Attentats et terrorisme : devoir d’informer et responsabilité éditoriale, le point de vue des guetteurs

Nous avons soumis le thème de notre émission de médiation "Attentats et terrorisme : devoir d’informer et responsabilité éditoriale" à notre réseau de « Guetteurs », environ deux cents téléspectateurs avec qui nous avons des liens réguliers. Voici quelques extraits de leur verbatim  :

« Bien sûr, comme tout le monde j'ai suivi le déroulement de ce drame dans les médias. Au delà de la densité émotionnelle des événements, j'ai trouvé le traitement médiatique plus "professionnel" et plus prudent qu'en janvier. Dans les jours qui ont suivi le drame, il est légitime et compréhensible, voire nécessaire, que l'ensemble des médias aient consacré beaucoup de temps aux faits, à l'émotion des familles des victimes, aux rescapés, aux témoins et à l'enquête. Par contre, j'ai trouvé qu'ensuite, les médias viraient un peu au pathos en continuant à montrer inlassablement les images et surtout en interrogeant "lourdement" les familles, les proches ou les témoins. J'ai ressenti comme une tentative d'utiliser l'émotion pour prolonger l'utilisation médiatique...Ces attaques sauvages et meurtrières ont, au delà de l'émotion, soulevé beaucoup de colère, plutôt rassemblé les français et ranimé le patriotisme. Elles ont certes engendré des besoins d'explication, de compréhension, mais aussi un besoin de lutter contre les terroristes et les organisations qui les commanditent, daech en tête. Les politiques doivent nommer les choses. Les médias peuvent y contribuer s’ils sortent un peu du discours convenu; mais est ce possible? » Serge M.

«Je trouve le thème de votre prochaine émission très intéressant et opportun.  "Devoir d'informer et de la responsabilité éditoriale " j'ai été pour ma part, et ce, de manière générale assez satisfait de la couverture médiatique des événements du 13 novembre à Paris…J'ai suivi l'émission de Mr Delahousse qui était très intéressante et même « Infrarouge » qui a été diffusé juste après. Je trouve que ce sont des belles émissions, riches en informations » Alassane T.

« L’ensemble des médias a fait preuve de plus de précautions lors de la retransmission des événements qui se déroulaient en direct et en ce sens c'est plutôt rassurant pour la sécurité des otages mais aussi des personnes qui interviennent. Il est important de comprendre comment on a pu en arriver à une situation de menaces terroristes qui se concrétisent maintenant sur notre territoire par des tueries de masse. Retracer l'histoire de ces groupes et les liens avec les grandes puissances de ce monde est important pour comprendre la haine et l'incompréhension qui ont pu s'installer entre les pays et les différentes communautés. Dans l'ensemble, un traitement de l'information bien contrôlé» C. J.

« Je pense que les chaînes ont été plus prudentes dans leurs annonces. La prudence était de mise. On sentait que l’information était validée avant d’être présentée à l’antenne. Il y avait beaucoup de réserve, et c’est très bien ainsi. Je n’ai pas constaté de dérapages. J’ai retenu l’intervention des spécialistes ou des experts qui tentaient d’expliquer la situation que l’on voyait à l’antenne. C’est une excellente initiative qui me paraissait être moins de mise lors des attentats de Charlie. Des reproches ? Sans doute beaucoup de « redites », des témoignages qui tournent en boucle. Traiter l’actualité en direct est une chose, l’expliquer en est une autre. Expliquer permet aussi d’éviter les amalgames, les réactions spontanées qui peuvent conduire à des dérapages. Aujourd’hui, mes attentes restent sur le sujet de l’explication. Où en est l’enquête ? Que se passe-t-il aujourd’hui après quelques jours de bombardement ? Daesh recule-t-il ? Si non pourquoi ? »

