Irma : les coulisses de l'ouragan racontés par les journalistes de France 2

Pourquoi les journalistes qui couvrent les ouragans se filment-ils dans la tempête malgré le danger? Sur les réseaux sociaux, de nombreux internautes se sont posés la question et ont critiqué une pratique qu'ils jugent à risque. Pour répondre à leurs interrogations, l'équipe du bureau de France 2 à Washington révèle les dessous du tournage.

Nos journalistes : qui sont-ils ?

Arielle Monange, monteuse vidéo à Washington depuis 1997
Laurent Desbois, caméraman à Washington depuis août 2009
Agnès Vahramian, nouvelle correspondante à Washington depuis septembre 2017

21767720_10213976056414943_286479135_n

À Miami, tournage dans un décor de carte postale.

Jeudi 7 septembre : En fin de matinée, Agnès Vahramian et Arielle Monange s'envolent pour Fort Lauderdale, en Floride. Objectif de la mission : montrer comment les habitants de la région se préparent à l'approche de l'ouragan. Avant de partir, les deux journalistes attrapent l'unique paire de bottes de pluie du bureau, et un t-shirt de rechange. Au cas où. "On ne pensait pas rester longtemps donc on est parties avec peu de choses" se souvient Agnès. Irma, encore loin des côtes américaines, est sensée s'abattre sur le sud de la Floride dimanche matin.

Dès leur arrivée en Floride, nos deux journalistes se rendent sur la plage de Miami Beach pour y réaliser un direct destiné au journal de 13h du lendemain. On y voit les habitants qui profitent de la quiétude temporaire de l'océan. Difficile  d'imaginer qu'un ouragan viendra tout balayer dans quelques jours.

Plus tard dans la journée, Agnès et Arielle rencontrent une famille française de Miami. Inquiète, celle-ci décide de fuir vers la ville de Tampa, au centre-ouest de la Floride, en compagnie d'une dizaine d'expatriés. Les deux jeunes filles du couple font leurs valises à la hâte, devant la caméra de notre équipe. La tension est palpable.

21640699_10213976056534946_774334858_o

La météo est encore clémente dans les Keys.

Vendredi 8 septembre : Agnès et Arielle guettent la trajectoire de l'ouragan. Celui-ci frappera les îles des Keys en premier. L'archipel composé d'un millier d'îlots est situé à l'extrémité sud de la Floride, à 145 kilomètres seulement de Cuba. Face à l'arrivée imminente d'Irma, les autorités ont émis un ordre d'évacuation dès le mardi. Les touristes désertent les hôtels et les supermarchés baissent leurs grilles. La vie s'arrête. "À partir de ce moment, la situation a commencé à se compliquer", raconte Agnès. "Sur les conseils des locaux, on s'est rendues à la Trading Post, la seule épicerie de la ville encore ouverte". Le petit commerce sert de lieu de tournage à notre équipe qui enregistre, pour son reportage, les derniers préparatifs des propriétaires et des résidents qui y ont trouvé refuge pour la nuit.

Grâce au maire d'Islamorada, nos deux journalistes trouvent quant à elles refuge dans l'hôtel Sunset Inn. Laurent Desbois, notre caméraman, les y rejoint avec dans sa valise, un pantalon imperméable, une paire de bottes et de la nourriture.

Samedi 9 septembre :

21766983_10213976061095060_2189120_o

Au plus fort, les vents ont atteint 200 km/h samedi.

Le vent s'est renforcé durant la nuit. Pour montrer sa force, Agnès se filme en direct, en tentant de garder l'équilibre. Son apparition à l'écran déclenche le sarcasme de plusieurs internautes. Plusieurs s'interrogent sur la pertinence, pour les journalistes, de sortir durant la tempête.

"Sans filmer quelqu’un au milieu des bourrasques, on se rend pas compte de sa force. Mais bien sûr, on a fait très attention. On ne s'est pas mis sous les cocotiers", se défend Agnès.

Vers 14h00 (heure locale), l'équipe décide de descendre vers Key West, à l'extrême sud de l'archipel des Keys. Sur la route, le vent souffle. Il faut faire vite. Le Key West Marriott Beachside, le seul hôtel encore ouvert, accueille plusieurs réfugiés. La pluie est si forte qu'elle s'introduit dans les chambres. Une pièce au deuxième étage est alors utilisée comme abris pour les habitants et leurs animaux. Tous dorment à même le sol. Des vêtements mouillés sont suspendus un peu partout.

21622132_10213976061615073_489005342_n

Un festin de roi.

