Charles Manson : une fascination américaine

Le meurtrier Charles Manson (à droite) et celle qui devait devenir sa future épouse, le 18 novembre 2014. (REX / SIPA)

Dans Natural Born Killers, le film destroy d'Oliver Stone, le tueur en série  Mickey Mallory (Woody Harrelson) le dit face caméra : "Manson, c'est le roi". Et c'est d'une certaine manière le cas, Charles Manson, responsable d'une série de meurtres en Californie en 1969, est un star. Plus que Ted Bundy, plus qu' Henri Lee Lucas pourtant auteur de 390 meurtres (alors que Charles Manson n'a finalement tué personne de ses mains), plus que notre Landru ou notre Petiot.

Le feuilleton du mariage

Plus de 45 ans après le meurtre de Sharon Tate, et presque autant d'emprisonnement, Charles Manson est toujours dans l'actualité. Le 18 novembre 2014, le criminel désormais octogénaire annonçait un mariage prochain avec Afton Elaine Burton, jeune demoiselle agée de 26 ans. Cette semaine, patatras, le projet de mariage est purement et simplement annulé par Charles Manson himself. Selon the Independent, la future Madame Manson souhaitait disposer du corps du criminel, après sa mort, afin de l'exposer et d'en tirer profit. Le gourou s'est donc senti blessé, trahi et a répudié la belle. Mais Manson étant Manson, c'est-à-dire, totalement fou, les raisons de cette colère ne sont pas forcément celles que l'on pourrait croire : se croyant immortel, il a trouvé l'idée d' Afton Elaine Burton totalement stupide. Et donc blessante. Sacré Charles.

Charles Manson - Icône trash

Mais plus encore que dans l'actualité, Charles Manson est surtout présent dans la culture américaine des quarante dernières années. Il n'a pas eu son quart d'heure de gloire médiatique - pour reprendre la formule de Warhol - mais beaucoup plus. Cela a commencé dès 1974, avec Neil Young racontant dans Revolution Blues, la cavale de Manson et sa bande, et cela n'a fait que s'accentuer depuis.

La figure de Charles Manson est présente dans le cinéma, l'art contemporain, la littérature ...ou placardée sur des Tee-Shirt. Dans la musique, c'est un vrai festival de références, d'évocation, de fantasme. Bien sûr, celles-ci ne sont pas à chercher chez Madonna ou Katy Perry mais dans des musiques se voulant plus à la marge, plus extrêmes, ou plus violentes : des rapeurs de Niggers With Attitude aux métalleux de System of a Down, en passant par les hard-rockeurs de Guns'n roses ou Ozzy Osbourne. La violence absolue des meurtres, la célébrité d'une des victimes, Sharon Tate, actrice en vogue et femme de Roman Polanski, le fait qu'elle soit enceinte, le caractère messianique et fou de l'instigateur des meurtres, tout cela a élevé Charles Manson au sommet d'un panthéon mythologique de la violence. Et donc tout naturellement, parlant au macabre qu'il y a en chacun de nous, il est devenu une vraie icône de la contre-culture américaine. Et ce n'est donc pas un hasard si le jeune Brian Hugh Warner s'est choisi Marilyn Manson comme un pseudonyme d'artiste : le prénom de Marylin Monroe et le nom de Charles Manson, Marilyn Manson, un être monstrueux représentant l'Amérique dans sa dualité le glamour et la violence absolue. Deux faces opposées - attirante pour l'une, repoussoir pour l'autre - mais tout aussi médiatiques.

Le cas Nine Inch Nails

Et si Manson est aussi connu qu'une star du cinéma, lui aussi fait vendre. Nine Inch Nails, groupe de rock industriel emmené par Trent Reznor, en sait quelque chose. Seulement connu d'un public de connaisseurs, le groupe est devenu célèbre suite à Downward Spiral, son troisième album. La qualité est là - l'album est régulièrement classé dans la liste des meilleurs albums de tous les temps par la presse américaine - mais plus encore, pour l'occasion, Nine Inch Nails a bénéficié d'une publicité extra-musicale. De manière fort opportune, le disque a été enregistré dans la maison où Sharon Tate et les quatre autres victimes ont été assassinées, bénéficiant ainsi d'une formidable chambre d'écho. L'album a été un énorme succès et depuis, Nine Inch Nails est à classer parmi les gros vendeurs de l'industrie musicale (plus de 30 millions à ce jour). Tout naturellement, deux titres de Downward Spiral évoquent Charles Manson : March of the Pigs et Piggy, dont les titres évoquent le "Pig" écrit avec le propre sang de Sharon Tate sur la porte d'entrée de la maison.

Double Blanc

Si la musique s'est intéressée à Charles Manson, c'est aussi car Charles Manson s'est intéressé à la musique. Un peu trop d'ailleurs. Dans un étrange jeu de miroir, le "Pig" écrit par les disciples de Manson est à chercher dans la chanson Piggies composé par George Harrison sur l'album dit du Double Blanc.

Sur ce même album, la chanson Helter Skelter est vue comme le symbole d'une guerre imminente entre les communautés blanche et afro-américaine. De manière funeste, le titre - qui n'a rien à voir avec le sujet, sauf dans les délires de Manson - sert de détonateur pour le passage aux meurtres. Tout ceci, Manson l'a expliqué en long, en large et en travers lors de son procès en 1972. Et La biographie de référence de Vincent Bugliosi et Curt Gentry, énorme best-seller, s'appelle donc tout naturellement... Helter Skelter.

En pur produit des années 60, Charles Manson n'a pas puisé la source des ses prophéties apocalyptiques dans le marc de café ou dans la Bible mais chez les Beatles.

Un chanteur frustré

De manière plus personnelle, toute cette folie meurtrière provient peut-être d'une frustration créative. Car avant d'être gourou et meurtrier, Charles Manson a voulu être un songwriter, fréquentant un temps le milieu musical rock californien. Dans Waging Heavy Peace, son autobiographie parue en 2012, Neil Young - celui-là même qui en 1974 sortait Revolution blues - prétend que Charles Manson aurait pu être un autre...Bob Dylan. Il l'avait rencontré en 1967. Mais c'est surtout avec Dennis Wilson que Manson a failli devenir un chanteur en vogue dans l'effervescence musicale de la Cote Ouest. Trouvant le jeune Charles talentueux, le guitariste des Beach Boys décide d'enregistrer sa chanson Cease to Exist. Les deux hommes se sont ensuite brouillés, le morceau a finalement été récupéré par les Beach Boys qui l'ont sorti avec des paroles et un titre différents (Never Learn Not to Love).
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Par la suite, après le carnage, Dennis Wilson a essayé de détruire tous les sessions d'enregistement avec Charles Manson. Si l'on en croit ce qui suit, c'est raté.

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