« À propos des attentats du 13 novembre dernier, il faut bien avouer que je suis restée une fois de plus atterrée. Comment comprendre qu'il y a des gens qui vont se faire sauter pour tuer tant et tant d'autres personnes ? Est- ce si naturel pour eux ? N’ont ils pas un moment de doute, un moment de renoncement ? Il m'a fallu du temps pour réaliser, presque 2 semaines, comme si c'était un mauvais film, et j'en ai pleuré 15 jours plus tard ! Les médias ont été impeccables sur le coup, j'ai tout regardé sur France 2, Ensuite, il fut temps pour moi de prendre du recul sur ces événements Cordialement » Dominique

« Je me pose la question de la fonction de l’information. A quoi sert-elle, à quoi me sert-elle ? A alerter, comme tout de suite après les attentats, ou à créer la panique, comme lors des bousculades de la place de la République ? A apporter un éclairage, comme les cartes géographique qui ont montré le parcours des terroristes ou à brouiller les faits, comme les informations contradictoires qui ont été donnée sur le fait que la femme interpellée à Saint Denis se serait elle-même donnée la mort ? Donner une seule pièce du puzzle, les attentats du Stade de France, ou dresser un portrait, l’ensemble de l’action terroriste ? Partager une émotion ou engendrer des sentiments souvent négatifs. La panique est un chemin plus facile que la réflexion. Notre consommation des médias, sporadique, et parcellaire, fait que nous n’avons souvent connaissance que  d’une seule pièce du puzzle. Et moi, qui « consomme » ces médias, je dois apprendre à lire, écouter, entendre ? Quand est-il de ma responsabilité éditoriale de ma gestion des médias ? Car au fond, ne suis-je pas l’éditeur de l’information que je reçois ? » Christophe Z. 

« Nous avons suivi les informations télévisées (France 2) en famille avec ma femme et les enfants (16 et 12 ans) en veillant justement à ce que les images ne soient pas trop impressionnantes. Je les ai trouvées sobres et toujours accompagnées d'un commentaire pour les comprendre. La voix, souvent calme et monocorde, contribuait sans doute à mieux les accepter. C'est l'émotion qu'ont suscité les attentats qui était forte. Mais leur restitution par la chaîne TV a toujours été dans la retenue. Depuis, je lis régulièrement les principaux articles du Monde sur les témoignages des rescapés du Bataclan, qui sont sidérants. Ils existent et permettent ainsi à tous ceux qui veulent en savoir davantage de s'informer, sans recourir forcément à des images. Personnellement, je n'ai pas d'attente particulière. Toute cette information mérite bien entendu d'être traitée, analysée, notamment par l'émission "Votre télé et vous" parce que vous donnez la parole aux téléspectateurs. J'ai constaté aussi que l'émotion n'a pas été la même sur les réseaux sociaux auprès des jeunes. Ils sont  toujours plus prompts pour désamorcer des situations difficiles à supporter. »

« Clairement, en comparaison de Janvier 2015, il y a eu un très gros effort de la part des médias en général avec plus de retenue et plus de prudence. Je pense qu'il y a eu surtout de la prudence, en particulier quand certaines incertitudes persistaient afin d'éviter la mise en danger des personnes. Par contre je pense qu'au niveau de la retenue, il y a encore un gros effort à faire. Il y a eu évidemment un vrai matraquage médiatique concernant les attentats. Toutes les informations ont tourné en boucle dans tous les journaux télévisés, sans parler des chaines de la TNT comme LCI ou BFM-TV qui en ont fait en boucle non-stop. En résumé de la Prudence OUI, de la retenue MOYEN. Globalement, les médias français ont bien géré ces événements.Toutefois, les médias devraient réfléchir à l'impact de rabâcher des informations dramatiques sur le moral et la stabilité du public. De ce coté là, je pense que les médias doivent réfléchir aux conséquences de leur manière de communiquer » Laurent C.