Pour le dîner, le personnel de l'hôtel offre à notre équipe cinq morceaux de blanc de poulet secs. Seul le Ketchup déniché par Laurent permet d'agrémenter le plat. Grâce à son générateur, l'établissement peut continuer à servir à manger et à rafraichir l'abris où se sont rassemblés les clients. "On avait l'impression qu'il ne se passait rien dehors. À l'hôtel, les gens trinquaient et n'avaient pas l'air de se rendre compte de l'urgence de la situation", ajoute Arielle interloquée.

Dimanche 10 septembre

L'ouragan a du retard. Les trois journalistes s'aventurent à l'extérieur pour filmer quelques images  près de l'océan. La limite entre la terre et la mer devient floue, et les rues sont inondées. Pourtant, quelques habitants s'aventurent à l'extérieur. Ils n'abandonneront leur maison qu'au dernier moment pour rejoindre un gymnase transformé en refuge. Quatre cent personnes environ y sont pris en charge.

21744706_10213976146897205_1482437776_n

La mer inonde les routes.

En matinée, les vents sont tellement puissants qu'Agnès et Arielle doivent se mettre à deux pour fermer la portière de la voiture. C'est un signe, il est temps de se protéger. Il est 9h00 du matin lorsque l'oeil d'Irma fonce sur les Keys. Nos journalistes patientent dans à l'hôtel durant cinq longues heures. L'électricité et l'eau courante sont coupées, il est désormais impossible d'utiliser les téléphones portables.

21623936_10213976077455469_1342736129_n

Après le passage de l'ouragan, les bourrasques faiblissent. Notre équipe prend la route vers 14h00 dans l'espoir de trouver une connexion internet pour envoyer leur reportage. Ils possèdent les premières images de l'archipel détruit.

21764140_10213976056494945_1954777338_o

Cette limousine a été emportée par les eaux.

Un paysage de désolation se révèle sous leurs yeux. Arielle filme la scène avec son téléphone portable. Aux commandes de la voiture, Laurent parvient à slalomer entre les arbres déracinés, les fils électriques couchés et les bateaux échoués. Une limousine noire envahie par les algues trône au milieu la chaussée. Non loin, une centaine de micro-ondes, de réfrigérateurs et d'appareils électriques flottent à la dérive. La faune a également souffert. Dans les branchages, plusieurs oiseaux et iguanes sont blessés et désorientés.

Finalement, notre équipe parvient à Key Largo, où elle passe la nuit dans un motel sans eau ni électricité. Mais le réseau cellulaire, en état de marche, permet d'envoyer le reportage à Paris.

Lundi 11 septembre

Notre équipe redescend vers le sud pour constater les dégâts. En chemin, elle croise l'armée américaine qui doit désencombrer les voies et rechercher d'éventuelles victimes. L'accès aux Keys est fermé à partir de Miami, forçant les habitants et les journalistes qui s'impatientent à attendre à la frontière.

21623926_10213976056454944_227426991_n

L'équipe a eu du mal à trouver de l'essence.

Entre-temps, les intempéries ont endommagé l'équipement de notre équipe. La caméra éclaboussée par l'eau salée ne fonctionne plus. Laurent doit donc filmer son reportage avec un Iphone. Le véhicule de location, lui, est pratiquement à court de carburant, rationné depuis plusieurs jours. "On se demandait si on allait devoir siphonner des voitures. Mais par chance, nous avons rencontré Mark et Carla qui nous ont donné dix gallons d'essence (37 litres). Ils ont même refusé qu'on les paye, car pour eux il était important d'aider son prochain", confie Agnès émue. Grâce à la générosité de ce chef d'entreprise, nos trois journalistes regagnent finalement Miami. Mission ouragan terminée.

Emmanuelle Rouillon et Yelen Bonhomme-Allard 

Retrouvez l'itinéraire de l'équipe de France 2 :

Les cinq anciens présidents américains appellent aux dons pour les sinistrés de Houston

Dans une vidéo publiée le 7 septembre sur YouTube, cinq anciens président des États-Unis se sont unis dans une campagne d'appel aux dons, pour soutenir les victimes de Houston suite au passage de la tempête tropicale Harvey.

Les premières secondes de la vidéo s'ouvrent sur la déclaration de Bill Clinton, 42eme président des États-Unis : "L'ouragan Harvey a entrainé de terribles destructions, mais il a aussi révélé le meilleur de l'humanité". Puis Barack Obama, Jimmy Carter, George W. Bush et George H. W. Bush prennent successivement la parole.

