psychologique mais dont les douleurs étaient bel et bien physiques (maladie psychosomatique donc). Pendant un an, les médecins, généralistes, spécialistes, en cabinet ou en hôpital n'ont pas été capables de les déceler (réponse classique :"c'est psychologique") car aucun symptôme n'est visible, seule la douleur occasionnée est caractéristique.
    Heureusement, les connaissances académiques de cette connaissance (deux années de biologie, deux, pas dix ni onze) ainsi que sa maîtrise de l'anglais et d'internet lui ont permis de s'auto-diagnostiquer et d'expliquer sa propre maladie à ses médecins contre vents et marées (qui est donc ce patient qui vient m'apprendre mon métier ?), documentation académique à l'appui.

    Au final sa maladie est devenu une évidence pour le corps médical proche et il s'est retrouvé à écrire rapports et synthèses de document à la demande de ses propres médecins, mais la question de l'origine (physique ? psychologique ?) restait à traiter. Rebelote, après un an de lutte elle a réussi à démontrer que l'origine était psychologique, ce qui a encore une fois été accepté par le corps médical avec un temps de retard. Qu'aura-t-il fallu pour en arriver là, et quel lourd prix à payer pour le malade qui a dû encaisser le fait de se faire renvoyer dans les cordes à coups d'arguments d'autorité pendant deux ans !

    Cet exemple reste un exemple, avec son lot de spécificités, mais il pose comme tant d'autres un éclairage inquiétant sur la relation médecin-patient qui amène à prôner le scepticisme quant à la capacité des médecins à descendre de leur piédestal pour instaurer une communication avec le patient qui ne soit pas à sens unique.

    Vos deux billets laissent penser que l'on en est encore loin.