 « J'ai aimé la sobriété des informations, tout en étant informée intelligemment. J’ai suivi les émissions en direct, et j'ai trouvé qu'il n'y avait pas de voyeurisme, seulement de l'information sur l'horreur qui nous terrassait en plein cœur. J’ai regardé en milieu de nuit d'autres chaînes, que je ne regarde pas habituellement, et là aussi, un gros effort a été fait, tant sur les images que sur les commentaires. Merci de nous avoir fait suivre les événements qui ont capté toute la France. Nous étions tous scotchés à nos postes sans comprendre ce qui nous arrivait. Merci pour votre émission, qui permettra, je n'en doute pas, d'améliorer encore la diffusion d'infos, suivant les remarques et attentes des téléspectateurs. Amicalement » Nicole C.

« Depuis le 13/11 l'émotion est grande! J'ai vécu les événements en direct puisque je live-tweetais le match de l'équipe de France et que j'ai vu tomber au fur et à mesure les tweets des personnes dans la rue. J'ai vécu les 48h qui ont suivies dans une insomnie basculant entre incompréhension et déni. J'ai d'ailleurs mis plusieurs jours à accepter les attentats. Les médias ont fait preuve d'une grande retenue à mon goût et c'était vraiment appréciable. Je préfère comme en Belgique que la police demande aux gens, aux médias de faire preuve de bons sens! L'impensable a été commis en France, on a peur. Mais on fait quoi? Qui nous a déclaré la guerre? Ces questions nous viennent le choc passé. Synthétiser, expliquer l'émission de Laurent Delahousse dimanche a été un parfait exemple de ce qu'il faut faire. Rien qui ne divise, rien qui ne soit angélique. Je souhaite que les médias continuent en ce sens. Je leur demande ce travail de recul que je n'ai pas la force d'avoir. Les  magazines et autres émissions doivent continuer à nous informer. Nous mettre une certaine réalité désagréable en face.L'exercice est périlleux car on aimerait passer à autre chose. Mais face à la gravité des événements je ne sais si cela est raisonnable. Les journalistes sont donc face à un défi de taille. Ne pas rendre les téléspectateurs trop moroses, mais ne pas les laisser dans le déni non plus » Adeline

« En ce qui concerne le traitement de l’actualité récente relative aux attentats, je suis tout à fait d’accord avec la retenue avec laquelle les informations ont été diffusées. J’ai simplement été un peu « agacé » par les images « en boucle » qui accompagnaient les commentaires des journalistes. J’aurais préféré que l’on nous montre les images d’une caméra, même s’il ne se passait rien. L’état d’urgence va, sans doute, imposer des contraintes d’images et éditoriales que vous devrez expliquer aux téléspectateurs. Le traitement de l’émission de dimanche présentée par Laurent Delahousse a, sans conteste, été nécessaire pour mieux comprendre le sens des évènements douloureux que nous venons de vivre. Nous avons le sentiment de vivre la fin (ou le début) d’une nouvelle civilisation. Tout est lié et les actes de terrorismes vont sans doute impacter les décisions que les états rassemblés à Paris pour la COP 21 vont prendre dans quelques jours » Robert

« J'ai vécu les 1ers attentats en direct sur une chaîne concurrente, sans le savoir, car je regardais le match de foot. J'ai entendu les détonations mais j'étais loin de m'imaginer ce qui se passait dans Paris. J’étais horrifiée, abasourdie...Je crois que j'ai dû lâcher la télé vers 4 h du matin, d'épuisement. Mais dès mon réveil je me suis remise à regarder sans arrêt les infos sur ces crimes abjects et lâches. Et depuis dès que je rentre du travail, c'est devenu une obsession, je regarde BFM pour voir s'il y a du nouveau, puis je passe sur le JT de France 3 à 19H30 puis le 20H de France 2. Concernant les infos données par les journalistes, je suis mitigée. Je trouve qu'ils ont fait preuve d'intelligence en ne divulguant pas des infos capitales comme en janvier. Cependant ils tournent un peu en rond en émettant des suppositions "les forces de l'ordre pourraient intervenir prochainement, il semblerait que..." et j'avoue que ça m'agace plus que cela ne me rassure » Marie-Héléne LM.

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