Tous sollicitent la générosité des Américains pour aider le Texas à se reconstruire après le passage de la tempête tropicale Harvey le 25 août dernier et le week-end qui a suivi. Dans sa course, le phénomène métrologique a détruit des milliers de foyers, tué soixante personnes et causé des milliards de dégâts. Harvey avait ensuite soufflé en direction de la Louisiane.

Les dons récoltés par le biais de la plateforme en ligne OneAmericaAppeal permettront également de venir en aide à la Floride, touchée depuis dimanche par l'ouragan Irma classé en catégorie 5. À ce jour, trois millions de foyers sont sans électricité et des millions d'habitants ont été contraints de s'exiler sur les routes du nord. Irma se dirige désormais vers l'État de la Georgie où les vents resteront forts, mais perdront légèrement de leur intensité.

Donald Trump prend part à l'initiative après coup 

Dans un tweet publié sur Twitter le 7 septembre en début de soirée, Donald Trump a emboîté le pas à ses cinq prédécesseurs. "Nous ferons face à N'IMPORTE QUEL défi, peu importe la violence des vents ou la hauteur de l'eau. Je suis fier de me battre avec les présidents en faveur de One American Appeal" a rédigé l'actuel locataire de la Maison-Blanche.

L'absence de Donald Trump au sein de la vidéo a suscité de nombreuses moqueries de la part des internautes, qui saluent toutefois l'action solidaire des anciens présidents américains.

Yelen Bonhomme-Allard 

Ouragan Irma : une famille française craint de perdre son restaurant, l'œuvre d'une vie

Pendant plusieurs jours, la famille Labi, originaire de Marseille, a attendu fébrilement l'arrivée de l'ouragan Irma. Déterminés à faire face au monstre climatique, les Français sont restés près de Miami Beach, censée être directement touchée par la tempête. Elle craint cependant pour la survie de son restaurant, le fruit de plus d'une décennie de travail. Récit.

FullSizeRender

Anaëlle et ses parents vivent en Floride depuis 2007.

Hier, Anaëlle s'est accordée, pour la première fois, un moment de répit en fin d'après-midi. La journée a été longue et stressante. Depuis 7h30 du matin, la Française de 25 ans aide ses parents, Claude et Eva, à servir une poignée de clients matinaux. Une journée banale en apparence au restaurant Café Vert de Surfside, situé à une dizaine de kilomètres de Miami Beach. En apparence seulement.

Le service est constamment perturbé par un concert de sonneries de téléphones. Les autorités de la ville ordonnent aux habitants de quitter la région de Miami, directement visée par l'ouragan Irma, le plus rapidement possible. "La ville nous  répétait que les pompiers ne pourraient pas nous secourir pendant la tempête. Si on restait, c'était à nos risques et périls", raconte Anaëlle dont l'accent chantant du sud de la France est encore distinct.

Organiser l'évacuation au plus vite

IMG_4243

La ville de Surfside est désertée par ses habitants.

Depuis mercredi, la ville se vide des habitants qui tentent de trouver refuge vers le nord de la Floride. Café Vert est l'un des derniers points de restauration encore ouverts dans le secteur. Les locaux engloutissent un dernier repas avant de prendre la route, tandis que les touristes font quelques réserves de nourriture, en attendant de pouvoir embarquer dans les avions dont le départ est souvent retardé, voire annulé.

Il est 14h00 lorsque les propriétaires du restaurant à la façade banche et verte décident de fermer la boutique. "Les gens paniquaient et ne faisaient que parler de l'ouragan. Le stresse montait, c'était trop pour nous" se souvient Anaëlle, l'ainée du couple Labi. Avant de quitter les lieux, la famille charge la voiture de provisions et distribuent aux employés quelques vivres telles que des oeufs, des croissants ou encore des baguettes. Ils font également don de leurs douze bouteilles d'eau, pourtant longtemps recherchées.

Depuis plusieurs jours, les supermarchés sont pris d'assault par les habitants. Les rayons sont dévalisés et non réapprovisionnés, à tel point que certaines denrées de première nécessité sont devenues introuvables à Miami. "Mardi et mercredi, j'avais envoyé mon mari à travers toute la ville en quête d'eau mais impossible de s'en procurer. Finalement on avait fini par en trouver dans une enseigne réservée aux restaurateurs", poursuit Anaëlle.

Système D comme débrouille 

FullSizeRender-3

De la litière pour chat à la place du sable pour freiner les inondations.

En prévention de futures inondations, la jeune femme place plusieurs sacs poubelles devant les portes du bâtiment. À l'intérieur, la litière pour chat remplace le sable généralement utilisé. "Contrairement aux villes voisines, la nôtre ne distribuait pas de sable. Et je ne pouvais pas en obtenir dans une autre agglomération car les autorités vérifient le lieu de résidence sur le permis de conduire."

Comme beaucoup d'habitants, Anaëlle s'est rendue à la plage pour s'approvisionner en sable. Mais les 500 dollars de contravention annoncés par les policiers ont vite freiné son élan. "Comme dernière solution, j'ai donc évoqué l'idée de la litière. Mon père s'est mis à rire en disant qu'on allait attirer tous les chats du quartier", s'esclaffe-t-elle.

"Je préfère être entourée de mes proches"

Café Vert est plongé dans le noir.

Pendant que les voisins barricadent les fenêtres du restaurant avec des planches de bois - achetées avec les propres deniers des restaurateurs - Anaëlle et ses parents regagnent leurs domiciles respectifs, situés à Aventura, à quelques kilomètres au nord sur la côte. À la hâte, la jeune expatriée entrepose dans son salon tous les objets initialement installés sur le balcon et éloigne le mobilier des fenêtres. Elle regroupe aussi ses documents importants tels que son passeport, son certificat de mariage, ou encore ses diplômes universitaires. Sur les conseils de son mari américain, elle avait pris le soin, quelques jours plus tôt, de consigner d'autres papiers dans un coffre fort de la banque.

Le soir même, Anaëlle et son époux rejoignent le reste de sa famille. Ils feront face à la tempête ensemble. "Dans une telle situation, je préfère être entourée de mes proches", confie-t-elle angoissée. Tous redoutent les prochains jours qu'ils devront passer confinés à l'intérieur de l'immeuble. Pour tuer l'ennui, les Labi ont déjà tout prévu : jeux de cartes, Monopoly marseillais, films - tant que l'électricité fonctionne encore - et conversations via Skype avec les deux autres enfants du couple, étudiants à Montréal. Commence alors le début d'une longue incertitude avant l'arrivée des premiers vents. "Maintenant, on attend."

Yelen Bonhomme-Allard 

@ABCActionNews Cinq personnes tuées dans les locaux de la compagnie Fiamma.

Un ancien employé tue 5 personnes avant de se suicider

Un homme âgé de 45 ans, s'est donné la mort ce matin dans les locaux d'une entreprise d'Orlando, après avoir tué cinq employés. Sept autres, également présents sur les lieux, ont survécu à l'attaque. Aucun rapprochement avec l'État Islamique n'a été envisagé.

Peu avant 8h00 ce matin (heure locale), la police d'Orlando a reçu un appel en provenance de la compagnie Fiamma, spécialisée dans la conception d'accessoires pour camping-car. Un ancien employé, licencié en avril dernier, est revenu dans les locaux de la société pour laquelle il travaillait. Muni d'un pistolet, il a ouvert le feu tuant cinq personnes, avant de retourner l'arme contre lui. À l'arrivée des secours, les corps de trois hommes et une femme ont été découverts sans vie. Une cinquième victime est décédée à l'hôpital des suites de ses blessures.

Âgé de 45 ans, l'identité du tireur n'a pas, pour le moment, été révélée. Les autorités n'envisagent aucun lien avec un groupe terroriste. Ce geste "ressemble vraisemblablement à un épisode de violence au travail", expliquait Jerry Demmings, shérif du comté d'Orange, en Floride. "C'était un ancien employé mécontent qui est revenu dans l'entreprise ce matin".

En 2014, les forces de l'ordre étaient déjà intervenues sur place car l'auteur de la fusillade avait frappé un autre employé. À l'époque, aucune charge n'avait été retenue à son encontre. Le tireur n'avait à son casier judiciaire que des petites condamnations pour possession de marijuana et délits de violence.

Un an auparavant, Orlando avait été la cible d'une attaque terroriste, revendiquée par l'État Islamique. La tragédie a eu lieu au sein d'une boîte de nuit homosexuelle, faisant état de 49 morts et de plusieurs dizaines de blessés.

Yelen BONHOMME-ALLARD

Miami: lorsque l'immobilier repart !

C'est un vrai retournement de tendance. Tandis que la crise des subprimes avait d'abord frappé la Floride, Miami voit depuis un an les investisseurs revenir. Dont des Français. Désormais les projets de construction se multiplient. Et les perspectives sont bonnes.

C'est un reportage de Jacques Cardoze, Laurent Desbois et Valerie McCabe.